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Elles étaient 276. En principe, elles ne devraient plus être que 197, si nos calculs sont exacts, sur le contingent de 276 lycéennes enlevées à Chibok en avril 2014 par les hommes de la secte Boko Haram.

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Un rapt qui, aussitôt, avait suscité une vague d’indignation internationale. Autour du slogan « BringBackOurGirls », des millions d’anonymes et de nombreuses célébrités comme Angelina Jolie et Michele Obama avaient alors exigé la libération des filles de Chibok, poussant même les États occidentaux à offrir au Nigeria un soutien sécuritaire inespéré.

Tout cela sans succès car, en dépit de l’abnégation des familles, le mouvement s’est essoufflé, cela en partie à cause de l’apathie du gouvernement Goodluck, apparemment peu préoccupé par la situation au Nord, tout comme du sort de ces otages.

Depuis lors, 57 lycéennes seront parvenues à s’extraire des griffes du Chacal. Une seule a été retrouvée par l’armée nigériane dans la forêt de Sambisa avec le bébé de 4 mois qu’elle avait mis au monde pendant sa captivité.
La liste vient donc de s’allonger avec ces 21 jeunes filles qui, comme les autres, respirent enfin l’air frais de la liberté. Sauf que ces dernières ne sont ni des fugitives ni n’ont bénéficié de l’aide d’un commando militaire ; elles ont tout simplement été échangées par leurs ravisseurs contre 4 prisonniers de ce qui, entre-temps, est devenu l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest. Un élargissement qui n’est autre que le résultat de tractations menées par le Comité international de la Croix-Rouge et le gouvernement suisse.

Dans quel état physique et psychologique se trouvent ces jeunes filles ? Difficile d’y répondre, les ex-otages ayant été confiées aux services de renseignement nigérians pour un debriefing.

En tout cas, on ne peut que se réjouir de cette nouvelle libération, même si l’on sait que pour 78 de retrouvées, il y en a encore près de 200 portées disparues, mariées de force ou même transformées en esclaves sexuelles, si l’on en croit les menaces proférées il y a deux ans par Aboubakar Shekau, le gourou de la secte.
Certes, c’est une bonne nouvelle pour les interessées elles-mêmes, leurs familles et l’Etat fédéral. Mais comment ne pas voir en ce troc un aveu d’échec du gouvernement nigérian dans la mesure où, en libérant ces 4 prisonniers, il relâche des terroristes, des criminels qui ne tarderont pas à renouer avec la Nébuleuse et leurs basses besognes.

Ainsi, sans le vouloir, les libérateurs d’otages, qu’ils aient versé une rançon-comme c’est souvent le cas- ou qu’ils aient obtenu un « échange de prisonniers », contribuent à alimenter l’industrie du rapt.
Alors vu sous cet angle, c’est une demi-victoire qui vient d’être enregistrée, surtout qu’on sait que le business des otages reste l’une des principales sources de financement de la Nébuleuse.

H. Marie Ouédraogo
L’Observateur Paalga du 14 Octobre 2016