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Au cours de la très coûteuse et inutile fête d’investiture du président Ibrahim Boubacar Kéita, beaucoup de chefs d’Etat se sont exprimés, plus pour agrémenter la cérémonie que parce qu’ils avaient quelque chose de vraiment important à dire.

Les plus attendus étaient très certainement le Français François Hollande et le Tchadien Idriss Deby Itno, attendus parce que leurs armées ont largement contribué à la récupération des deux tiers du territoire national. Le président Hollande, tout en réaffirmant que son pays restera aux côtés du Mali tant que celui-ci sera menacé par des forces obscurantistes, tant que les milliers de Français vivant au Mali resteront des otages potentiels pour les jihadistes, tant que la France aura des intérêts à défendre au Mali, a cependant tenu à ses « pairs » africains que c’est à eux et à eux seuls qu’il incombe d’assurer leur propre sécurité. Eux Français n’interviendront que lorsqu’ils seront directement et irrémédiablement visés. Et que s’il y avait chaos et destruction, la France sera là, avec ses entreprises et ses ONG, pour la reconstruction et le développement.

Le plus inattendu était sans aucun doute celui-là même qui n’avait jamais participé à l’investiture d’aucun chef d’Etat élu démocratiquement ou non, et dont les voyages sont assez rares. Il s’agit du roi Mohamed VI du Maroc. Il aura été celui qui aura passé le plus de temps avec IBK. En plus de la cérémonie d’investiture au cours de laquelle il a tenu un discours très suivi, il a visité l’hôpital de campagne que son pays a offert au Mali, participé à la grande prière du vendredi et signé un accord de financement pour la formation de 500 imams au Maroc. Selon certains observateurs, si M6 s’est montré aussi actif, c’est parce que, comme le Mali, son pays est confronté à un problème de demande d’autonomie ou d’indépendance. En effet, les Sahraouis, au Maroc, demandent depuis des années l’indépendance de la Rasd, tandis qu’au Mali, des Touareg réclament celle de l’Azawad. Le Mali, suivant la politique algérienne, a longtemps voté pour l’indépendance de la Rasd ou pour l’organisation d’un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraoui avant d’opter, l’année dernière, pour une autonomie de cette région que le Maroc considère comme sa province occidentale.

Quant au royaume chérifien, il ne s’est jamais impliqué dans la rébellion du nord malien sauf pour demander une conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la bande sahélo saharienne, une zone dans laquelle il entend jouer un rôle important malgré les réticences de «l’ennemi» algérien qui en fait, à tort, sa chasse gardée exclusive. Et malgré la présence dans le gouvernement et sur la scène politique de nombreux pro-algériens, les rapports vont sans doute changer dans cette partie du continent.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 24 Septembre 2013