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Issa Diarra a incontestablement perdu le brin de chance qui accompagne souvent les chenapans, mais il gardait une imagination débordante et se servait de cette dernière pour réfuter même l’évidence. Car c’est une drôle d’histoire que ce jeune homme de 24 ans a tenté de faire accepter aux policiers de Kalabancoura aux mains desquels il s’est retrouvé.

Lorsqu’on approche Issa, la première chose qu’il faut surmonter, c’est l’odeur écœurante qui se dégage de lui. Cette odeur provient d’une plaie purulente qui couvre le pied gauche du délinquant.

A ceux qui, comme l’inspecteur Daouda T. Diarra de la brigade de recherche et de renseignements du 11e arrondissement, ont bravé l’odeur pestilentielle pour l’interroger, Issa Diarra fait croire qu’il a été victime d’un missile bambara (un sort qui lui aurait jeté par un ennemi). Mais personne n’est dupe.

Tous ceux qui connaissent le personnage pensent plutôt que le jeune délinquant a reçu soit un violent coup porté par un objet métallique, soit tout simplement une balle tirée d’une arme à feu. La blessure mal soignée se serait ensuite infectée.

Mais il faut savoir que cette blessure handicapante pour un paisible citoyen ne semble pas trop gêner Issa dans ses activités peu recommandables. Comme nous le disions plus haut, notre homme a été victime d’une grosse malchance.

Le week-end dernier, les éléments d’une patrouille sectorielle quadrillaient le quartier de Sabalibougou à bord d’un véhicule de police. Tous ceux qui les voyaient arriver et qui n’avaient pas la conscience très tranquille s’empressaient de prendre le large.

Un seul homme fit le chemin contraire, tombant droit dans la gueule des policiers : c’était Issa, perché sur une moto Djakarta avec un gros sac en plastique entre les jambe. Les phares de la voiture de police épinglèrent l’homme comme ils l’auraient fait d’un gros insecte nocturne.

Les agents enjoignirent à Issa de s’arrêter et de se soumettre à ce qui devait être une vérification d’identité de routine. Très calmement, le motocycliste leur répondit qu’il était en train de déménager dans le village de Gouana, mitoyen du quartier de Kalabancoura ACI.

Deux choses intriguèrent les policiers : la taille relativement modeste du sac alors que celui-ci devait contenir en principe les effets à déménager et surtout l’heure tardive de l’opération de transfert au nouveau domicile (il était 4 heures du matin).

Ils demandèrent donc à l’homme de les suivre au commissariat où ils recouperaient ses dires. Une fois sur place, l’équipe de Chaka Traoré procéda à une fouille du grand sachet plastique de couleur bleu.

Elle y trouva deux paires de chaussures, deux téléphones portables, un appareil théodolite (qui sert dans le tracé des frontières inter-États), une radio de voiture et des documents de toute nature.

Le théodolite intrigua très fort les policiers. En effet, c’est un équipement pointu réservé à des spécialistes et d’un coût très élevé (5 millions de francs). Pourtant, Issa Diarra soutint mordicus que l’appareil lui appartenait.

Il fit la même réponse lorsqu’il fut interrogé sur les deux paires de chaussures et les appareils téléphoniques. Quant à la moto, Issa Diarra n’osa pas pousser le bouchon trop loin.

Comme il n’avait aucune pièce sur lui qui aurait pu attester que l’engin lui appartenait, Issa affirma sans se démonter que la moto était celle de son grand frère. Ce dernier, assura-t-il, était entrain de dormir lorsqu’il lui avait emprunté cette moto.

Quid enfin de la radio de voiture ? Issa affirma l’avoir achetée avec un vendeur ambulant dans l’intention de l’installer dans sa chambre.

Les hommes du commissaire Missa Diakité, qui mettaient sérieusement en doute les assertions du suspect, mais manquaient de preuves pour aller plus loin, mentionnèrent le jeune homme et les objets trouvés avec lui dans la main courante, puis firent asseoir Issa Diarra sur un banc devant le violon en attendant de décider de ce qu’il faudrait faire avec lui.

L’homme fut un moment oublié par les agents. En effet, ce lundi là était un jour très chargé pour la brigade de recherche qui enregistrait un nombre incroyable de plaintes. Le commissariat était bondé de tout un monde qui entrait et repartait.

Certains des visiteurs venaient vérifier si un membre de leur famille n’avait pas été pris la veille par la patrouille. D’autres apportaient à manger ou à boire pour des proches mis au violon pour divers délits.

Aux alentours de 14 heures deux jeunes gens, Mohamed Lamine Touré et Youssouf Haïdara arrivèrent au poste. Ces garçons, qui sont pratiquement des frères l’un pour l’autre, habitent sous le même toit.

Tous deux la nuit précédente avaient partagé la même imprudence : ils s’étaient couchés en oubliant de fermer à clé leur porte et avaient laissé leurs engins garés dans la cour de la famille.

Ces oublis leur avaient coûté cher. Ils étaient arrivés à la police dans l’intention de faire une déclaration de vol de moto, de chaussures et de téléphones mobiles.

En franchissant l’entrée de la brigade de recherche, Mohamed Lamine Touré jeta un coup d’œil machinal de côté. Il remarqua une moto Djakarta garée sous la véranda du bureau. Il s’arrêta net et fit signe à son frère. Tous deux s’approchèrent de la moto pour l’inspecter de plus près.

Pendant qu’ils étaient en train d’échanger leurs conclusions, un policier qui avait remarqué leur manège leur en demanda la raison. En chœur, Touré et Haïdara indiquèrent qu’ils avaient formellement identifié l’engin, comme étant celui qui leur avait été volé la nuit passée en même temps que deux téléphones cellulaires et deux paires de chaussures.

L’agent les conduisit alors chez Daouda T. Diarra qui avait fait une première audition de Issa Diarra. On organisa une confrontation entre le suspect et les jeunes gens.

Devant ses victimes Issa Diarra, qui ne s’attendait certainement pas à être démasqué par ses victimes au commissariat même, fit son mea culpa. Il reconnut s’être introduit dans la famille des jeunes pour dérober l’engin, les chaussures et les téléphones.

Cependant, l’homme maintint contre toute vraisemblance que le théodolite et la radio lui appartenaient. Mais le voleur allait une fois de plus manquer de chance.

Dans la foule des gens présents à la police se trouvait un vieux dénommé Maïga qui avait perdu deux semaines auparavant la radio de sa voiture. Mais il n’était pas très sûr de reconnaître son bien dans le butin de Issa.

Ne voulant pas enfoncer le clou de manière précipitée et accabler à tort un malheureux qui se trouvait déjà dans un mauvais cas, il appela son fils au téléphone pour lui dire de le rejoindre au commissariat. Ce dernier remarqua tout de suite la radio sur la table des policiers et s’exclama que c’était celle de son père.

Les policiers en jetant un coup d’œil à Issa qui se trouvait non loin de là comprirent que leur client allait rendre les armes. C’en était en effet trop pour le voleur qui se voyait successivement démasqué par ses victimes.

Issa passa donc à de nouveaux aveux indiquant qu’il avait effectivement dérobé au domicile du vieux Maïga cette radio en plus du théodolite et d’un ordinateur.

Les policiers entamèrent alors le P.V. qui allait permettre de déférer Issa au parquet de la Commune V. Ce qui est fait depuis hier.

G. A. DICKO

L’Essor du 14 février 2008.