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Hier jeudi 19 septembre 2013, le temps d’une journée, Bamako avait l’allure de capitale politique de l’Afrique. Tant la cérémonie d’investiture du nouveau président malien, Ibrahim Boubacar Kéita, a rassemblé, en quantité et en qualité, un impressionnant aréopage de chefs d’État et de gouvernement. Sacrifiant ainsi à un usage bien ancré dans le cercle des princes qui nous gouvernent, ils sont venus des quatre coins du continent apporter leur bénédiction au nouvel élu. Une façon bien à eux de lui mettre le pied à l’étrier.

Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Goodluck Jonathan du Nigeria, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Ali Bongo du Gabon, Denis Sassou N’Guesso du Congo, Idriss Deby Itno du Tchad, Jacob Zuma de l’Afrique du Sud et Moncef Marzouki de la Tunisie, pour ne citer que ceux-là, ont gravi la Colline du pouvoir pour rendre hommage au maître de céans.

Bien sûr, François Hollande, dont les troupes ont permis de repousser les groupes armés du Nord, y était. Une occasion pour le grand chef Blanc de goûter, pour la deuxième fois, aux plaisirs que lui confère, ici, la stature de « général victorieux » qui est depuis la sienne.

Cerise sur le gâteau, même le Commandeur des croyants, le roi Mohamed VI, était du « pèlerinage » à Koulouba. Avec comme cadeau d’investiture une mission médicale spécialisée pour des soins gratuits aux populations rurales.

Rarement un chef d’Etat africain entrant n’a bénéficié d’autant d’égard de la part de ses pairs. C’est que, plus qu’au nouvel impétrant, cette marque de sollicitude est adressée à l’ensemble de la nation malienne, qui renaît d’une crise sans précédent dans son histoire politique.

Nul doute que l’on ne se contentera pas de féliciter le nouveau président, de lui décliner une ode pindarique, comme l’a fait François Hollande avant d’aller déguster le bon fonio de la Première Dame accompagné d’une rasade de bon mugugui, boisson à base de farine délayée dans l’eau.

Quand les lampions s’éteindront au stade du 26-Mars, loin des flonflons et du djandjoba, chefs d’Etat et de gouvernement évoqueront en aparté bien de dossiers brûlants du continent : comme ce mini-sommet prévu sur la Centrafrique, pays en proie au chaos depuis la chute du président Bozizé.

La question sécuritaire aussi bien au Nord-Mali que dans la bande sahélienne, les modalités de la poursuite du déploiement des forces de la MINUSMA et le dossier des otages français sont autant de plats peu ragoûtants qui se sont invités au five o’clock tea, comme disent les anglophones, puisque ce fut finalement vers 17 heures que les pauvres illustres convives ont pu avoir de quoi se dégourdir la mâchoire.

Alain Saint Robespierre

Mise à jour le Jeudi, 19 Septembre 2013 21:29

Source: L’Observateur Palaaga