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Telle une traînée de poudre, la nouvelle a vite fait de se répandre à travers le monde. Le Vendredi 9 Février 2002, le Chef mythique et dirigeant incontesté de l’Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola (UNITA) succombait sous les balles, dont une en pleine tête. Ainsi, le rebelle angolais Jonas Savimbi était mort comme il avait vécu, c’est-à-dire… les armes à la main !

Un dissident controversé

La mort inattendue de Jonas Savimbi avait alimenté bien des controverses, tant dans le milieu politique angolais qu’au sein de la communauté internationale.
Pours les uns, il était “un combattant de la liberté”. Pour les autres, il n’était qu’un “indécrottable rebelle imbu de pouvoir”, ou “un empêcheur de gouverner en rond”. Toujours est-il que sa disparition subite avait, du coup, remis en question le processus de paix entamé dans un pays dévasté et exténué par trente ans de guerre.

Selon l’ambassadeur angolais, à l’époque en poste à Addis Abéba (Ethiopie), Jonas Savimbi avait toujours constitué “le véritable obstacle à la paix en Angola.” Si bien qu’aux dires des observateurs de la scène politique internationale, sa mort avait ouvert de nouvelles perspectives pour l’aboutissement positif de l’avenir politique et économique du pays.

Les pérégrinations du guerrier

Autant Jonas Savimbi a passé une enfance sans histoires, autant il a mené une vie troublée. Né le 3 Août 1934 à Munhango, un village situé au Centre du pays, il était le fils le plus choyé d’un employé des chemins de fer.
Après avoir étudié dans un Centre de missionnaires protestants, le jeune Jonas s’envole pour Lisbone ( capitale du Portugal) pour parfaire ses connaissances en médecine. Mais en 1959, il fuit le régime de Antonio Salazar (qui vécut de 1889 à 1970 et gouverna de 1932 à 1968) pour se retrouver à l’université de Lausanne, en Suisse, où il décroche un diplôme en Sciences politiques.

En 1961, il retourne en Angola et adhère tout de suite au “United Peoples of Angola” -l’Union des Peuples Angolais (UPA)-, le parti de l’homme fort de l’époque, Holden Roberto.
Quelques mois plus tard, il repart une fois de plus pour l’étranger, mais cette fois-ci en Chine Populaire et Communiste, où il suit une formation militaire intensifiée. Il se lie d’amitié avec le “Timonier” chinois, Mao Tsé Toung, à tel point… qu’il prend très souvent le thé avec ce dernier.

Rentré définitivement au pays, Jonas Savimbi fonde l’UNITA, un parti, plutôt une junte essentiellement composée de maquisards et de militants de l’ethnie Ovimbundu, son ethnie.
En 1975, les colons portugais quittent l’Angola. Alors Jonas Savimbi tente de former un gouvernement de transition avec Agostino Neto, un autre homme fort du pouvoir angolais. Mais le rapprochement entre les deux hommes vire au fiasco, et pour cause : il ne peut y avoir deux capitaines dans un même bâteau. Et aussi bien Savimbi que Neto aspirent chacun aux rênes de la magistrature suprême.

En fin de compte, c’est le MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola) de Agostino Neto qui s’empare du pouvoir, grâce au soutien du Cubain Fidel Castro. Du coup, Savimbi est chassé du pays. Il s’installe alors dans le Sud de l’Angola où il bénéficie du soutien de soldats Sud-africains.

Un pion à multiples facettes

Si les analystes politiques devaient dépeindre Jonas Savimbi, ils l’auraient fait en trois facettes : un “éternel guerrier”, un “assoiffé de pouvoir”, et un “pion à multiples partenaires”.
En réalité, même si Savimbi avait été décrit comme un instrument de la CIA, il ne se gênait pas pour “manger à tous les râteliers”, pour peu qu’ils servent ses intérêts.
Le rebelle angolais avait surtout bénéficié non seulement de l’estime du gouvernement américain de l’époque -qui l’avait toujours considéré comme “un combattant de la liberté” -, mais aussi d’appuis financiers et logistiques considérables de la CIA.

Mieux, en 1986, Savimbi avait été reçu… à la Maison Blanche par le Président Ronld Reagan ! Depuis lors, il n’avait plus cessé de narguer ouvertement le gouvernement de Luanda (capitale de l’Ouganda).
Dans son fief du Sud, il s’était royalement approprié toutes les réserves diamantifères du pays. Et il les exploitait sans retenue pour entretenir son armée de 600 000 hommes équipés par la CIA et le pouvoir de Prétoria (capitale de l’Afrique du Sud).

Grâce à l’aide de ses “alliés”, Savimbi prendra non seulement du poil de la bête, mais il se sentira si intouchable et invulnéarable qu’il perdurera longtemps dans une rébellion ouverte. Mais la réalité était autre: tous les pouvoirs étrangers qui soutenaient Savimbi tiraient énormément profit de ces réserves angolaises de diamant monopolisées par Savimbi. Comme dirait l’autre, c’était “donnant donnant”…

Après avoir perdu les premières élections générales multipartites de 1992, Jonas Savimbi avait entrepris une autre guerre contre un autre adversaire, et homme fort du pouvoir, Roberto Dos Santos.
Pire, à la stupéfaction générale, le Chef de la rébellion avait poursuivi les hostilités, en dépit de l’Accord de Lusaka qu’il a signé avec les autorités angolaises Le comble, c’est que Jonas disposait pourtant de 7 ministres dans le gouvernement d’union nationale formé après ledit Accord.

La paix socio-politique ne pouvait donc être acquise tant que vivait Savimbi. Du moins, tel était le sentiment de la plupart des Angolais. Aussi, ce 9 Février 2002, au cours d’un combat nocturne au Sud-Est du pays, Jonas Savimbi fut abattu par les balles de l’Armée gouvernementale.

Dès le lendemain, sur toute l’étendue du territoire, les populations angolaises donnèrent libre cours à leur liesse, convaincues qu’une nouvelle page venaitd’être tournée en Angola. Mais cette allégresse générale était empreinte d’interrogations, dont la plus courante : Jonas Savimbi aurait-il été lâché par ses “amis” Américains, Portugais et Sud-africains, après avoir été “sucé jusqu’à la moelle”… de ses diamants?

Oumar DIAWARA

16 novembre 2007.