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Les Echos : Que pensez-vous de la finale de la Can des juniors et, de façon globale, du tournoi de Brazzaville ?

Issa Hayatou :
Cette finale, comme le tournoi, a tenu toutes ses promesses. Nous avons vu à l’œuvre des joueurs qui en veulent, des joueurs qui se sont battus pour faire triompher les couleurs de leurs pays. La finale entre le Congo et le Nigeria, en a été la parfaite illustration. Nous avons assisté à une très grande rencontre à la grande satisfaction des spectateurs. La qualité du football qu’on nous a montrée aujourd’hui augure de lendemains meilleurs pour cette discipline en Afrique.

Les Echos : La Caf a célébré son cinquantenaire le 8 février 2007 au Caire, Egypte (l’interview a eu lieu le 3 février 2007). En tant que président, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

I. H. :
Cinquante ans, c’est petit pour une organisation comme la nôtre. Mais, beaucoup aussi. Quand une organisation ou tout simplement un être humain fête ses 50 ans, ça veut dire qu’il a un long passé derrière lui. Ce passé que nous avons connu a donné des moments de joies et de victoires à notre continent, à notre football. C’est pour ça que je me réjouis d’être à la tête de la Caf, à ce moment délicat de notre histoire. Grâce à l’apport de tout un chacun, je pense que le football africain va encore vivre des moments intenses. Et je prie Dieu, le Tout Puissant, de nous accorder la force de montrer aux yeux du monde les qualités et la volonté de la jeunesse africaine. Toutes les générations confondues se sont battues pour hisser notre football là où il se trouve aujourd’hui. Il revient à nous tous aujourd’hui, fils de ce continent, de faire en sorte que notre football soit crédible et compétitif… Tous les amis de l’Afrique peuvent apprécier le long chemin que nous avons parcouru pour nous hisser dans le gotha mondial…


Les Echos : Que comptez-vous faire pour améliorer l’image du football africain dans les médias occidentaux ?

I. H. :
Je ne suis pas parfait et les actes que je pose ne sont pas sans reproche. C’est tout à fait normal. Mais, de manière générale, ceux qui critiquent ne nous connaissent pas comme ils le prétendent et ne possèdent pas tous les atouts, tous les éléments. L’essentiel, pour moi, est que nous puissions hisser le football africain très haut. Vous savez aussi bien que moi que la presse internationale véhicule rarement l’image positive de l’Afrique. Vos confrères ont toujours illustré notre continent par le VIH/Sida, la misère, les guerres fratricides, le choléra, le paludisme, la famine… Mais, l’Afrique n’a pas que cela à apporter à l’humanité.

Je suis convaincu que dans tous les secteurs de la vie sociale de notre continent, nous pouvons réussir à atteindre un niveau semblable à celui que nous avons aujourd’hui dans le domaine du football. Ceux qui parlent négativement de l’Afrique ont peut être raison de le faire. Mais, le football africain est en train de montrer aux yeux du monde que la jeunesse du continent peut réussir à faire des victoires, à faire du continent africain un espace qui peut permettre à tout un chacun d’avoir la joie de vivre. Mais, c’est à nous de nous battre pour défendre les atouts de notre continent afin que, à l’instar des autres, il puisse apporter sa contribution au progrès de l’humanité.

Les Echos : La Caf et l’Union africaine ont déclaré 2007 l’Année du football africain. Qu’est-ce que cela va changer ?

I. H. :
A l’occasion du dernier sommet de l’Union africaine, tous les chefs d’Etat d’Afrique ont décidé, à l’unanimité, de décréter 2007 l’Année du football africain. C’est un grand atout pour la jeunesse du continent, pour la Caf et pour notre continent. Il revient à nous autres de mériter cette confiance. Je suis particulièrement convaincu que cela va changer beaucoup de choses parce que, en Afrique ce sont nos chefs d’Etat et de gouvernement, qui financent le développement du sport, notamment du football. Je suis sûr que cette volonté unanime qui les ont animé pour décréter 2007 l’Année du football africain fera en sorte que le football africain connaisse des lendemains meilleurs. Ce n’est pas surprenant parce que la Commission de l’UA est aujourd’hui dirigée par un ancien ministre de la Jeunesse et des Sports et un grand passionné de football. Je parle d’Alpha Oumar Konaré.

Les Echos : En 2010, l’Afrique du Sud organisera la Coupe du monde. Quels sont les moyens que la Caf va mettre en place pour la réussite de l’événement ?
I. H. : En rapport avec l’Union africaine, nous avons pris des décisions pour pouvoir soutenir le football africain. Le continent doit organiser la Coupe du monde, notre rêve, comme vous l’avez dit, consiste à faire en sorte qu’une sélection africaine remporte cette Coupe. Faute de pouvoir la gagner, il faudrait que l’Afrique aille le plus loin possible. Et je crois que la volonté politique qui anime les uns et les autres ainsi que la valeur des footballeurs africains feront en sorte que ce continent puisse montrer aux yeux du monde ce dont il est capable de réaliser. Je peux vous assurer qu’au niveau de la Caf, l’Union africaine et de l’Afrique du Sud, une série de rencontres a été programmée pour que les représentants de l’Afrique puissent bénéficier de l’apport de tout un chacun (soutien financier et matériel, expertise sur le plan technique et tactique…) pour que cette Coupe du monde puisse apporter une fois de plus des moments de joies au peuple africain.

Les Echos : En 2009 vous serez en fin de mandat. Comment pensez-vous concilier vos projets et cette échéance électorale ?

I. H. : La Caf, compte tenu des changements que nous avons apportés dans nos statuts et règlements, renouera avec les élections. Il n’y aura aucune élection d’ici 2009 car nous avons eu à changer la périodicité du renouvellement des instances de notre organisation. Il se peut que, à partir de 2009, je fasse partie de ceux qui verront leur mandat prendre fin. Mais, je compte me représenter dans la mesure où le continent africain aura à organiser la Coupe du monde 2010. Je suis obligé de me présenter pour conduire cette Afrique au niveau de la phase finale de ce Mondial. Je ne peux pas abandonner l’Afrique à la veille de cet événement important. Nous nous sommes longtemps battus pour avoir l’organisation d’un Mondial.

La rotation que nous avons obtenue est un élément très positif pour le football africain. Nous avons attendu un siècle pour avoir une Coupe du monde. Maintenant, nous pouvons organiser cette compétition tous les 24 ans. L’Afrique du Sud va inaugurer la rotation pour l’Afrique en 2010. Je ne sais pas qui l’aura dans 24 ans. Les Africains, particulièrement les Sud Africains, sont en train de tout faire pour prouver au reste du monde qu’il était dans l’erreur en restant longtemps sceptique sur les capacités organisationnelles de notre continent. Avec l’Union africaine, nous ne ménagerons aucun effort pour aider l’Afrique du Sud à relever ce défi et mettre nos six représentants, une première, dans les meilleures conditions de défendre les couleurs de notre continent. Je pense que cet élément nouveau apportera également de nouveau circuit de réalisation de nos objectifs en 2010.


Propos recueillis, à Brazzaville, par
Boubacar Diakité Sarr

14 fev 2007.