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Un Mali qui dans l’entendement du chef du groupe armé Ansar Dine aura la Charia comme constitution. Le chef du groupe islamiste Ansar Dine qui occupe avec ses alliés d’Aqmi, du MUJAO et le MNLA les régions du Nord de notre pays, Iyad Ag Ghali est un éternel rebelle. Il fut l’un des leaders de la rébellion des années 90 à la tête du MPLA. Nous l’avons rencontré vendredi à Kidal où nous accompagnions un convoi humanitaire.

Aujourd’hui âgé de 57 ans, l’homme semble sentir le poids de l’âge et d’une vie mouvementée. Ses gestes sont lents mais il a le regard du renard. Derrière son sourire, l’on devine une grande méfiance. Notre rencontre avec lui a eu lieu dans un hôtel en finition situé en plein coeur de la ville de Kidal. Le chef rebelle, vêtu d’un boubou, parle lentement et à voix basse. Mais dès qu’il aborde la question de la charia, ses yeux brillent. Il s’échauffe et élève le ton. « Nous ne demandons pas grand-chose, juste l’application de la charia. Et dans les régions du nord et dans celles du sud », s’emporte-il.

En ce qui concerne l’intégrité territoriale du Mali, il assure que la position d’Ansar Dine est claire : « Nous, nous sommes Maliens. Nous sommes contre la division du Mali. Ansar Dine veut l’unité de tous les frères et soeurs Maliens autour de l’islam qui est le socle de notre vie. Nos émissaires sont allés au Burkina Faso pour exposer notre position. Si la majorité écrasante des Maliens sont des musulmans, pourquoi on n’adopte la charia comme constitution ? » Tout à son plaidoyer pour la loi islamique, le chef rebelle n’hésite pas à traduire d’une manière très personnelle l’épisode du Code des personnes et de la famille. « Les musulmans ont dit non à la première version du Code de la famille votée par l’Assemblée nationale. Ce rejet du Code par les frères et soeurs musulmans devait faire réfléchir les autorités d’alors quant à la question de la constitution », prétend-il.

Le leader du groupe islamiste préconise même un référendum au sujet de la charia. « Si c’est vrai que la démocratie est la gestion du pouvoir par la majorité, pourquoi ne pas aller au referendum ? Pourquoi ne pas respecter le choix de la majorité du peuple ? Comment en ce 21è siècle, on peut empêcher un peuple de pratiquer la religion de son choix ? », s’interroge-t-il. Et de demander aux Maliens de ne pas avoir peur des sanctions économiques des institutions financières internationales et des pays occidentaux. « Dieu donne à manger à toutes les bouches qu’il a créées. Je ne connais pas de pays qui s’est développé avec l’argent des bailleurs de fonds », tranche le chef rebelle, sûr de son fait.

Entretien réalisé par

A. DIARRA

L’Essor du 19 Juin 2012