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Le journaliste malien Adama Diarra, correspondant de Reuters et du journal L’Essor, a rencontré le 22 juin à Kidal, dans un hôtel désaffecté, le chef d’Ansar Dine Iyad ag Ghali, qui lui a accordé un entretien. A 57 ans, l’ancien chef de la rébellion touarègue de 1990 a paru fatigué et méfiant au journaliste, mais déterminé: il veut imposer la charia à l’ensemble du Mali, dont il réfute la séparation, allant à l’encontre des rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Cette attitude complique encore un peu plus la donne, alors que des négociations sont tentées par le médiateur burkinabè. Iyad ag Ghali préconise rien moins qu’un référendum national sur l’application de la charia, dans un Mali musulman à 95%.

Pourtant, l’islam tolérant de ce pays d’Afrique de l’Ouest s’accomode mal des pratiques des intégristes: un jeune homme et une femme ont reçu chacun 100 coups de fouet en public, le 20 juin à Tombouctou, pour avoir vécu en concubins, sans être mariés. Leur sort a provoqué un émoi qui dépasse largement les frontières du Mali. Des jeunes ont également fouettés à Gao pour avoir fumé des cigarettes, et une jeune femme a eu l’oreille coupée à Kidal selon Human Rights Watch pour avoir porté une jupe courte. Les femmes, qui occupent une place centrale dans la communauté touarègue, ont commencé à protester contre Aqmi et Ansar Dine, qui empiètent sur leurs liberté.

Mahmoud Dicko, le responsable du Haut conseil islamique (HCI), la plus haute instance religieuse dans le pays, a déjà manifesté par le passé son opposition aux prises d’otages et aux exécutions pratiquées par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Un groupuscule terroriste mené par des émirs algériens dont Ansar Dine serait très proche. Le HCI est parfois accusé de collusion avec les salafistes, en raison des contacts qu’il garde avec les islamistes.

Ces contacts lui ont notamment permis de faire office de médiateur pour obtenir la libération le 14 avril de 160 militaires maliens retenus par Ansar Dine. Mahmoud Dicko a par ailleurs appelé à la paix et au dialogue devant un stade comble, à Bamako, dès le 31 mars dernier. Il s’oppose fermement à la sécession du Nord-Mali. «Toute revendication peut être discutée, mais pas la partition du pays, c’est impensable», a-t-il encore déclaré le 30 mai dernier sur les ondes de la BBC.

Source: slateafrique.com – 25 juin 2012

26 Juin 2012