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L’ancien gardien de but des Lions indomptables du Cameroun et consultant de RFI, donne le sens d’un penalty manqué au cours d’un match de foot comme la finale de la Can-2012 de dimanche dernier entre la Zambie et la Côte d’Ivoire. Joseph-Antoine Bell, c’est de lui qu’il s’agit pense que « si pour tout un match, vous en arrivez à ne regretter qu’une occasion de but, alors vous avouez vous-même la pauvreté de votre jeu ». Entretien.

Les Échos : Que pensez-vous de ces drôles de penalty ratés au cours d’un match ?

jpg_antoine-bell.jpgJoseph-Antoine Bell : Je crois que c’est là que fondamentalement l’analyse diverge entre les autres et moi. Le penalty n’est qu’une occasion de but. Si pour tout un match, vous en arrivez à ne regretter qu’une occasion de but, alors vous avouez vous-même la pauvreté de votre jeu. Le penalty n’est rien d’autre qu’une occasion de but.

Les Échos : Pourtant, on a remarqué cela à la finale avec la Côte d’Ivoire ?

J.-A. B. : Non pas du tout. L’autre fois Didier Drogba a raté un penalty, ils ont gagné 3-0. Donc ça veut dire que si vous en arrivez à pleurer une seule occasion de but, ça veut dire que vous n’avez rien d’autre à dire pour ce match et ça c’est beaucoup plus grave. Quand vous avez les joueurs dont dispose la Côte d’Ivoire, vous ne pouvez pas regretter un penalty raté au cours du match alors qu’il vous reste 30, 40 voire 50 minutes à jouer. Ça veut dire que vous êtes désespérés. Étant donné que ce penalty-là ne n’oublions pas, n’était pas le genre qui a annulé totalement une frange d’occasions de buts et que c’était juste une atteinte à la loi du jeu. On a poussé un adversaire dans le dos dans la surface, mais il n’y avait pas d’occasion de but. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas donner penalty, je dis l’incidence sur le jeu.

Si la Côte d’Ivoire se met à regretter cela c’est comme si vous faisiez main sur un ballon qui sortait en sortie de but et que malheureusement vous fassiez main et qu’on donne penalty. C’est bien on va le marquer, mais ce ballon-là, si vous ne l’aviez pas touché sortait derrière le but. Donc, il n’entrait pas. Bien sûr que c’est regrettable de rater un penalty, parce que c’est une occasion, mais il serait pareil que de regretter amèrement qu’un défenseur qui a failli marquer contre son camp, se soit finalement rattrapé. C’est une occasion qui sort de nulle part.

Les Échos : C’est tout de même une malchance pour les grands joueurs ivoiriens de rater un penalty : Didier Drogba dans le match, Kolo Touré et Gervinho dans les tirs au but ?

J.-A. B. : La séance de tirs au but a montré que la Côte d’Ivoire n’a jamais imaginé qu’elle irait jusqu’aux penalties. On a bien vu qu’après les cinq tireurs, les Ivoiriens ne savaient plus qui devait tirer. Ça veut dire qu’on a tiré quelques penalties à l’entraînement, mais on n’a pas beaucoup insisté, parce qu’on croyait faire la différence avant. Or, dans le jeu, pendant les prolongations, on a rarement vu les Ivoiriens se comporter comme s’ils avaient conscience de devoir finir ce match-là dans le jeu. On les a vus eux aussi traîner les pieds pendant les prolongations comme des gens qui avaient eux aussi espoir aux penalties qu’ils n’avaient cru certainement pas répéter aussi patiemment que l’équipe de Zambie.

Les Echos : Un mot sur les années impaires de la Can et l’équipe ivoirienne ?

J. A. B. : Nous aurons encore une autre Can dans un an. Au moins, cela sera une bonne chose. Je n’ai pas été personnellement très fan de cette Can rapprochée. Mais elle a au moins l’avantage qu’en une année, ces joueurs ne seront pas si vieux et cette équipe ne sera pas si démobilisée qu’elle pourrait revenir avec des corrections.
Propos recueillis, à Libreville, par

Boubacar Diakité Sarr

17 Février 2012

Les Echos