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Le chef du PARENA victime de son compagnonnage avec l’ex-condamné par contumace et ex-faussaire Cheickna Hamalla Bathily

En politique, surtout en période électorale, il est souvent bon de savoir choisir ses compagnons de liste. Pour n’avoir pas su le faire, Tiébilé Dramé, le président du PARENA, a compromis ses chances de se faire élire député dans sa circonscription natale de Nioro du Sahel. L’erreur qu’il a commise et qui lui sera fatale a été de se mettre sur la même liste que Cheickna Hamalla Bathily. Un personnage controversé, répondant au sobriquet de «député aliment bétail», à cause de son affairisme marqué dans ce domaine. Mais ce n’est pas pour cette raison que la Cour constitutionnelle a invalidé la liste sur laquelle il figurait aux côtés de Tiébilé Dramé et Mahamadou N’Diaye, candidat de l’ADEMA. L’auguste institution reproche à Cheickna Hamalla Bathily un passé alourdi par le crime de «faux et usage de faux» et de falsification de document administratif, notamment l’acte de naissance. Toute chose qui, curieusement, ne l’avait pas empêché de se faire élire sur liste ADEMA-UDD lors de la législature sortante.

La Cour constitutionnelle, présidée par Salif Kanouté, a rendu son arrêt portant proclamation de la liste définitive des candidats à l’élection des députés à l’Assemblée nationale (scrutin du 1er juillet 2007). C’était tard dans la nuit du vendredi 31 mai, dans la salle exiguë de l’institution, sise au marché Dibida.

Ce sont quatre vingt requêtes qui ont été introduites par des candidats et mandataires des partis et groupement de partis aux fins d’annulation de certaines candidatures.

Le président de l’URD, Younoussi Touré, a battu le record en requêtes avec une dizaine environ. Il est suivi de Marimanthia Diarra, secrétaire général de l’ADEMA et non moins ministre en charge du Plan.

Ce dernier a systématiquement attaqué toutes les listes concurrentes de l’ADEMA, dans son supposé fief de Diéma. Malheureusement pour ces deux hommes politiques, leurs plaintes ont été toutes rejetées parce que non fondées.

A Mopti où l’URD a tenté d’annuler la liste de Me Kassoum Tapo, au motif que le candidat ADEMA, Sidi Ahmed Diarra, qui figure sur la même liste que l’ex-bâtonnier, n’est pas inscrit sur la liste électorale, c’est l’arroseur qui a été arrosé.

En tout cas, après examen de toutes les requêtes, les juges constitutionnels ont invalidé cinq listes. Ce sont à Tominian : la liste indépendante Espoir du «Bwatun», composée de Aly Farka Maïga, Tomossin Tiessougue, Pakoné Dembelé. A Mopti : la liste MPR – URD, formée de Souleymane Ba, Garba Samassekou, Samba Yattassaye.

A Goundam, deux listes sont concernées : la première est celle pilotée par la maire de Goundam, Oumou A. Sall qui est en duo avec Ahmédou Ag Abdallah et la seconde liste est constituée par Hama Abba Cissé, le président des commerçants détaillants et Baba Ould Sidi Mohamed.

A Nioro : la liste ADEMA – URD – PARENA, comprenant Mahamadou N’Diaye, Cheickna Hamalla Bathily et Tiébilé Dramé.

La non validation de cette dernière liste a fait couler beaucoup d’encre et de salive pour deux raisons : Tiébilé Dramé a été candidat à l’élection présidentielle du 29 avril et s’est montré comme étant l’opposant le plus virulent du régime. La seconde raison, c’est que le député sortant Bathily, connu sous le sobriquet de député-Aliment bétail est, dans l’imaginaire populaire, un bon élu en raison de ses interventions dérangeantes à l’hémicycle.

La réalité, c’est que le chef du PARENA a été victime de son compagnonnage avec l’ex-condamné par contumace et faussaire, Cheickna Hamalla Bathily. C’est la Cour constitutionnelle qui a révélé le personnage sous ce jour que le grand public ne lui connaissait pas. Ce, suite à une requête du groupement de partis MPR- CNID -UDD, introduite le 30 mai à travers leur conseil Me Maliki Ibrahim, aux fins d’annulation de la liste sur laquelle figure Bathily. Le motif invoqué est que ce dernier a fait «établir ses pièces électorales à l’aide de fausses pièces d’état-civil et que son identité réelle n’est pas établie au regard de ses nombreux lieux de naissance».

«Considérant que les requêtes enregistrées au greffe sous les n°s 265 et 306 tendant à l’invalidation de la liste commune ADEMA PASJ – URD – PARENA à Nioro du Sahel parce que le candidat Cheickna Hamalla Bathily qui y figure est tantôt né à Gadiaba Kadiel, tantôt né à Madina Tiancourni selon les jugements supplétifs d’acte de naissance n°252 /JPNS du 25 /05/2002 ou n°1605/JPN du 26/11/2004 ou même né à Nioro du Sahel ou encore à Médine Diawanbé (Kayes) ; que ces différents lieu de naissance de la même personne laissent apparaître que son bulletin n°3 du casier judiciaire aurait été établi en trompant la vigilance du tribunal de Nioro.

Me Barry : le véritable auteur de la non validation de la liste de Bathily

Considérant qu’il ressort effectivement de différents documents fournis, notamment les jugements supplétifs d’acte de naissance, l’expédition de l’arrêt de condamnation par contumace du 17 août 1994 pour faux et usage de faux et la copie de l’ordonnance de non – lieu partiel, de disqualification, de suspension de poursuites et de renvoi devant le tribunal correctionnel du 30 juin 2004 que le même Cheickna Hamalla Bathily est né dans les quatre localités sus-mentionnés qui ne relèvent pas de la même juridiction (Nioro et Kayes), que cette situation ne permet pas de considérer comme valide le bulletin n°3 du casier judiciaire fourni dans son dossier de candidature ; que par conséquent il y a lieu d’invalider la liste sur laquelle il est inscrit à savoir la liste ADEMA – PASJ – URD – PARENA à Nioro», (extrait de l’arrêt du 31 mai 2007 portant proclamation de la liste définitive des candidats à l’élection des députés à l’Assemblée nationale, scrutin du 1er juillet 2007).

Comment les requérants ont-ils pu obtenir les différents jugements supplétifs de Cheickna Hamalla Bathily ? De source digne de foi, c’est le président de l’UDD, Me Hassane Barry, qui détiendrait ces documents pour avoir été à la fois son conseil et son camarade de parti. Pour ceux qui ne le savent pas, Bathily était premier vice-président de cette formation politique.

Des dissensions internes ont conduit le député de Nioro, l’unique du parti de la Colombe blanche, à démissionner pour rallier l’URD. Depuis Me Barry et Bathily sont devenus des ennemis jurés.

Les attaques entre les deux hommes se multiplient par presse interposée. Les deux hommes sont devenus comme chien et chat.

A la veille des élections, l’ancien ministre chargé des relations avec les institutions de la République a averti son allié, l’ADEMA, que s’il établit une liste commune avec l’URD à travers Bathily, il se verrait dans l’obligation d’attaquer cette liste parce qu’il détient par devers lui des preuves irréfutables contre le responsable de l’URD.

Dioncounda Traoré a ainsi donné des instructions à Nioro afin que son parti évite d’établir une liste commune avec Bathily. Mais, à la base, celles-ci n’ont pas été observées et la section ADEMA de Nioro a composé une liste ADEMA – URD – PARENA. Djibril Tangara du Mouvement citoyen s’était également battu auparavant afin que Tiébilé Dramé ne figure point sur cette liste. En vain.

Le contentieux Barry – Bathily étant connu du milieu politique, le président de l’UDD a choisi d’attaquer la liste de son adversaire à travers le groupement de parti MPR – CNID – UDD (en compétition à Nioro), défendu par Me Malick Maïga et non Me Hassane Barry lui-même.

Ce dernier, connaissant parfaitement Bathily pour avoir été son avocat durant plusieurs années, a donc sorti vraisemblablement les dossiers qui ont permis à la Cour d’invalider la liste de Tiébilé Dramé sur laquelle figurait Bathily. Approché par nos soins, Me Hassane Barry souhaite ne faire aucun commentaire sur cette affaire.

Quant à Cheickna Hamalla Bathily, il dit ne pas être au courant des différents actes de naissance établis en son nom. «Je suis en train de me préparer. J’organiserai, au moment venu, une conférence de presse pour rétablir la vérité. Je n’exclue pas de saisir la justice non pas pour l’invalidation de ma candidature (à ce sujet, il n’ y a aucun recours) mais pour chercher et punir les personnes qui ont établi à mon nom plusieurs actes de naissance et leurs éventuels complices».

A suivre.

Chahan TAKIOU

04 juin 2007.