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Elles nous protègent et nous aident à franchir certains obstacles.
L’identité d’un enfant surtout d’une fille ne se construit pas en un jour. Mais depuis le jour de sa naissance jusqu’au mariage. L’adolescence est l’âge où il n’est pas toujours aisé de faire la part entre l’épanouissement, la culpabilité, l’éducation et la rébellion, le désir propre, le respect de l’autre. Dans notre pays, l’éducation de la jeune fille est un devoir singulièrement réservé à la mère.

jpg_fems.jpgD’où l’adage “Telle mère telle fille”. Ce proverbe est bien ancré dans les cultures et les mœurs. Il fait partie intégrante de l’inconscient populaire. La fille, dès l’âge de 5 ans, est soumise à l’école de la vie au côté de sa mère et des autres femmes de la famille.

Elle apprend ainsi à être gracieuse, à marcher avec élégance, à s’asseoir correctement, à s’habiller décemment, à porter les symboliques “baya ou bine-bine”, les riantes ceintures de perles, autour de leur taille pour dessiner et accentuer la courbe des hanches pendant sa croissance. Au même moment, la jeune fille apprend à s’adresser comme il faut à ses aînés, à répondre respectueusement aux parents et aux vieilles personnes.

La prospérité d’une société repose en grande partie sur la qualité des structures familiales qui la composent.

Malheureusement, aujourd’hui, la cellule familiale traverse une période de crise sans précédent. Plusieurs foyers maliens se trouvent au bord de l’éclatement. Par conséquent, notre communauté entière est actuellement en train de s’affaiblir.

Il y a nécessité pour chaque membre de réagir. Il nous faut redynamiser la solidarité et harmoniser les liens au sein de la cellule familiale. L’étape obligatoire consiste à revenir au jeu normal de la responsabilité telle que définies dans nos traditions.

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Le devoir de génération au sein des communautés maliennes impose de consolider les valeurs de l’éducation familiale, notamment, la bénédiction que les bambara désignent sous l’expression “doubabou ani baraka
Comment trouver les mots justes pour répondre avec respect ces parents ? Comment parler à une personne plus âgée sans l’offenser ?

Ces questions se bousculent dans les cerveaux des jeunes. Dans certaines situations il n’est pas facile de trouver des réponses de comportement correctes. En effet, la bénédiction ou la Baraka font partie de nos réalités et de nos mentalités depuis la nuit des temps.

“Quand, un enfant franchit des obstacles de la vie et que tout ce qu’il touche se transforme en succès, tout le monde dit de lui qu’il a la Baraka”. Vrai ou faux ? On ne saurait trop s’avancer sur cette assertion.

Adieu ! la vieille école. Mme Diallo Awa Dia est sexagénaire. Elle explique les méthodes d’éducation familiale au bon vieux temps. “A notre époque, rappelle la vieille dame chaque mère aidait sa fille à comprendre les étapes de la vie de femme. La fille prenait ainsi référence sur sa maman. Elle observait la façon de sa mère de s’adresser correctement à son père. Elle apprenait les gestes de soumission à l’autorité de l’époux: s’accroupir pour donner à boire, ventiler la nourriture pendant que son mari mange etc…”.

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Les épouses savent mettre dans ces gestes la dose de tendresse et de respect souhaité par leur homme. Le mari est content des gestes de reconnaissance de son mérite et de son rang de chef de famille. Il murmure alors à l’oreille de la brave femme la phrase qu’elle attend: “Que Dieu bénisse tes enfants et leur donne “ la baraka” dans toutes leurs entreprises.”

Au bout du processus la jeune fille qui s’apprête pour le mariage sait obéir à son mari. Elle sait surtout mettre en oeuvre un certain savoir vivre pour le plaisir de son époux. Le Tout puissant reconnaît l’exemplarité de l’épouse en distinguant sa progéniture d’une grande aura en tous les lieux. Ces enfants bénis volent de succès en succès. C’est ça la baraka.

Il est fréquent dans ce pays, raconte Mme Diallo Awa Dia, d’assister à une sorte de rituel. La maman dont un enfant est face à l’épreuve n’hésite pas à poser la main sur cet enfant en invoquant les faveurs du Tout Puissant. Elle prononce avec conviction ces mots: “s’il est vrai que je n’ai jamais failli à mes devoirs envers ton père, s’il est vrai que tu es son sang que tu ne m’as jamais désobéi, Inc Allah, tu franchiras sans dommage cet obstacle”. Et comme par miracle, l’enfant sortait idem de l’épreuve”.


Ce temps est révolu. Aujourd’hui, les filles ont tendance à se passer de leur mère. Elles se réfèrent désormais à la vie de rue, à la télévision, aux ordinateurs ou aux arlequins. Ainsi pour s’habiller, la référence n’est plus la maman mais les mannequins, les actrices, et les modèles de publicité.

La grand mère Mme Fata Coumaré ressasse des regrets. Elle estime que “les enfants naissent aujourd’hui avec la connaissance. À 14 ans déjà, ils connaissent tout de la vie mieux que leurs génitrices. Les filles ne se plus préoccupent plus de moralité et des règles de conduite dans la société malienne. Elles ont les yeux braqués sur les coutumes de l’étranger”.

La vieille dénonce le fait que très peu de jeunes filles croient encore au pouvoir de protection de la bénédiction des parents. “Leur comportement au quotidien témoigne de ce changement négatif de comportement” soutient-elle.

Le sociologue Abdrahame Traoré, pense que le développement des mentalités, la conjoncture socio-économique difficile ont engendré la mort progressive des règles qui régissaient notre société. La démission des parents dans l’éducation des enfants en est un exemple. Cette mère qui accompagnait les premiers pas de sa fille dans la féminité et qui la rassure à travers sa propre expérience a disparu. Les parents n’ont plus le temps d’enseigner à leurs enfants les règles élémentaires de la vie et du respect.

Les grandes familles se sont dispersées. Cette nucléarisation a entraîné l’extinction de la solidarité entre les membres de l’ancienne grande famille africaine. L’autorité du patriache ne s’exerce plus comme régulateur du comportement.Dans cette nouvelle entité familiale, le père travaille, la mère travaille aussi. Les enfants sont laissés à eux-mêmes et ne revoient leurs parents que la nuit. Alors comment voulez-vous que ces enfants apprennent ces croyances ?”, s’inquiète Abdrahame Traoré .

À l’écoute des enfants. Selon ce sociologue, la notion de baraka demeure un phénomène fondamental et un référentiel incontournable dans la compréhension de l’univers socioculturel des ethnies. Mot d’origine arabe, elle est présente dans toutes les langues sous différentes orthographes et prononciations : “Barka” en langue Bambara et “barki” en langue peul. Le Dictionnaire définit le terme “baraka” comme une “chance” qui semble due à une protection surnaturelle ou divine.

Avoir la baraka, c’est avoir confiance en sa bonne étoile, bénéficier de la grâce et de la faveur du ciel, réussir tout ce qu’on entreprend, arriver à tout. Et il est courant d’entendre des expressions traditionnelles comme : « La baraka n’attend point le nombre des années », « La baraka ne saurait mentir.»
Ina Touré est étudiante.

Elle ne croit pas à la baraka mais elle est consciente qu’un enfant doit respect et obéissance à ses parents. “Je dois leur dire la vérité. Je ne suis pas d’accord avec ces croyances qui imposent de ne pas contredire ses parents, ne pas leur dire la vérité. J’estime que la clé du succès n’est pas la Baraka, mais le travail”, insiste l’étudiante.

Contrairement à Ina, sa camarade Aminata Cissé, soutient que la bénédiction et la Baraka sont essentielles dans la vie. “Quand on salue chaque matin ses parents, ils te répondent que “Dieu te protège le long de la journée”. Inconsciemment, on a l’impression d’être vraiment protégé. Et pendant les examens, nos parents font des bénédictions. En cas de réussite l’enfant est convaincu que les bénédictions y sont pour quelque chose. Certes, on doit travailler pour réussir dans la vie, mais les bénédictions nous accompagnent et nous aident à franchir certains obstacles”, a insisté la jeune fille.

La grand-mère Djénéba Djiré enseigne que la véritable beauté d’un individu réside dans la force de sa personnalité et de son caractère. Les parents œuvrent à ce niveau. Toute jeune fille doit respecter ses parents, ses aînés et ceux des autres familles. Elle doit acquérir le respect de la propriété et de l’honneur d’autrui. Dans l’environnement plus religieux et multiracial dans lequel nous vivons, l’enfant se doit apprendre à respecter tous ceux qui sont autour de lui, en acceptant leurs différences et leurs particularités. C’est le prix de la “baraka”.

Épouses d’immigrés : Ces « Démi-veuves« 

jpg_fe-2.jpgAu Mali, chaque ethnie préserve jalousement, aussi longtemps que possible, ses us et coutumes en matière de mariage. Chez les Soninkés par exemple, la réciprocité des sentiments tient peu de place et ne saurait constituer un préalable. L’homme n’épouse pas forcément la femme qu’il aime, mais celle qu’il doit marier. Il arrive parfois que la fille soit choisie par les seuls parents à la recherche d’une épouse pour leur fils émigré.

Dans certains cas, le mariage est célébré en l’absence du mari. Certaines épouses d’immigrés peuvent ainsi passer plusieurs années à attendre leurs maris émigrés à la recherche d’une fortune incertaine. Les plus chanceuses voient leur martyr abrégé. Elles arrivent à rejoindre leur époux dans le pays d’installation de ce dernier. Mais nombreuses sont celles qui sont obligées de rester au village pour s’occuper des parents de leur époux, espérant le retour hypothétique de leur homme.

Conscient des innombrables inconvénients du mariage à distance, notre consoeur Oumou Ahmar Traoré a écrit le livre « Mamou : épouse et mère d’émigrés« . Cette oeuvre a ému les organisations de la 9ème édition du Festival de théâtre des réalités organisé du 2 au 7 décembre 2008.
L’auteur déclare que les épouses des immigrés vivent un drame silencieux. Leur vécu peut les conduire à commettre des actes irréversibles. Elles s’adonnent à l’adultère.

Elles contractent des grossesses indésirables qui se terminent par des infanticides. Dans la pire des cas, les femmes deviennent des « démi-veuves« . Le mari vit mais son épouse légitime n’a aucune possibilité de le rencontrer, a expliqué Mme Oumou Ahmar Traoré.

Cette situation viole plusieurs dispositions de notre de code de famille qui reconnaît aux femmes le droit de vivre avec leur époux.


D. Djiré

Essor du 19 Décembre 2008