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« Autodestruction« . C’est le mot qui vient le premier à l’esprit pour décrire le comportement de certaines personnes particulièrement « accros » à l’alcool ou à la drogue. Elles entrent d’habitude par un pur hasard dans ces vices, y prennent goût et finissent par construire leur vie autour de leur faiblesse.

Rien ne semble pouvoir les en extraire : ni les sermons, ni les menaces, pas même les supplications. Le problème est qu’il arrive un moment où le vice domine complètement la personnalité de celui qui s’y adonne. C’est alors le début de la fin, la glissade vers l’enfer qui se termine soit par une déchéance totale, soit par une très triste fin.

La semaine dernière, les clients d’un restaurant chinois de la place ont assisté à ce qu’on pourrait appeler un suicide en direct. Sauf que la conclusion s’est faite loin des yeux de la plupart d’entre eux. Au centre de cette lamentable histoire se trouvait un jeune homme qui se destinait à un avenir plus souriant.

Jerôme Diassana – tel était son nom – était arrivé à Bamako, il y a environ deux ans avec le ferme projet d’amasser un solide pécule avant de s’en retourner dans son terroir. Très rapidement, il se fit une réputation de gros bosseur. Ce qui lui valut d’être recruté par un commerçant de la place comme gardien de son chantier à Baco Djikoroni ACI.

Dévoué et consciencieux, Jérôme passa brillamment sa période d’essai et devint pratiquement l’homme de confiance de son employeur qui lui payait désormais un salaire plus conséquent.

Mais en même temps que ses revenus augmentaient, le jeune homme prenait de nouvelles habitudes. Il s’initia à la vie nocturne bamakoise, y prit goût et devint un habitué des bars de la capitale. Comme on le dit, il se « lâchait » complètement pendant les week-ends.

Il avait obtenu de son employeur de ne rester sur le chantier que jusqu’à minuit. A partir de cette heure, il entamait une interminable randonnée dans les établissements de boissons. En très peu de temps, le jeune Bobo se fit accepter par la faune particulière qui écume les bars-restaurants de la ville et se fit une cohorte d’amis dans le milieu des adeptes de Bacchus.

Cela s’était fait d’autant plus rapidement que le néophyte était généreux. Chaque fois qu’il avait un peu d’argent en poche, il n’hésitait pas à inviter toutes ses connaissances à prendre le pot à son compte.

D’habitude, tout ce qu’il avait en poche passait dans les tournées qu’il offrait. Quand il était en fonds, il lui arrivait de rester dans les bars jusqu’à l’aube. Le jeune Bobo mena ce train de vie pendant plusieurs mois. Puis il y mit fin sans hésiter lorsqu’un de ses frères du village vint le rejoindre à Bamako.

Pendant tout le séjour de l’intéressé, Jérôme se gardait même de sortir se promener la nuit. Cette reconversion inattendue prit fin aussi brusquement qu’elle avait commencé. Jérôme reprit en effet ses mauvaises habitudes après le retour au village de son frère.

Il resta « chaste » moins d’une semaine, puis rechuta. Il reprit le chemin des bars et retrouve ses anciens amis. Il ne se doutait pas encore que cette seconde plongée dans l’enfer de la boisson lui coûterait très, très cher.

Un marathon malsain :

Le jour où se produisit le drame, Diassana arriva plus tôt que d’habitude au bar. Accompagné d’un ami, il se présenta en effet sur les lieux aux alentours de 20 heures. Environ une heure seulement après leur arrivée, les deux jeunes gens seront rejoints par deux autres acolytes.

A ce moment là, Jérôme était, selon les témoins, sérieusement éméché. Pour son malheur, le jeune Bobo avait de l’argent sur lui cette nuit là et il commença à commander des tournées successives pour ses compagnons et lui-même.

Selon les témoins, le groupe enchaînait les consommations à une vitesse effarante. Sous l’effet de l’alcool, Diassana proposa à ses compagnons un défi particulièrement stupide. Il sortit un billet de 10.000 francs et indiqua que cette somme reviendrait à celui d’entre eux qui parviendrait à ingurgiter la plus grande quantité d’alcool.

Aussi « partis » que lui, ses amis relevèrent le challenge. Jérôme Diassana qui avait encore de l’argent sur lui passa donc commande au serveur du bar. C’est ainsi que les jeunes se lancèrent dans un marathon malsain sous le regard inquiet des autres clients.

Jérôme avait ingurgité tellement de verres qu’il ne parvenait même plus à se tenir assis. Un à un, ses amis abandonnèrent la dangereuse compétition, le laissant seul à table. Le jeune Bobo avait donc gagné.

Mais comme pris dans un engrenage infernal, il ne put s’arrêter de boire. Il arrivait à peine à avaler le contenu de son verre, une bonne partie de l’alcool lui coulait sur le menton et dégoulinait sur ses habits.

Mais Jérôme ignorant les appels à la raison des clients continuait de commander d’autres consommations. « Cette nuit là, indiqua un habitué des lieux, Ignace Diakité, un gérant du bar qui connaissait bien Diassana, ce jeune a bu plus du quintuple de ce qu’il buvait ici auparavant« .

C’est aux environs de 3 heures du matin que Jérôme Diassana a perdu connaissance. Certains clients auraient tenté de le ranimer lui mouillant la tête avec de l’eau fraîche. Mais malgré tous leurs efforts, le jeune resta inconscient. Ils décidèrent donc d’aménager une couchette dans la cour de l’établissement et l’allongèrent dessus pour le laisser se récupérer un peu.

Le matin venu, le propriétaire des lieux secoua Jérôme pour le réveiller, mais ce fut en vain. Il se rendit brusquement compte que Diassana ne respirait plus. La mort sera constatée par un médecin qui conclut à une overdose d’alcool.

Les amis de Jérôme qui fréquentaient les lieux furent appelés d’urgence pour transporter le corps à la morgue. Tel a été la triste fin que le sort avait réservé à un jeune qui était venu dans la capitale pour y faire fortune. Et qui aura succombé sans rémission aux charmes pernicieux des nuits bamakoises.

Mh.TRAORÉ

L’Essor du 06 mars 2008.