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Le divorce est quasiment inévitable entre la Fédération malienne de football et l’entraîneur national Jean François Jodar qui n’avait toujours pas reçu la notification de son limogeage le vendredi 8 mars dernier. Dans l’interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder au siège de Malifoot ce jour là, le technicien français réagit vigoureusement aux griefs formulés contre lui par les responsables de la FEMAFOOT.

L’Aube : On ne vous pas encore notifier votre limogeage jusqu’à ce vendredi midi ?

Jean François Jodar : Les gens ont beaucoup parlé, mais il y a administrativement des choses à faire. Je dois recevoir une lettre avec accusé de réception me notifiant mon limogeage et les raisons pour lesquelles on décide de se séparer de moi. Et après, on continuera la procédure. C’est ce que j’ai demandé il y a quelques jours, rien de plus. Ce n’est pas à moi de faire ce courrier, car après, ils vont m’accuser d’avoir tout fait seul. Et puis, ce n’est pas moi qui ai demandé à quitter les Aigles. Je leur demande aussi de ne pas se servir de la presse pour m’accuser de tous les maux, sinon je pourrais demander autre chose que mes mensualités.

S’ils n’arrêtent pas de raconter du n’importe quoi, je vais finir par tout mettre sur la place publique et je ne suis pas sûr qu’ils souhaitent cela. Je veux juste qu’on respecte ma personne. J’ai accompli ma mission, car l’objectif de mon contrat, c’était de qualifier les Aigles pour la CAN 2008. Pour le reste, on ne m’avait rien exigé.

Et normalement, après la qualification pour la CAN, mon contrat aurait dû être reconduit pour deux ans ; mais ces gens là ne sont jamais venus discuter avec moi. Ça veut dire que malgré la qualification, ils n’avaient pas envie de continuer avec moi. Ils ont attendu la moindre erreur et ça aurait pu être fait élégamment, plutôt qu’en employant des termes vexants, sans fondement, notamment sur le plateau de télévision.

Vos employeurs se plaignent du fait que vous leur avez été imposé.

Jodar : Je ne suis pas n’importe qui pour leur être imposé ; j’ai eu des titres avec d’autres fédérations. Même si c’est le cas, ce n’est pas de ma faute. L’essentiel, c’est de faire ma mission comme il fallait le faire. Même s’ils ne m’ont pas choisi, qu’ils aient au moins le courage de reconnaître que je suis arrivé à qualifier le Mali à la CAN. Au soir de notre qualification, ils avaient tous la grande fierté d’une qualification. Et personne ne me reprochait rien. Maintenant, ils me reprochent tout.

La préparation ? Elle n’a pas été ratée parce que j’ai mal choisi l’endroit. A ce que je sache, trois des quatre demi finalistes se sont préparés au même endroit. Je peux être idiot, mais les trois entraîneurs de ces trois sélections ne le sont pas aussi. La seule chose qui a tout foiré, c’est que nos visas n’ont pas été faits et ça, ce n’est pas la faute de Jodar, ni même de Global management qu’ils accusent. La faute leur incombe entièrement. Les visas devaient être faits à partir de Bamako, où il y a eu de la mauvaise information, et rien n’a été fait.

Notre stage a été foutu parce que simplement, on a été embêté par des problèmes de visas. Après, s’il a plu pendant deux jours et que le match ait été reporté de force, ça, ce sont les aléas climatiques qu’on ne maîtrise malheureusement pas. Il faut qu’on arrête d’évoquer une mauvaise préparation. De toute façon, si la préparation n’avait pas été bonne, on devait plutôt le sentir au début de la compétition. On a raté un match quinze jours après la préparation et on dit que c’est à cause de la préparation. Ce n’est pas juste.

On vous reproche aussi des choses sur la gestion du groupe, en évoquant notamment le cas de Mohamed Sissoko et votre attitude à l’égard des « Espagnols », Kanouté, Djila et Seydou Kéita lors du stage des Emirats.

Jodar : Ah bon ! On me reproche quelque chose par rapport au cas Momo? Je ne lui ai même pas refusé d’aller, mais seulement je lui ai demandé d’attendre de jouer d’abord le match contre la Côte d’Ivoire pour l’intérêt du pays, car on n’était pas encore qualifié. Le cas similaire d’un joueur qui quitte la sélection sans autorisation pour aller signer un contrat à la fédération française serait géré par les responsables fédéraux et non l’entraîneur. Le joueur aurait été directement exclu de l’équipe. Mais en fait que me reproche t-on dans ce cas ? Moi, j’ai géré de sorte qu’il n’y est pas de crise.

Les membres de la Fédération estiment que vous étiez plutôt confronté à un problème de discipline au sein du groupe ?

Jodar : Ce n’est même pas une question de discipline intérieure au groupe, mais plutôt un problème fédéral. Et je ne vois même pas où j’ai mal géré le problème. Je ne l’ai simplement pas aligné d’entrée parce que sportivement ce n’était pas juste. Car, il ne s’était pas entraîné pendant trois jours avec deux nuits de suite dans les avions de lignes, et une batterie de tests médico- administratifs. L’aligner au départ était même injuste pour les autres joueurs qui s’adonnent régulièrement aux entraînements.

On me reproche aussi de faire venir les « Espagnols » lors du stage d’Abu d’Abi. Mon Dieu ! C’est vraiment grave d’entendre un membre fédéral parler de la sorte. Il y a lieu de se demander si ce membre défend réellement le football africain. En tout cas, moi, j’ai défendu le football africain, parce qu’il y a des règles internationales qui permettent aux nations de récupérer leurs joueurs 14 jours avant le début de la compétition.

Si vous commencer à accorder des dérogations aux grands clubs européens, dans deux ans ces clubs ne vont plus libérer les joueurs. Moi, j’ai défendu l’Afrique, et je trouve que Samuel Eto’o n’a pas rendu service à l’Afrique. Je tire tout de même mon chapeau à Didier Drogba qui a préféré venir se mettre à la disposition de son pays sans se poser de question.

En les faisant venir, on m’accuse de n’avoir pas pris la bonne décision. Si je ne l’avait pas fait, ç’aurait été plus grave. Quoique que j’aie fait, ils étaient de toute façon prêts à critiquer. Ils attendaient une défaite, et elle est malheureusement venue contre la Côte d’Ivoire

Cette gestion a-t-elle détérioré le climat entre vous et les joueurs ?

Jodar : Non. A l’intérieur d’un groupe, il y a toujours des problèmes. Les miens, j’ai pu les gérer, on me reproche d’avoir géré mes problèmes. C’est très facile çà. Demander seulement l’avis des joueurs si les problèmes ont été mal gérés ou pas. C’est très facile de dire que Jodar a très mal géré le groupe. Rappelons-nous seulement que tout le monde se tapait les mains après les matches contre le Bénin et le Nigeria. Pendant ce temps, le groupe était-il bien géré ? Il a fallu qu’on perde le troisième match contre la Côte d’Ivoire, pour qu’on trouve à dire que le groupe est mal géré. Qui veut tuer son chien l’accuse de rage, c’est exactement ce qu’ils font.

Il semble que vous ayez aujourd’hui des relatons difficiles avec les membres du Comité exécutif de la fédération malienne de football. Qu’en est-il exactement ?

Jodar : Je n’ai presque pas de relations avec eux, à plus forte raison des relations difficiles. Demander à mon adjoint et aux gens qui travaillent avec moi, depuis 18 mois que je suis au Mali, pas une seule fois, le bureau fédéral ne m’a reçu en séance de travail. Pas que je ne l’ai pas voulu, mais parce qu’on ne m’a jamais invité. Il y a quelques jours, quand je m’en suis plaint, on m’a dit que c’est pour me protéger qu’on préfère me rencontrer à deux ou trois personnes. Il se trouve que normalement dans ma mission de directeur technique, le bureau fédéral devrait me recevoir au moins une fois par mois.

Puisque dans mon contrat, il est dit que je dois élaborer un plan d’action visant à réorganiser l’ensemble de la pratique du football au Mali en conformité avec le plan d’action de la fédération malienne de football. Je ne suis alors qu’un simple employé et je sais ce que c’est une direction technique pour avoir travailler pendant 16 ans à la direction technique française. C’est le bureau fédéral qui doit avoir un plan d’action et qui dit à son directeur technique, « à partir de notre plan d’action, on veut développer telle ou telle chose, élaborez-nous quelque chose ».

En d’autres termes, la fédération ne peut pas vous reprocher de n’avoir pas tenu votre obligation contractuelle par rapport à la direction technique ?

Jodar : Justement ! Eux, ils n’ont pas de plan. Je peux vous dire que j’ai déjà un plan, car j’ai travaillé sur le football malien. Mais ce plan, ils ne l’auront pas, car je vais quitter et partir avec. Je vous le dis.
Qu’est ce qu’on va me reprocher ? Tous les autres sélectionneurs ne sont jamais venus résider ici, ils venaient la veille du match pour repartir après le match. Moi, j’ai résidé à Bamako pour suivre régulièrement le championnat national et je partais voir les entraînements des clubs, contrairement aux dires du chef de presse de la fédération. Ce fait est vérifiable auprès des entraîneurs des différents clubs.

Lors de la CAN, vous auriez, selon de la fédération, exigé vos hommes pour des tâches normalement dévolues au Comité exécutif ?

Jodar : Le sélectionneur fait en sorte d’avoir autour de lui un groupe uni, solidaire et soudé pour que les joueurs se sentent le mieux possible. Rien n’a été décidé à propos sans l’accord préalable du président Salif Keïta. J’ai demandé une personne pour l’intendance. J’ai reçu la personne proposée par le bureau fédéral, en l’occurrence Moussa Kanouté. Mais je lui ai dit que, par rapport à son statut de chargé de compétitions internationales, je ne vais pas lui demander d’être à la disposition de l’équipe 24 h /24 et s’occuper des maillots et dessous des joueurs.

Dans mon bureau et devant témoin, je lui ai dit que je voulais de quelqu’un pour seulement les basses besognes. Juste un intendant, parce que je sais que, par ses autres missions, il sera très difficile pour Moussa Kanouté d’être à la disposition de l’équipe 24h/24. En fait, j’ai respecté l’homme, mais, il ne m’a plus aimé depuis, pour cette raison. Du coup, il ne me serre plus les mains. Tout ce que j’ai fait, c’est devant témoin et avec l’aval du président.

C’est pareil pour le chef de presse. Je sais que je n’avais pas trop d’affinité avec le chargé de communication de la fédération. Et j’ai estimé qu’il me fallait un chef de presse qui parle anglais, car on va dans un pays anglophone, c’est un plus si le chef de presse parle anglais. Tout ce que j’ai fait, c’est pour que ça marche mieux. On me reproche maintenant d’avoir bien fait mon boulot de sélectionneur qui demande d’être exigeant.

Maintenant que ça fait des jaloux, si le sélectionneur du Mali doit juste venir la veille des matches et repartir le lendemain, qu’on me le dise. S’ils veulent un sélectionneur à qui ils dictent leur choix d’hommes, il faut qu’on le sache. Visiblement, ils ne peuvent vouloir me garder, parce que je fais bien mon travail, avec l’exigence qu’il faut. Moi, j’en suis fier.

Au départ à la CAN, la fédération vous a-t-elle fait une obligation de résultats ?

Jodar : Aucune ! Absolument aucune. Je n’avais aucune obligation de résultats. « Vous partez pour la meilleure compétition possible ». C’est ce qui m’a été dit. Heureusement, je dirai.

On se plaint de Jodar parce que seulement, il a perdu un match contre la Côte d’Ivoire. L’Afrique du Sud ne s’est pas qualifiée pour les quarts de finale, mais l’entraîneur Parreira continue à préparer sa coupe du monde. Ils veulent simplement se débarrasser de moi parce que je les dérange et parce que je connais suffisamment de leurs mauvaises habitudes. Seulement, je me demande pourquoi ils prennent tout ce temps.

C’est pour vous pousser à la démission ?

Jodar : Ça, il ne faut pas y compter. Je ne suis pas si bête au point de démissionner et perdre mes droits. Moi, je n’ai tué personne. On a concédé une seule défaite en 9 matches. J’entretiens de bons rapports avec tous les joueurs malgré le fait que des gens sont entrain de créer un mauvais climat autour de l’équipe.

Par ailleurs, il y a un match dans trois semaines, pour le moment les gens de la fédération française n’ont de contact qu’avec moi. Il va falloir donner des listes. Je continue donc à faire mon travail puisque eux ne font rien à ce niveau et je reste officiellement encore l’entraîneur du Mali.

Quels sont vos rapports avec Malamine Koné qui vous a proposé à la fédération ?

Jodar : J’ai eu Mala au téléphone il y a juste une semaine. Il m’a dit qu’on va se retrouver et qu’il a d’autres équipes africaines à qui il proposerait mes services. Ici, dans le sport national, c’est la rumeur qui domine. Sinon, je n’ai aucun problème avec les joueurs. Vous pouvez vous en rendre compte en causant avec eux-mêmes. Mais comme on n’arrive pas à trouver des arguments solides contre moi, il faut alors inventer des choses.

D’ailleurs, les choses ont commencé à s’envenimer seulement après le débat télévisé où on a envoyé au nom de la fédération la personne qui entretient les rapports les plus difficiles avec moi. Parce que je ne voulais pas de lui comme attaché de presse pour des raisons personnelles. Maintenant, il faut qu’ils arrêtent de dire des contre vérités en affirmant que les gens ne veulent plus de moi. Ce n’est pas juste, car en me promenant dans les rues, je rencontre régulièrement un fort courant de sympathie. Au contraire, ce sont eux que les gens ne veulent plus. Même ce n’est pas mon problème, je dois leur demander ne de pas se tromper là-dessus. C’est tout de même trop facile de se décharger sur l’entraîneur en disant qu’on a rien fait.

Il y a des noms qui circulent déjà en vue de votre remplacement. Qu’en dite-vous ?

Jodar : Je n’ai pas à juger. La seule chose qui me dérange, c’est qu’ils n’ont pas encore réglé mon problème et ils font venir Stephen Keshi qui est du reste un bon entraîneur. Toutefois, à entendre des noms qui circulent, ça me fait sourire.

Il y en a qui ne se sont même pas qualifiés pour la CAN avec leur pays. La réalité est que la fédération veut un entraîneur qui ne les embête pas, qui ne leur impose pas de choses et n’essaie pas de faire avancer les choses.

Pour être resté trop longtemps à Bamako, je connais des choses qui les dérangent. Moi, je ne fais plus leur affaire. Voilà.

Entretien réalisée par

Souleymane Diallo

10 Mars 2008.