Partager

Plus de 60% de la population de notre pays est composée de jeunes. Si réellement l’avenir appartient à la jeunesse, l’adage ne confirme pas la réalité actuelle du Mali. Car, à moins de deux mois des échéances électorales, nombreux seront ces jeunes qui ne voteront pas, faute de ne pas être enrôlés puisqu’ils n’avaient pas l’âge de vote au moment où le RAVEC se tenait.jpg_une-1815.jpg

Quel est leur sentiment devant cet état de fait? Quelle est leur frustration devant cette impuissance à prendre part à ce tournant historique et a apporter leur pierre au renouveau tant souhaité par toute la Nation malienne?

Nous avons rencontré et échangé avec beaucoup de jeunes dans cette situation. Entre colères et espoirs, ils ont tenu quand même à nous donner leurs points de vue sur cette échéance démocratique capitale devant permettre à notre peuple de se réunir, de se réunifier, de se réconcilier et d’envisager l’avenir sur de nouvelles bases, après toutes les épreuves subies et endurées, tant au Nord qu’au Sud. Pour un lendemain meilleur et une saine réconciliation entre tous les enfants du pays, beaucoup d’observateurs nationaux, rejoints en cela par la Communauté internationale, estiment qu’il faut tourner la page non seulement à travers un dialogue franc et fécond pour assoir les bases du renouveau démocratique du Mali; mais aussi, qu’il faudrait légitimer ce renouveau, après la reconquête de l’intégrité territoriale, par la tenue des élections, notamment présidentielles. Afin qu’à la manette du Bateau-Mali, il y ait un Capitaine pour amener le peuple et ses espérances à bon port, après le naufrage que notre pays a subi.

Donc, après donc, l’avortement du processus électoral de 2012 suite à la double crise sécuritaire et institutionnelle, le pays se prépare à élire en juillet prochain un nouveau président de la République. Échéance électorale capitale qui, contrairement à celle de 2012, ne sera pas couplée avec les législatives.

Cette élection présidentielle est un évènement très majeur pour la démocratie malienne qui doit retrouver ses marques et pour la société malienne qui a besoin de restaurer sa cohésion et son unité après toutes épreuves subies, les déchirures et fractures constatées, les angoisses et les interrogations légitimes quant à l’avenir.

La présidentielle, suffrage universel direct, est l’expression par excellence du droit souverain du peuple et de la liberté de ce choix.

Ce qui fait aussi son importance, outre qu’elle a lieu une fois tous les cinq ans, c’est que cette élection permet de désigner un nouveau président qui orientera le pays, sur un programme ou projet de société pour une durée de 5 ans.

Or, les 5 années à venir sont celles qui décideront, définiront, détermineront le renouveau et l’avenir du pays pour lequel la jeunesse a un rôle primordial et incontournable à jouer.

Mais voilà, comme nous l’avions écrit plus haut, il est fort probable que si rien n’est fait d’ici juillet, la majeure de cette jeunesse ne pourra pas voter, exprimer son choix, avoir son mot à dire quant à l’avenir du Mali.

Pour l’avenir du pays, pour le renouveau tant glané, serait-ce concevable que les jeunes du Mali soient en marge? Le renouveau démocratique signifierait-il que les adultes et les vieux décident pour les jeunes et les moins jeunes?

En tout cas, la Constitution de notre pays dit clairement que la souveraineté nationale est chose partagée, elle appartient à tout le peuple, aucune fraction du peuple ne peut et ne doit s’en accaparer; donc, aucune fraction du peuple ne doit par conséquent en être exclue de l’exercice, surtout pas la jeunesse.

Une jeunesse malienne qui interpelle la nation toute entière sur cette exclusion larvée et se demande aujourd’hui comment les différents candidats peuvent et vont faire des propositions à cette jeunesse à travers leurs programme, en sachant bien qu’ils s’adresseront à ces jeunes dont la plupart, bien qu’impatients de voter, seront écartés du vote le jour J.

La place de la jeunesse dans la société

Chacun comprendra et concédera la thèse suivant laquelle, la jeunesse d’un pays, quels que soient sa structuration, son apport et son expertise, est une richesse inestimable pour une nation puisqu’elle lui garantit sa pérennité, sa sécurité, son espoir. C’est cette jeunesse qui donne un sens à son avenir.

Mais force est de constater que depuis quelques années, la jeunesse malienne est désenchantée, laissée pour compte, prise comme quantité négligeable, voire simplement méprisée.

Or, au Mali, elle constitue la majorité du peuple et du corps électoral dont ils sont exclus, faute d’enrôlement. Car, le fichier RAVEC ne tient pas compte des jeunes ayant eu leurs 18 ans après le RAVEC alors que le temps est compté. C’est désormais une course contre la montre et ces jeunes ne pourront réaliser ce droit et cela ne pourra que nous alerter, pour un pays qui rêve d’organiser une élection libre, transparente et crédible.

Ce constat montre que la jeunesse malienne est relativement peu optimiste, qu’elle ne croit pas au changement et, partant, on peut l’imaginer peu engagée.

Il est donc nécessaire de rappeler à chacun des candidats que les jeunes se sentent mis à l’écart des projets citoyens pensés pour eux, mais élaborés sans eux.

La moitié de cette frange ne se sent ni reconnue, ni valorisée en tant que citoyens.

Car, selon cette jeunesse, aucun de ces partis politiques ne place sa confiance dans les jeunes ni ne les valorise.

En effet, la majorité des jeunes ont le sentiment d’être trahis et déçus par les aînés qui n’ont pas su éviter au pays de tomber dans ce chaos orchestré en complicité, active ou passive, avec eux.

Il est donc impérieux de valoriser cette jeunesse en la positionnant concrètement dans des démarches positives et constructives vis-à-vis de son futur. Il faut favoriser son sens de la responsabilité, mais aussi et surtout développer sa volonté d’engagement et d’autonomie.

C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, qu’on peut espérer que nos jeunes s’engagent pour devenir acteurs et responsables en toute conscience et confiance.

Une fois de plus, les hauts responsables du pays et les acteurs politiques de tous bords ont prouvé que le temps n’est pas encore venu de faire confiance à la jeunesse malienne.

Situation d’urgence, mesure urgente

Ce fait est jugé dommage et déplorable par certains jeunes politiques. Ainsi, le secrétaire à la jeunesse du parti de la Poignée des mains, le Dr. Madou DIALLO, juge la situation «dommage». Car, pour lui, le fait de voter est un droit constitutionnel pour chaque citoyen. En tant que leader de la jeunesse de l’URD, le Docteur DIALLO encourage davantage les jeunes, ceux qui sont recensés, à aller aux urnes. Et pour cela, chaque jeune doit avoir son arme à la main et cette arme n’est rien d’autre que sa carte d’électeurs. Le taux de participation des jeunes aux élections est généralement faible et surtout, à cela vient s’ajouter le lot des non-enrôlés, regrette le secrétaire à la jeunesse de l’URD. Mais il précise que compte tenu de la situation actuelle, seules les élections de juillet pourront sauver le pays.

Du même avis que le Dr. Madou DIALLO, le secrétaire à la jeunesse du parti de la Quenouille, Moussa KANTA, indique que nous sommes dans une situation où il faut choisir entre le mal et le pire. Il faut nécessairement choisir le mal, estime le jeune responsable de la CODEM. Le Mali a actuellement besoin d’un pouvoir légitime pour quitter la situation d’intérimaire et aller de l’avant. C’est vrai que les jeunes ont encore été victimes du système, mais y a une possibilité de changer la donne. C’est aux jeunes recensés d’aller voter pour un nouveau changement ; car, si c’est vrai que l’avenir appartient à la jeunesse, nous, les jeunes, sommes interpellés à amener ce changement.

De son côté, Amadou AYA, le secrétaire politique du parti Yèlèma, n’est pas resté en marge de ce constat. Il exhorte les jeunes de sortir massivement pour aller voter afin de doter le pays d’une institution forte et d’un président légitime. Cela permettra au peuple meurtri dans son âme d’amorcer la véritable paix et de taire aussi toutes les rumeurs de la communauté internationale. En effet, il estime qu’à ce titre, aucun sacrifice n’est vain pour aller à ces élections. Et rien qu’à penser aux quatre cent mille non enrôlés, les autres jeunes enrôlés doivent impérativement voter. Car, il y aura beaucoup de surprise cette fois-ci puisque nombreux seront des jeunes candidats qui brigueront la magistrature suprême de juillet prochain. «En fin, je pense que la commission électorale va revoir et prendre un certain dispositif pour rendre beaucoup plus légitime la voix des urnes», prévient M. AYA du parti Yèlèma. De toute façon, estime M. AYA, tout le peuple souhaite et aspire au changement.

L’heure des jeunes a sonné

Les jeunes ont retourné leurs vestes, changé de position. Ils ne veulent plus servir de bétail électoral, mais plutôt être eux-mêmes des candidats. Ils sont nombreux à oser créer leur parti et prêts à prendre part à la course pour la conquête de Koulouba en 2013. En prônant ce changement, ils désavouent l’ancienne classe politique.

Comme l’a si bien dit le président du parti la CAP (Convergence d’action pour le peuple), Jean Marie Drissa SANGARE, «à tort ou à raison, nous ne cessons de réclamer le départ de la vieille classe politique avec comme seul argument: le tour des jeunes est arrivé». Pour lui, le seul critère du changement, fondé sur la jeunesse, est une démarche qui n’aboutira qu’au changement des femmes et des hommes et non à l’institution des pratiques saines de gestion de l’Etat. Il a poursuivi en disant que «la CAP s’attèle pour que la démocratie soit le seul vainqueur des prochaines échéances électorales». Ainsi, l’un des grands objectifs du parti est de participer à la reconstruction d’un futur meilleur pour le pays, à travers une vision politique qui s’inscrit dans une ouverture vers la liberté d’initiatives encadrées par un Etat fort et dont le point central est celui du travail bien fait.

Cet avis est largement partagé par le président d’un nouveau et jeune parti «Panafrik », Alhousseini Abba MAIGA, qui indique que la candidature des jeunes n’est pas une prétention, mais de l’audace.

Les jeunes en ont assez d’être utilisés comme du bétail électoral. Désormais, martèle-t-il, ils ne veulent plus être des spectateurs de leur propre destin, mais des acteurs clés et incontournables pour le développement du pays.

Les jeunes sans carte décrivent leur profil de candidat

Peu importe qu’ils votent ou pas, les jeunes sans carte et ceux de la banlieue tiennent à exprimer leurs positions et dessinent le profil du candidat idéal pour un Mali nouveau.

Que cela soit en milieu scolaire, dans les grins (clubs informels de causeries), au marché ou dans les services, tous rêvent à un changement même si cela semble un peu difficile.

Selon un vendeur au grand marché de Bamako, le futur président doit avoir comme priorité la santé et l’éducation. Pour lui, la vie est actuellement trop chère et, par nature, le citoyen lambda n’est pas difficile à gérer puisqu’il ne demande pas grand-chose. Les politiques ont échoué dans plusieurs secteurs comme celui de la santé: les gens n’arrivent plus à se soigner parce que c’est trop cher. Il y a aussi l’éducation: les grèves doivent cesser pour que les jeunes puissent valider leur année.

En revanche, une mère de foyer réclame la promotion des petites activités qu’exercent les femmes qui sont la couche la plus vulnérable de la société, tout en estimant que la jeunesse malienne doit être une priorité pour le prochain président. Il y a aussi le transport qui est cher trop et cela a des répercussions dans tous les secteurs de l’économie. L’insécurité et la violence dans les rues, estime-t-elle, « nous préoccupent également en tant que mères de famille ».

De son côté, ce jeune étudiant qui dit ne pas être enrôlé, mais qu’il a une attente, celle d’un président qui travaille pour tout le monde. Son seul souhait, c’est d’avoir un président honnête, franc et qui travaille pour tout le monde. Nous sommes dans un pays laïc, donc, il doit être à la hauteur de toutes les religions et obédiences. Il ajoute que le futur sauveur du pays doit créer de l’emploi pour les jeunes. Le président idéal doit créer les conditions pour que les jeunes aient du travail alors que la vie devient de plus en plus chère.

En tout cas, l’évidence pour sortir le Mali de cette crise multiforme qu’il connait, c’est qu’il est impératif d’organiser des élections pour élire un Président démocratique qui pourra mettre en place des institutions fortes pour redorer l’image de notre jeune démocratie. Et n’en déplaise au pessimiste. Il faut être au Mali, vivre avec les Maliens pour se rendre compte des difficultés au quotidien. Quel qu’en soit le prix, ces élections doivent se tenir sinon le pays risquera de plonger dans un avenir incertain. Plus que jamais, la jeunesse est interpellée et elle doit jouer son rôle et voter massivement pour relever les défis de la démocratie et renforcer la citoyenneté dans un pays en convalescence.

Par Salimata DIOUARA

Info-Matin du 23 Mai 2013