Partager

Le président de la République, Amadou Toumani Touré, réélu le 12 mai dernier, a été investi dans ses fonctions pour un second mandat le vendredi 8 juin, devant la Cour suprême, en déplacement pour la circonstance au Centre International de Conférences de Bamako (CICB). La presse proche du palais de Koulouba avait annoncé que 25 chefs d’Etat avaient été officiellement invités par ATT à la cérémonie d’investiture et que 17 ont confirmé leur arrivée 48 heures avant la date fatidique. Au finish, ce sont sept qui ont fait le déplacement à Bamako : Oumar Bongo du Gabon, Idriss Deby du Tchad, François Bozizé de la Centrafrique, Denis Sassou Nguesso du Congo, Blaise Comparé du Burkina Faso, Cheick Ould Abdallah de la Mauritanie et Yayi Boni du Bénin.

On note que, dans notre sous région ouest africaine, seuls trois chefs d’Etat (les trois derniers) ont honoré de leur présence à l’audience d’investiture présidée par la Cour Suprême.

Explication donnée dans les coulisses à cette rareté des chefs d’Etat du voisinage immédiat : le doyen d’âge et l’un des plus influents des chefs d’Etat africains, Me Abdoulaye Wade du Sénégal, participait au sommet du G8 en Allemagne. Idem pour le président du Ghana, John Kuffuor qui s’y trouvait en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine.

De plus, l’on sait que, du fait de sa maladie, le président de la Guinée sœur, Lassana Conté, ne pouvait être à Bamako. On n’explique pas en revanche l’absence des présidents du Niger (même si une crise passagère secoue le gouvernement), du Togo (qui pouvait faire un aller – retour rapide malgré le deuil qui frappe son pays à la suite du décès accidentel du ministre des Sports), de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau, des Iles du Cap Vert, du Libéria, de la Sierra Léone, du géant Nigeria.

Au total, les pays de l’UEMOA (hors le Mali) et les 15 de la CEDEAO n’étaient représentés que par trois chefs d’Etat. Les quatre autres venaient de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). On aurait pu espérer que cette défaillance des chefs d’Etat africains serait compensée par une présence massive de leurs Premiers ministres. Hélas !

Il n’en a rien été. Seuls trois Premiers ministres étaient visibles dans la salle : ceux du Royaume du Maroc, Driss Jettou, de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, et du Sénégal, Macky Sall. Tous les autres Etats africains étaient représentés soit par des ministres, soit par des sous-ministres, soit par des secrétaires d’Etat ou des ambassadeurs ou même à des niveaux inférieurs.

Autant dire la quantité l’emportait de très loin sur la qualité. ATT et ses collaborateurs ont dû en être secoués. Et pour cause : une présence nombreuse de chefs d’Etat africains et de personnalités politiques de haut rang d’Europe, d’Amérique et d’Asie leur semblait capitale pour conférer une légitimité internationale, à défaut de légitimité nationale, en raison du très faible taux de participation électorale et des fraudes multiples qui ont émaillé le scrutin.

Au demeurant, dans son réquisitoire, le Procureur général de la Cour suprême, Cheickna Deteba Kamissoko, ne s’est pas fait faute de déplorer l’absence des populations aux urnes, émettant le vœu que des dispositions soient prises pour y remédier.

La désaffection massive des invités de marque attendus est-elle liée à la mauvaise facture du scrutin, à l’aura personnelle de ATT qui a mis un coup sévère, ces dernières années, à la bonne gouvernance économique du pays relevée par des structures officielles de l’Etat, notamment la CASCA (Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration) et le Bureau du Vérificateur général, les contre-performances constatées par le PNUD dont le classement de l’Indice de développement humain donne le Mali 174 sur 175 ou les ravages causées par le livre ATTcratie dans l’opinion internationale ?

C’est peut-être tout cela à la fois. Ce qui est constant, c’est que cette deuxième investiture de ATT a attiré bien moins de monde qu’en 2002 où il y avait beaucoup plus de chefs d’Etat et d’autres personnalités de qualité.

Au plan intérieur, on relèvera que toutes les personnes n’étaient pas là. A cet effet, on notera l’absence très significative de Soumeylou Boubèye Maïga, l’ami de 30 ans, comme l’étaient Chirac et Balladur et celle de Tiébilé Dramé, un des grands admirateurs de ATT sous la transition. Les deux sont désormais les adversaires politiques les plus virulents du régime ATT.


Chahana TAKIOU

11 juin 2007.