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Le Mali a entamé sa marche vers un retour à la normale. Dioncounda Traoré vient d’être investi à la tête de l’Etat après la constatation de la vacance de pouvoir suite à la démission de l’ancien président Amadou Toumani Touré qui, malgré tout ce qui peut lui être reproché, méritait une meilleure sortie de la scène. Mais comme l’a dit ATT lui-même en substance, ce qui compte le plus, ce n’est pas sa personne, mais son pays. Le pays de Modibo Kéita a donc fait un pas vers la sortie de crise. Mais il ne faut point se faire d’illusion. La marche sera longue et le chemin est parsemé d’embûches. La tâche de l’ex-président de l’Assemblée nationale malienne ne sera donc pas de tout repos tant les défis de cet intérim sont immenses.

Le premier défi à relever se trouve dans la formation de son équipe, surtout dans le choix du Premier ministre qui devra disposer des pleins pouvoirs. Pour cela, il faut que les différents protagonistes fassent preuve de maturité et de sagesse. Il faut, par exemple, composer avec la junte qui a plié l’échine mais ne semble pas prête à se mettre en retrait. L’accord signé avec les putschistes prévoit que le rôle et les responsabilités des membres de la junte dans la transition, devraient être précisés plus tard. S’il est vrai qu’il ne faut pas exclure cette junte des efforts pour ramener le pays sur les rails, il faut éviter de trop la ménager.

Le retour à l’ordre constitutionnel exigé par les démocrates et obtenu sous l’égide de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ne doit pas être simplement de la poudre aux yeux. Il ne faut pas que la transition soit otage de la bande du capitaine Sanogo et de ses soutiens civils qui ne semblent pas encore avoir pris toute la mesure de leur gaffe. Les revendications de la junte, relatives aux réformes à opérer dans l’armée, devront s’exprimer dans un cadre républicain. En tous les cas, l’armée malienne doit retourner à ses missions régaliennes : la défense de l’intégrité du territoire national. Cette autre priorité et non des moindres, qu’est la restauration de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire, est sans doute un préalable à la tenue du scrutin présidentiel.

Difficile de penser que le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et les mouvements apparentés céderont facilement, avec un large sourire, les villes tombées dans leurs mains. Pour le dialogue que les autorités républicaines du Mali tiennent à engager avec ces groupes rebelles, l’idée n’est pas mauvaise en soi. Mais, il faut être réaliste. Le MNLA sera peu disposé à faire des concessions tant qu’il restera en position de force face aux troupes militaires maliennes. Et la présence de AQMI, de Ansar Dine et de Boko haram dans la zone conquise par le MNLA n’est pas pour clarifier et faciliter les choses. Il sera bien difficile de faire l’économie d’une quelconque intervention militaire, dans les efforts de réunification et de sécurisation du territoire malien.

Et vu l’arsenal dont dispose le mouvement indépendantiste, ce serait une grave erreur de sous-estimer sa capacité de nuisance. Ainsi, l’équipe de la transition devra trouver la potion pour réunifier le pays avec le moins de dégâts possibles.

Le président Dioncounda Traoré, lui, a probablement conscience que le succès de son intérim est plus ou moins un défi personnel à relever. Il aura certainement à cœur de travailler avec parcimonie, de concert avec son Premier ministre, à composer l’équipe de transition la plus efficace possible. Il est vrai que son titre sera juste quelque peu honorifique, mais cette transition pourra être pour lui, soit un handicap, soit un tremplin. Potentiel candidat à la prochaine présidentielle, il sait sans doute que tous ses faits et gestes seront épiés par ses adversaires. Tout ce qu’il viendrait à faire de négatif serait certainement retenu contre lui.

A l’opposé, une transition maîtrisée contribuera à rehausser plus ou moins son image dans l’opinion. Il lui reviendra donc de s’employer à réussir cet intérim même s’il est vrai que son Premier ministre sera en principe, le véritable comptable des résultats de la transition au regard des pleins pouvoirs dont il disposera. Ce chef de gouvernement également devra particulièrement faire preuve de grandes capacités managériales pour mener à bien sa mission dans un contexte si difficile. Au regard de l’immensité des défis qui attendent les nouvelles autorités, la durée de la période intérimaire de quarante jours est d’ores et déjà caduque.

A moins d’un miracle, cette transition est partie pour durer. Reste à espérer qu’elle puisse quand même être contenue dans des limites temporelles objectivement raisonnables. Autrement, le Mali et même toute la sous-région feront les frais de cette crise : aggravation de l’insécurité et afflux massif de réfugiés dans les Etats voisins avec toutes les implications que cela aura.

« Le Pays »

12 Avril 2012

Source : Lefaso.net