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Dès ses premiers mots, le professeur Bakary Kamian a déclaré que, lors de la proclamation de l’indépendance du Mali le 22 septembre 1960, « la République fédérale d’Allemagne a été le premier Etat au monde a reconnaître le nouvel Etat indépendant dès le lendemain 23 septembre 1960« .

Après cette assertion, il a fait un très long rappel du contexte des deux guerres mondiales, de l’après-deuxième guerre et des relations entre l’Allemagne et les autres pays du monde. Une guerre qui avait débuté depuis septembre 1939, pris fin en mai 1945 en Europe et en août 1945 en Extrême Orient et fait, entre autres, plus de 40 millions de morts. Il a aussi rappelé l’histoire contemporaine de l’Allemagne depuis l’armistice de 1918 et les traités de paix de Versailles de 1919 – qui se sont traduits pour l’Allemagne, la perte de toutes ses colonies dans le monde – jusqu’à la réunification en passant par le mur de Berlin.
Bakary Kamian soutient que « dès l’éclatement de la Fédération du Mali… les autorités de Bonn avaient entrepris des démarches discrètes pour rapprocher les deux partenaires sénégalais et soudanais et éviter une rupture définitive parallèlement au ballet diplomatique entre Paris, Dakar et Bamako dans le but de calmer le jeu et de réduire la tension« .

Les relations germano-maliennes ont été très soutenues à partir de sa reconnaissance de la souveraineté du Mali « quelques heures à peine après la fin du Congrès extraordinaire de l’US RDA« , selon le conférencier.
A la proclamation de l’indépendance du Mali par l’Assemblée législative érigée en Assemblée nationale et le Congrès extraordinaire de l’Union soudanaise-RDA, le docteur Schlëgel, chargé de mission de la RFA à Bamako, assistait à ce congrès. « La reconnaissance de la République du Mali par la RFA n’était pas une formalité protocolaire, mais l’expression d’une volonté de coopération franche et sincère dans les domaines prioritaires définis par le nouvel Etat…« , de l’avis de Bakary Kamian. Avec l’indépendance en 1960, dès 1961, dans sa croisade contre le sous-développement, le Mali a toujours trouvé la RFA à ses côtés surtout à partir du moment où les liaisons ferroviaires entre lui et le Sénégal étaient interrompues et qu’il n’avait plus accès au port de Dakar. Et Bakary Kamian d’ajouter : « Le problème du ravitaillement du Mali…était devenu un cauchemar et se serait transformé en une catastrophe nationale sans le concours et le secours urgent de la RFA qui accorda au Mali un crédit fournisseur de 3,5 à 4 milliards de FCFA pour l’achat de 320 camions Krupp« .

Une base industrielle de fabrication de pièces et de formation technique des jeunes, subventionnée par la RFA à un milliard 800 millions de FCFA, avait aussi été octroyée au Mali.

Ce geste sera suivi, en 1965, par la visite officielle, au Mali, du président de la RFA, SE Lubke et du financement de l’étude, de l’aménagement et du dragage du fleuve Niger sur son tronçon malien estimé à 20 milliards de FCFA.
En 1962 1963, la RFA avait réalisé, pour six milliards au départ, l’usine de traitement de l’huile d’arachide et de coton de Koulikoro (SEPOM) qui, ajoutée à la savonnerie de la même ville, avait été entièrement financée à 10 milliards de FCFA par la RFA « qui a suivi les traces de Sonni Ali Ber dans le Gourma et a creusé 200 puits avec éoliennes pour l’hydraulique pastorale« .
Le financement du bitumage des routes Bamako Koulikoro (60 km), Sévaré Gao (560 km), Sévaré Bandiagara, de la seconde huilerie d’arachide à Kita, de la SEPAMA, pour 12 milliards de francs, en plus de la réalisation des ouvrages d’art entre Douentza et Hombori sont d’autres aides fournies par la RFA. En matière de coopération militaire, l’Allemagne a fourni au Mali du matériel roulant pour un montant d’un milliard en 1969, de l’équipement lourd au génie militaire. Et assuré l’habillement d’une partie de l’armée, le transport des troupes, le carburant dans les régions du Nord.
Lors de deux périodes de sécheresse de 1972 1973, 1974 1975, dans le cadre de l’Opération « Rose marine », l’aide allemande a permis de sauver, grâce à la fourniture de vivres, de carburant et de moyens de transport d’eau par citernes, des milliers de vies humaines et de reconstituer le cheptel décimé.

Tous ces efforts ont permis, en 1975, au Mali d’être le premier récipiendaire de l’aide au développement de la RFA en Afrique. Une RFA qui a aussi participé, pour 36 milliards de francs, à la construction du barrage de Manantali dont le coût total a été estimé à l’époque à 50 milliards (1ère tranche) pour près de 18 milliards à celle du barrage de Sélingué dont une bonne partie du matériel provenait de la RFA. Qui a participé au financement du barrage de Sansanding par le creusement des canaux de l’Office du Niger.
En matière de transport fluvial, le pays de Heinrich Barth a fourni au Mali les deux plus grands bateaux sur le Niger, le « Général Abdoulaye Soumaré » et le « Kankou Moussa », de même que les chantiers et ateliers navals de Koulikoro et de Markala.
« Si l’on se livrait à un bilan de la coopération germano malienne depuis notre premier pas sur la scène internationale, on peut affirmer avec certitude que la RFA est, avec l’ancienne puissance coloniale, la France, l’un des deux pays qui se classent en permanence au premier rang de l’assistance au Mali depuis notre accession à l’indépendance« , a souligné Bakary Kamian. Qui a rappelé la contribution de l’Allemagne à l’aide multilatérale depuis l’aube de l’indépendance du Mali, à travers le FED dont ce pays est le premier contributeur, les ONG, le PNUD et d’autres organisations internationales du système de l’ONU.

Le professeur Kamian a tenu à exprimer sa « reconnaissance à la patrie de Henrich Barth et de Léo Frobenius qui ont fait connaître le Mali, ses habitants et son histoire » aux Allemands depuis un siècle et demi, au gouvernement et au peuple allemands « pour leur contribution considérable à l’aide au développement du Mali ».

Dans son allocution, Reinfard Schawarzer, ambassadeur d’Allemagne, a d’abord remercié le professeur Bakary Kamian pour son exposé passionnant. Il relèvera qu’il « est toujours important de se rappeler le passé afin de comprendre l’avenir ». Car « le bilan de notre coopération avec le Mali me semble à moi plutôt impressionnant ».
Cette coopération est particulière en ce qu’elle se caractérise par une approche concrète de terrain et s’inscrit dans le cadre d’une responsabilité partagée, a souligné l’ambassadeur. Pour lequel seuls les résultats comptent. Avant de rappeler que, de 2004 à 2006, la coopération bilatérale s’élève à 44 milliards de FCFA et que l’Allemagne est le plus grand contributeur au budget européen avec 23 % des dépenses européennes dont l’aide au développement.

L’intervention de l’Allemagne concerne l’agriculture, la gestion des ressources naturelles, la décentralisation, l’alimentation en eau potable et l’assainissement. La priorité pour les deux gouvernements, selon Reinhard Schwarzer, est donnée au Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), notamment par la réalisation du Programme Mali-Nord né en 1994 et le projet des petits barrages dans le pays dogon.

L’ambassadeur allemand a déclaré que l’essentiel, c’est que la coopération allemande s’investit dans des pays où la stabilité est effective pour le maintien de la paix dans la sous région, mais aussi en Afrique et en Europe.
Une manière de dire que le Mali a intérêt à conserver son image de havre de paix et de sécurité dans le concert des nations africaines.

Zoubeirou MAIGA

12 avril 2006