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Elles se prénomment Meseret, Nawal, Maria, Tirunesh ou Sarah. Célèbres, ou un peu moins, elles ont permis à la femme africaine d’entrer dans l’histoire avec la course pour accélérateur. Leurs mères et grands-mères se hâtaient aussi, mais c’était sous le joug des contraintes d’une existence figée depuis des temps immémoriaux. Les filles ont, défi insensé, porté le short.

Question de volonté, avait expliqué il y a quelques années la Marocaine Nawal el Moutawakel, première Africaine et Arabe à remporter un titre olympique. « C’est aux femmes de trouver la force de dire +nous existons+ et d’accepter les échecs« , avait alors dit la médaillée d’or des Jeux de Los Angeles (1984) sur 400 m haies.

Mozambicaine de Maputo, Maria Lourdes Mutola avait commencé à jouer (très bien) au football comme un garçon manqué. Mais une fille, aussi douée fût-elle, ne pouvait intégrer une équipe masculine. Alors, par défaut, Maria s’essaya à l’athlétisme.

Elle s’est ainsi construit un palmarès incroyable sur 800 m (un titre olympique et trois fois championne du monde). Elle a mis sa notoriété et son argent au service d’une fondation qui porte son nom.

« La combinaison de l’éducation et du sport peut être la clé du succès« ‘, répète la Mozambicaine, qui participe à ses 6es jeux Olympiques.

une-110.jpgMoins connue à l’étranger, sans doute parce qu’elle n’a jamais participé aux Jeux, Sarah Liengu Etonge est pourtant une icône au Cameroun. Un exemple qui laisse pantois. Mère de sept enfants, et trois fois grand-mère à 41 ans, elle s’est retrouvée veuve encore jeune. Cette agricultrice a remporté sept éditions de la « Course pour l’espoir« , en fait l’enfer de 36 km qui montent au Mont Cameroun (4095 m) comme un calvaire, avec un dénivelé de 3300 m!

Mais les modèles les plus prégnants de cette libération sont les rivales éthiopiennes Tirunesh Dibaba et Meseret Defar, qui dominent outrageusement le demi-fond mondial.

Elue athlète de l’année 2006 par la Fédération internationale (IAAF), la gracile Meseret avait alors dédié son trophée à toutes les femmes de son pays. La championne d’Addis Abeba ne s’est pas contentée de paroles. Elle a consacré, l’an dernier, une partie de la prime spéciale (50.000 dollars) perçue pour son record du monde du 5000 m, à des oeuvres en faveur d’enfants orphelins ou/et atteints du sida.

Tirunesh, qui signifie « tu es bonne » en langue amharique, ne s’exprime pas en anglais. Hiératique, elle parle d’ailleurs peu. Une reine de Saba, impressionnante par sa course terriblement esthétique. Légère, gracile comme son ancêtre Lucy, patrimoine génétique de l’humanité.

« En Ethiopie, la femme est plus respectée que dans d’autres parties du continent. Des responsabilités lui ont été confiées lors du partage des terres« , souligne un représentant de l’Unicef. « Mais les mariages forcés et les mutilations sexuelles y sont encore nombreuses« , ajoute-t-il.

PEKIN (AFP) mercredi 13 août 2008