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Après la brillante qualification des Aigles nous avons rencontré le sélectionneur national Jean François Jodar. Dans un entretien exclusif, il nous parle de cette qualification obtenue de haute lutte la semaine dernière à Lomé, de la préparation des Aigles pour la CAN 2008 et de ses ambitions pour le football malien.

Votre choix n’a pas fait l’unanimité, mais vous avez réussi un sans faute avec les aigles du Mali. Vos commentaires.

Aujourd’hui, l’essentiel est que j’ai réussi la mission qu’on m’a confiée. En fait, quand j’ai accepté de prendre la sélection du Mali, je savais que j’étais capable de réussir. Ceci dit, j’ai un parcours assez particulier car j’ai beaucoup plus travaillé avec la fédération française de football et un peu dans toutes les sélections.

Avec la France, j’ai été champion d’Europe et champion du monde juniors. C’est pourquoi des esprits chagrins me croyaient seulement capable de m’occuper des jeunes et non des seniors oubliant mon passage à la tête de l’équipe des Emirats Arabes unis pendant 6 mois. Je n’ai jamais douté de mes capacités car j’ai un profil d’entraîneur professionnel maîtrisant parfaitement la vie des sélections pour avoir travaillé avec les Aimé Jacquet, Gérard Houillet ou autres. Je trouve normal qu’il y ait eu des gens sceptiques au départ car, beaucoup préfèrent plutôt de grands noms.

Je remercie alors Malamine Koné qui m’a confié cette responsabilité m’ayant permis de réaliser un challenge. Car, je suis convaincu que si je réussi à bâtir de bonnes choses avec le football malien, ça me permettra de bien mener ma carrière d’entraîneur pour les dix années qui me restent. Ceci m’a paru spécialement motivant.


Qu’est-ce vous avez spécialement développé pour mieux exploiter les fortes individualistes de cette équipe malienne ?


Je n’ai fait qu’appliquer ce que je connaissais et qui fait fonctionner les sélections nationales de la France. D’abord avoir un très fort relationnel avec les joueurs à travers de permanents contacts téléphoniques. Dans un premier temps, j’ai rencontré le capitaine de l’équipe et les anciens pour m’enquérir de la situation interne de l’équipe et situer les raisons des échecs précédents. J’ai fait une synthèse à partir des informations glanées, et j’ai dicté ma vision des choses. On n’a pu alors aplanir des difficultés relationnelles entre certains joueurs. Ces difficultés relationnelles qui étaient surtout suscitées et entretenues par l’environnement, tout en constituant des détails, polluaient l’atmosphère.

Il a fallu tout arranger pour ensuite mettre un projet de jeu en place. Ça n’a pas été facile. D’autant qu’ici on a une trop haute estime de la valeur des joueurs. On a certes de bons joueurs mais, dans certains secteurs de jeu, il y en moins. En observant la liste on constatera beaucoup de milieux centraux mais très peu de médians évoluant sur les côtés, même dans les clubs. Hormis, Adama Tamboura, on n’a presque pas d’arrière latéral qui joue au haut niveau comme titulaire. Alors qu’on a 5 à 6 arrières centraux dont certains sont obligés de jouer sur les côtés. C’est pourquoi, il est difficile de trouver un équilibre, beaucoup de joueurs dans l’axe et peu sur les côtés. Maintenant que je connais suffisamment le groupe, je saurai quoi faire.

Est-ce à dire que vous disposez d’arguments suffisants pour bien tenir dans la cour des grands dans quelque mois ?

Il ne faut pas rêver, ça ne va se faire sur un coup de baguette magique. Certaines équipes viendront aussi avec beaucoup de bons joueurs. Il faut être objectif et moi je travaille avec les chiffres. Une équipe comme la Côte d’Ivoire se présente avec 7 ou 8 attaquants qui jouent dans de grands clubs européens, nous on ne l’a pas et déjà dans ce secteur on est déficitaire.

Le problème, c’est qu’il faut arrêter de se regarder le nombril et se dire qu’on est le meilleur. La question, c’est de savoir qu’est ce qu’on peut aligner comme équipe par rapport aux autres en intégrant également le facteur expérience. Par ce qu’il y a des pays qui arriveront avec une grande expérience ayant participé aux 3 – 4 dernières CAN et qui savent aborder un grand événement ; c’est capital.

C’est pourquoi, j’affirme que c’est important pour nous d’être à la présente CAN. Non pas pour la gagner mais parce qu’elle va servir pour la prochaine CAN et aux qualifications pour la Coupe du monde de 2010.


Comment allez vous, vous y prendre pour renforcer l’équipe ?


Ce n’est pas très difficile. On n’a des joueurs en Europe, mais il y a eu a beaucoup qui ne jouent pas déjà, donc je n’irai pas voir ceux-ci. Je m’attellerai à voir les quelques joueurs susceptibles de renforcer le groupe et qu’on ne connaît pas et les 2 – 3 joueurs qui réapparaissent un peu comme titulaires dans leurs clubs respectifs en Europe. Le premier critère de sélection, c’est de jouer à un haut niveau car, ce n’est pas avec les joueurs amateurs qu’on réussira à gagner une CAN. Il y a le niveau, mais surtout, il faut jouer. Le professionnel qui ne joue pas en Europe ne me parait pas utile. La porte de l’équipe reste ouverte pour tous. _ Il y a un ou deux joueurs de l’équipe olympique qui pourraient venir. Mais dans l’ensemble, ce n’est pas la valeur footballistique seulement qui va compter mais aussi la force mentale des uns et des autres.

Vous aurez également l’œil sur l’équipe nationale locale qui participera au tournoi de l’UEMOA du 28 octobre au 4 novembre prochain

Au départ, nous avons fait le choix de monter une équipe A’ avec des joueurs uniquement locaux. Le tournoi nous permettra de faire évoluer des joueurs qui ne jouent pas avec la sélection A, c’est le cas de Soumaïla Diakité et de Souleymane Dembélé. Si on arrive à tirer un ou deux joueurs de cette équipe nationale pour nous accompagner, ce sera une satisfaction.


C’est demain le tirage, vos appréhensions ?


Je n’ai pas d’appréhensions particulières. De toute façon, on va être dans un groupe difficile car on est logé dans le 3è chapeau. On est susceptible de tomber dans un groupe comprenant le Ghana et la Côte d’Ivoire que j’estime être la meilleure équipe africaine. Moi, je ne vois pas les choses en terme de qualification mais plutôt de pouvoir livrer trois matches de haut niveau. Mon objectif à très court terme, c’est de gagner le premier match, ensuite sortir du groupe à l’issue du 3è match. Et on verra. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas d’ambition mais, il ne faut pas parler de finale avant de commencer la compétition. Car, en claironnant partout que vous allez jouer la finale ou la demi finale, vous motivez plus vos adversaires.

En partance pour Lomé, je n’ai pas dit que j’allais pour gagner. J’ai surtout dit que ça allait être difficile car je croisais un mondialiste. Ç’avait pour objectif de mettre l’adversaire en confiance. Et ce n’était pas pour rien.

Etes-vous donc parti pour rester à la tête des aigles du Mali jusqu’en 2010 ?

Je ne sais pas, mais je le voudrais bien. Pour l’instant, tout le monde me félicite et m’en- courage, c’est très agréable. Encore plus agréable quand on rencontre de nombreuses personnes heureuses en ville et qui vous tapent sur l’épaule. Mais je ne suis pas dupe, si on ne passe pas le 1er tour à la CAN, les mêmes vont vouloir ma tête alors que j’aurai travailler de la même manière. Le métier d’entraîneur c’est comme ça, on travaille toujours pareil, les résultats font qu’on vous garde ou qu’on vous jette.

Ça me plairait bien de rester dans le temps, je commence à travailler sur l’après CAN. C’est vrai que mon contrat court jusqu’en juin 2008, et c’est renouvelable. Le Mali me plait beaucoup, c’est finalement ici qu’on m’a donné ma chance, je me voit pas comment j’irais voir ailleurs. Je me sens bien avec un bon groupe, des jeunes qui arrivent derrière, et il va falloir reconstruire l’équipe nationale après la CAN. Car un certain nombre de joueurs vont quitter.

Avec le Mali je veux bien bâtir quelque chose et je ne suis pas un pigeon voyageur.


Vous avez quand même le soutien du président de la République en personne


Le chef de l’Etat a toujours été à nos côtés, c’est un véritable bâtisseur. Il sait que tout prend du temps et qu’il faut travailler pour obtenir des résultats. Mais un entraîneur ce n’est pas le soutien ou l’attention que les autres vous porte. C’est surtout vox populi. Si 300 000 personnes descendent dans les rues pour avoir votre tête, elle tombe dans le panier. Un entraîneur c’est toujours les résultats et dans tous les pays du monde. Nous avons toujours eu les soutiens du président de la République notamment au niveau de la logistique. Pour qu’on soit dans les meilleures conditions. Et quand même, il reste un footballeur dans l’âme qui communique beaucoup avec les joueurs. Et c’est une chance pour nous.


Propos recueillis par

Souleymane Diallo

18 octobre 2007.