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L’Iran a décrété lundi cinq jours de deuil pour rendre hommage à son président, Ebrahim Raïssi, décédé dans un crash d’hélicoptère, trois ans après l’arrivée au pouvoir de cet ultraconservateur qui était considéré comme l’un des favoris pour succéder au Guide suprême, Ali Khamenei.

Le décès de M. Raïssi à 63 ans ouvre une période d’incertitude politique en Iran, au moment où le Moyen-Orient est secoué par la guerre entre Israël et le Hamas palestinien, un allié de la République islamique.

Sa mort brutale va entraîner une élection présidentielle qui devra être organisée « dans les 50 jours ». Elle aura lieu le 28 juin, selon la télévision d’Etat. En attendant, c’est le premier vice-président Mohammad Mokhber, un homme de l’ombre de 68 ans, qui assumera les fonctions de président par intérim.

Elu président en 2021, Ebrahim Raïssi était considéré comme l’un des favoris pour succéder au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 85 ans, pour qui « la nation iranienne a perdu un serviteur sincère et précieux ».

Des milliers de personnes en deuil se sont rassemblées place Valiasr, dans le centre de Téhéran, pour rendre hommage à Ebrahim Raïssi ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian, 60 ans, également décédé dans le crash.

M. Mokhber a désigné le négociateur en chef du dossier nucléaire, Ali Bagheri, 56 ans, à la tête de la diplomatie à titre provisoire.

Parmi les neuf passagers de l’hélicoptère figuraient aussi le gouverneur de la province d’Azerbaïdjan oriental, le principal imam de la région, ainsi que le chef de la sécurité du président et trois membres d’équipage.

Les funérailles débuteront mardi à Tabriz, la grande ville du nord-ouest du pays, et une procession funèbre aura lieu mercredi matin à Téhéran, selon les autorités.

« Véritable ami »

L’hélicoptère du président avait disparu dimanche après-midi alors qu’il survolait une région de l’Iran escarpée et boisée dans des conditions météorologiques difficiles, avec de la pluie et un épais brouillard.

L’épave a été découverte à l’aube sur le flanc d’une montagne qu’il aurait heurté pour une raison encore inconnue, selon des médias.

Les secours ont récupéré lundi matin les dépouilles éparpillées au milieu des débris de l’appareil, un Bell 212.

Le chef d’état-major des forces armées, Mohammad Bagheri, a ordonné une enquête sur la cause du crash, selon l’agence de presse Isna.

Le ministre turc des Transports a affirmé que l’hélicoptère ne possédait pas de « système de signalisation », ou que ce dernier était en panne lors du crash.

Ankara, qui avait déployé dimanche soir un drone Akinci turc dans la zone du crash, a affirmé que son appareil a permis de localiser l’épave de l’hélicoptère, découverte dans le nord-ouest de l’Iran.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a décrété lundi un jour de deuil national alors que de nombreux pays ont envoyé des messages de condoléances et le Conseil de sécurité de l’ONU a observé une minute de silence.

Le président russe, Vladimir Poutine, a rendu hommage à un « politicien remarquable » et à un « véritable ami » de la Russie. Son décès est une « grande perte pour le peuple iranien », a salué le président chinois Xi Jinping.

La France, l’Union européenne, l’Otan ainsi que les pays arabes voisins de l’Iran dans le Golfe ont présenté leurs condoléances pour la mort du président Raïssi.

Ennemi juré de l’Iran, Washington a présenté ses « condoléances officielles » dans un communiqué du département d’Etat, dont le porte-parole Matthew Miller a d’autre part indiqué que Téhéran avait demandé après le crash l’assistance des Etats-Unis, qui n’ont pas été en mesure de le faire, « principalement pour des raisons logistiques ».

Le porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby, a pour sa part affirmé que Raïssi était « un homme qui avait beaucoup de sang sur les mains » et était « responsable de violations atroces des droits de l’Homme » en Iran.

« Pas de perturbation »

M. Raïssi, qui avait le titre d’ayatollah, était considéré comme un ultraconservateur, il avait été élu le 18 juin 2021 dès le premier tour d’un scrutin marqué par une abstention record pour une présidentielle et l’absence de concurrents de poids.

Toujours coiffé de son turban noir et vêtu d’un long manteau de religieux, il avait succédé au modéré Hassan Rohani, qui l’avait battu à la présidentielle de 2017.

Il était soutenu par la principale autorité de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a appelé dimanche « le peuple iranien » à « ne pas s’inquiéter » car « il n’y aura pas de perturbation dans l’administration du pays ».

Dernier message pro-palestinien

Raïssi s’était rendu dimanche dans la province d’Azerbaïdjan oriental, où il a notamment inauguré un barrage en compagnie du président d’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, à la frontière entre les deux pays.

Au cours d’une conférence de presse, il a de nouveau apporté son soutien au Hamas face à Israël. « Nous pensons que la Palestine est la première question du monde musulman », a-t-il dit.

Dans un message de condoléances, le Hamas a salué un « soutien à la résistance palestinienne ».

L’Iran avait lancé une attaque inédite le 13 avril contre Israël, avec 350 drones et missiles, dont la plupart ont été interceptés avec l’aide des Etats-Unis et de plusieurs autres pays alliés.

M. Raïssi était sorti renforcé des législatives de mars, premier scrutin national depuis le mouvement de contestation qui a secoué l’Iran fin 2022 à la suite du décès de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict de la République islamique.

Né en novembre 1960, il a effectué l’essentiel de sa carrière dans le système judiciaire, en étant notamment procureur général de Téhéran puis procureur général du pays, des postes où s’est construite sa réputation de fermeté envers les « ennemis » de la République islamique.

M. Raïssi figurait sur la liste noire américaine des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour « complicité de graves violations des droits humains », des accusations balayées comme nulles et non avenues par Téhéran.

Source: AFP