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Après avoir prêté serment le 8 juin 2002, le Président de la République Amadou Toumani Touré, annonçait le programme d’emplois pour environ 38 000 jeunes s’étalant sur 5 ans (2003-2007).

Ce programme concerne toutes les régions du Mali et coûtera à peu près 18 milliards de Fcfa à l’Etat. L’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ) a été créée pour réussir ce challenge. Dans ce programme, un accent particulier a été mis sur l’installation de jeunes à l’Office du Niger.

A l’Office du Niger, où le Mali dispose des ressources agricoles non exploitées. C’est ainsi que l’année dernière, 48 jeunes ont été installés dans cette zone, répartis comme suit : 16 jeunes dans la zone de production rizicole de Niono, 2 à Molodo, 16 à Kroumaré et 14 à Kolongo.

On les appelle désormais les “jeunes ruraux”. Des jeunes, diplômés ou non, à qui l’Etat a offert des terres cultivables en zone Office du Niger. Une politique gouvernementale, saluée dès le départ, tant par les bénéficiaires que par les populations, mais aussi par les partenaires financiers dont certains ont accepté d’appuyer le gouvernement dans son initiative.

Aujourd’hui, l’état d’esprit est-il toujours le même chez tous les acteurs ? Evidemment non ! A Niono où nous avons rencontré les principaux acteurs, les critiques varient, mais demeurent les mêmes sur le fond : un manque de suivi.

L’année dernière, sur initiative du Président Amadou Toumani Touré, le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, s’est déplacé dans la zone. L’objectif de cette tournée gouvernementale était de régler une crise Etat/Paysans sur le problème redevance eau, mais par-delà saisir l’opportunité pour rencontrer tous les acteurs concernés désormais par le <>.

Parmi ces acteurs, on retrouve les “Jeunes ruraux”, nouveaux acteurs, mais qui avaient des préoccupations à porter à la connaissance du chef du gouvernement. Si le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga avait écouté d’une oreille attentive, donné des instructions, aujourd’hui, en tout cas, en ce qui concerne ces jeunes ruraux, tout l’espoir n’a pas été comblé. Pour preuve, ils attendent toujours le financement de la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA) pour la campagne 2005. Or de son côté, la Banque attend d’être remboursée pour la campagne déjà écoulée.

« Le retard de financement nous porte préjudice »

A la question de savoir pourquoi la Banque n’a pas été remboursée conformément aux accords passés, Salia Touré, jeune rural de Niono non diplômé, 37 ans, marié, répond qu’ils (jeunes ruraux) avaient commencé la campagne 2004 avec un retard.

Ce qui n’a pas permis un meilleur rendement des champs. “Nous avons demandé à ce que la Banque nous concède plus de temps en ce qui concerne le remboursement de cette campagne et nous accorder le plus rapidement possible le prêt de cette année afin que nous puissions travailler si tôt nos champs >> explique t-il.

Mais selon Salia Touré, les jeunes ruraux qu’ils sont, seront à mesure de rembourser à la Banque, non seulement le prêt de la campagne 2005, mais aussi celui de 2004 si les choses allaient plus vites. Mais « on ne peut rien faire sans argent« , a-t-il dit désolé.

La Banque de son côté, attend-t-elle les choses de cette oreille ? Allez savoir. Si selon les jeunes ruraux, un terrain d’entente a été trouvé entre jeunes ruraux, responsables administratifs et Banque, cette solution tarde toujours à voir le jour.

Si bien que les jeunes se demandent s’ils n’ont pas été abandonnés. Par qui ? Question énigmatique. Mais un fonds de garantie d’une valeur de 50 millions de FCFA n’avait-il pas été déposé personnellement par le Président de la République ?

Alors <ll faut que nous réussissions pour servir d’exemple« .

Cette réussite incombe, dit-il, non seulement à eux jeunes ruraux, mais également à l’Etat qui sera jugé à travers sa politique de “Jeunes ruraux”.

Polémique autour du choix des jeunes ruraux

Pourquoi en zone Office du Niger, tout le monde n’accorde pas le même crédit à la politique “Jeunes ruraux” initiée par le gouvernement ? Au SEXAGON (Syndicat des Exploitants Agricoles de l’Office du Niger), on parle, certes, de <> du gouvernement.

Mais « on aurait dû demander l’avis des organisations paysannes existantes » soulignent certains de ces membres. Selon eux, une implication des organisations paysannes, permettrait de donner plus d’impulsion à l’action gouvernementale.

A en croire d’autres personnes, par jeunes ruraux, on devrait penser en premier lieu aux “ruraux” eux-mêmes ; c’est à dire, des jeunes nés et grandis dans la terre, et qui, non seulement connaissent la terre, mais ont de l’amour pour cette terre, et qui sont capables de surmonter n’importe quel obstacle.

De ce fait, le choix des « jeunes ruraux » devrait revenir aux paysans eux-mêmes et non aux responsables administratifs. “C’est la Direction qui choisit les jeunes ruraux, par conséquent, elle choisit ses proches”, fustigent certains paysans.

Mais selon Modibo Sidibé, président du groupement des jeunes ruraux, que nous avions auparavant rencontré, le choix des jeunes ruraux s’est fait par tirage au sort après que les “candidats” des différents villages se soient rassemblés. Selon lui, il n’y a pas lieu à mettre en doute le choix de ces jeunes ruraux.

Est-ce le choix peu crédible, selon certains jeunes ruraux, qui préoccupe le plus en zone Office du Niger ? Pas tout à fait. “Ces jeunes, quelle qu’en soit la manière dont-ils ont été choisis, sont nos frères, soeurs… et enfants. C’est nous qui en bénéficions » déclare un paysan, chef de famille.

Le problème demeure donc le suivi des jeunes ruraux, qui, au moment de leur choix, ont cru bénéficier d’un apport technique et financier tout au long de leur parcours. Peut-être se sont-ils trompés ? Ou faudra-t-il revoir les termes du « contrat » depuis le choix du jeune rural, afin qu’il sache à quoi il est confronté ?

Un déficit de communication, certainement, entre les principaux acteurs (paysans, Etat, partenaires) qui crée aujourd’hui une situation un peu confuse, en tout cas dans la tête de beaucoup de paysans et qui risque d’influencer négativement et dangereusement l’avenir.

Aimé RODRIGUE
Envoyé spécial

25 juillet 2005