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Les Seychelles accueillent l’Assemblée générale extraordinaire de la Confédération africaine de football (CAF) qui portera sur la modification d’un Article des textes entrant dans le cadre des élections de mars 2013. Dans un courrier daté du 20 juin dernier, le président de la Fédération algérienne de football (FAB) précise que «tout candidat aux élections à la présidence de la Confédération africaine de football, outre les compétences nécessaires, devra être ou avoir été membre du Comité exécutif de la CAF». Une loi qui arrange Issa Hayatou qui brigue un nouveau mandat : pourtant, il est à la tête de cette instance suprême du football africain depuis…1988 ! Si ce texte est adopté par les membres de la CAF, Jacques Anouma (le seul candidat officiel face à Issa Hayatou à la présidence de l’organisation en mars 2013) serait éliminé. C’est qu’Anouma, qui est membre exécutif de la FIFA, ne fait pas partie du groupe de 13 membres du Comité exécutif de l’instance.

Une manœuvre que n’apprécie guère l’ancien gardien de but des Lions indomptables du Cameroun, Joseph-Antoine Bell, qui n’y va pas par quatre chemins. «Le rendez-vous des Seychelles en septembre prochain est une bonne opportunité pour les présidents de fédération de démontrer qu’ils ne sont pas des idiots, qu’ils sont plus compétents que ceux qui gèrent la CAF depuis 25 ans, qu’ils ne sont pas ce que Issa et ses hommes pensent d’eux, c’est-à-dire des pantins pour qui on doit toujours prendre des décisions», a-t-il expliqué sur « Abidjan.Net ».

Quant au président de la Fédération sénégalaise de football, Augustin Senghor, il est plus ferme vis-à-vis de cette mesure. «Cette modification ne doit pas être avalisée par les autres présidents de fédération. Ce serait un recul par rapport aux règles démocratiques et aux règles antérieures qui régissaient la CAF. Si une telle proposition venait à être adoptée par les membres du comité directeur, cela signifierait qu’on ne crée des postes que pour eux. Je ne vois pas pourquoi on priverait un président d’une Fédération ou d’une association nationale du droit de postuler à un poste de responsabilité dans des instances africaines ou internationales», a-t-il indiqué dans le quotidien sénégalais « Le Soleil ».

Le Congrès s’est tenu sous la haute présidence d’Issa Hayatou, du Président de la République des Seychelles, James Michel, et du Président de la FIFA, Joseph Sepp Blatter. Arrivés ensemble à Mahé (Islande), Hayatou et ses lieutenants ont multiplié, dans la matinée d’hier, les réunions secrètes avec les présidents de Fédération afin de les amener à adopter la proposition qui stipule que «pour être candidat à la présidence de la Confédération africaine de football, il faut être ou avoir été membre du Comité exécutif de la CAF».

Le véritable auteur de l’amendement

Au départ, cette proposition portait la signature du Secrétaire général de la Fédération algérienne de football (FAF), mais depuis le samedi, on en sait un peu plus sur son origine. Suite à une accumulation de colère incontrôlée suscitée par une critique en règle de Jacques Anouma contre ce projet de modification des statuts qu’il a qualifié de non démocratique lors de la réunion du comité exécutif tenue samedi dernier dans l’hôtel de Port-Lomé (situé à quelques kilomètres de Victoria), Issa Hayatou a jeté le masque sans mâcher ses mots. «Au Gabon, toutes les zones ont décidé de me soutenir pour un autre mandat à la tête de la CAF, mais cela ne t’a pas empêché de proposer ta candidature contre moi.

Penses-tu que le fait d’être candidat contre moi est démocratique ? J’ai décidé que cette mesure soit prise pour empêcher les membres du Comité exécutif de la FIFA, qui ne sont pas membres du Comité exécutif de la CAF, d’être candidats. Mais les membres cooptés au Comité exécutif peuvent faire acte de candidature ainsi que tous les membres élus», a-t-il révélé. Issa Hayatou a même exigé des membres du Comité exécutif de la CAF de se prononcer séance tenante par un vote à main levée sur ce texte avant qu’il ne soit proposé en Assemblée générale, et cela, afin d’identifier clairement les membres du Comité exécutif qui ne le soutiennent pas dans son projet de continuer à diriger la CAF après 24 ans et en dépit de son état de santé dégradant.

A ce jeu, à l’exception de la Tanzanie, tous les 11 autres membres qui ont droit de vote sont paradoxalement allés dans le même sens qu’Hayatou. Alors que l’Assemblée générale extraordinaire de la CAF s’est ouverte hier aux Seychelles, elle a déjà validé l’amendement algérien pour l’élection à la présidence de la CAF avec une très forte majorité. Les polémiques de ces dernières semaines n’ont en rien affecté les débats de la 8è Assemblée générale extraordinaire de la Confédération africaine de football (CAF). La proposition de loi du président de la Fédération algérienne de football visant à réserver les candidatures à la présidence de la CAF aux seuls membres présents ou passés du Comité exécutif a obtenu l’agrément d’une grande majorité des 51 pays présents aux assises. Trois pays n’étaient pas représentés.

Appuyé par six autres associations nationales (Comores, Egypte, Guinée, Mauritanie, RD Congo et Soudan), l’amendement a été adopté par 44 voix pour, 6 contre et une abstention. L’autre disposition très importante a été l’augmentation du nombre de membres du Comité exécutif porté dorénavant à 13, soit un de plus qu’aujourd’hui, sans compter le Président de la CAF. Le nouveau siège sera réservé à la COSAFA, l’union zonale du Sud la plus dense du continent avec 14 membres.

La CAF devant le TAS?

Le président de la Fédération tanzanienne de football, pour qui la ligne rouge venait d’être franchie, a demandé le retrait pur et simple de cette proposition. Mais il n’a pas été suivi. Le président de la Fédération botswanaise de football, Ali Hafsi, n’est pas du tout content de la proposition de modification des conditions d’éligibilité à la présidence de la CAF. Ce grand juriste africain a jugé « anticonstitutionnel » ce projet et a promis de traduire la CAF devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) au cas où elle procédait à un « forcing » pour le faire adopter. Le monde sportif africain retient donc son souffle attendant de voir s’il mettra sa menace à exécution.

Le coup de force d’Issa Hayatou

«…Tout candidat aux élections à la présidence de la Confédération africaine de football, outre les compétences nécessaires, devra être ou avoir été membre du Comité exécutif de la CAF». Cet extrait de l’amendement du président de la Fédération algérienne de football (FAF) visant à réserver les candidatures à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) aux seuls membres présents ou passés du Comité exécutif a été adopté hier, aux Seychelles, par 44 voix pour, 6 contre et une abstention lors de la 8è Assemblée générale extraordinaire. Parmi ces 6 pays qui ont refusé de ne pas freiner la marche en avant du football africain figurent la Côte d’Ivoire et le Niger.

Par contre, le Bénin a cautionné cette mascarade du président de la CAF, Issa Hayatou. Ce qui ne doit étonner personne d’autant plus que le président de la Fédération béninoise de football (FBF), décrié par une grande partie du monde sportif, se considère comme le fils spirituel de Hayatou. Alors, les gens préfèrent sacrifier l’intérêt collectif au détriment de leurs intérêts personnels. C’est dommage pour l’Afrique. D’ailleurs, dans quelle association peut-on tolérer qu’une personne gouverne et refuse de céder la place à une autre personne pour qu’elle vienne y injecter du sang neuf ? Où est-ce que le président Hayatou met le respect de la parole donnée après vingt-cinq 25 ans de règne sans partage ? En marge du Championnat d’Afrique des Nations des locaux au Soudan en 2011, il avait lui-même décidé de ne pas briguer un nouveau mandat ? Mais il a subitement changé d’avis quelques mois plus tard.

Qu’est-ce qui pouvait être à l’origine de cette soudaine volte-face ? En tout cas, celui qui a proposé l’amendement des textes lorgne sérieusement le fauteuil de la présidence et l’entourage de l’actuel président de l’instance suprême du football africain ne veut plus lâcher le « biberon » : il veut certainement couvrir les gaffes qu’ils ont eu à commettre sur tous les plans dans leur gestion. Après le coup de force des Seychelles, celui du Bénin aura lieu en octobre prochain : cela a même été annoncé par les deux émissaires de la FIFA et de la CAF, Primo Corvaro et Prosper Abéga, lors de leur passage à Cotonou il y a quelques jours.

Avec le « forcing » d’Issa Hayatou, l’image de l’Afrique est à nouveau ternie à l’extérieur. Que peut encore apporter le Camerounais au continent africain après vingt-cinq ans de règne sans partage ? Les présidents des 44 Fédérations qui lui ont donné leur quitus seront tôt ou tard rattrapés par l’histoire. Aujourd’hui, ils ont réussi leur coup, mais ils ne savent pas ce que demain leur réserve. Aujourd’hui, ils ont le sourire aux lèvres, mais demain, ils auront les larmes aux yeux. C’est que la roue de l’histoire tourne pour chacun de nous.

Le Fouineur

Le Combat du 5 Septembre 2012