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C’est par 108 voix, 20 contre, 0 abstention et O non votant que les députés ont adopté le jeudi 13 novembre 2008 la loi portant sur l’importation, l’exportation, le transit, l’utilisation confinée, la libération ou la mise sur le marché malien de tout OGM ou d’un produit dérivé sous le couvert de la sécurité biotechnologique.

Quelques jours seulement après l’adoption de cette loi, le Rassemblement pour le Développement et la Solidarité (RDS), présidé par le Pr. Younouss Hamèye Dicko refuse de cautionner la position des députés de la majorité présidentielle. Le président du RDS accepte mal qu’il soit dit un jour que c’est sous le président Amadou Toumani Touré que le Mali a permis délibérément sa propre “contamination génétique”. Nous vous proposons la position du RDS sur les OGM.

“Notre parti, le RDS, s’est toujours fait le devoir de procéder à l’analyse des problèmes du pays pour ensuite proposer des solutions aux autorités et ce, d’autant plus que nous avons toujours soutenu avec constance et fermeté l’action du président de la République Amadou Toumani Touré et de ses gouvernements successifs.

C’est dans cet esprit que nous avons examiné, avec le plus grand soin, le projet de loi relatif à la sécurité en Biotechnologie, projet capital pour la survie du patrimoine génétique national, la souveraineté et la démocratie alimentaire de notre pays.


L’analyse de ce document nous a permis de faire un certain nombre de constats

1. La loi n’interdit même pas les OGM au Mali.

2. La loi est extrêmement savante et complexe et sa compréhension sera difficile pour la grande majorité des Maliens et particulièrement pour ceux qui seraient chargés de l’appliquer ! D’ailleurs quand une loi est difficile à appliquer, on ouvre la porte à la corruption de ceux qui sont chargés de sa mise en œuvre.

3. L’insuffisance, voire l’inexistence des ressources humaines et du mécanisme de vérification scientifique des dispositions restrictives entamées dans le projet de loi.

Les OGM et les plantes transgéniques constituent aujourd’hui, une menace grave qui peut anticiper la disparition de notre patrimoine génétique sans qu’aucune donnée scientifique n’apporte la preuve du contraire. Il serait donc particulièrement dangereux pour notre pays de s’engager dans une voie permissive dont il n’a pas la garantie qu’elle est sans danger« .

En effet, le 13 août 2008, le prince Charles, héritier de la couronne d’Angleterre déclarait dans le Daily Telegraph : “le développement sur une grande échelle des OGM risque de déclencher la pire catastrophe environnementale jamais survenue dans le monde. Dépendre de groupes gigantesques pour la production alimentaire ne peut déboucher que sur un désastre totale.

En plus, la transgénèse est un projet ambitieux qui fait que. « Les prophètes des OGM visent à couler l’agriculture dans les méthodes industrielles, lui faire perdre le caractère de dialogue savant avec la nature, qui constitue son essence, pour la transformer en une entreprise aux caractères précisément définis et contrôlés”.

Ainsi Monsanto (surnommé “Monsatan”) et les zélateurs de la biotechnologie agricole veulent faire des “produits agricoles” présentant des caractéristiques biologiques précises répondant aux desiderata des industries de transformation alimentaire ; l’être humain lui-même s’intégrerait ensuite dans la chaîne afin de convertir des cycles du métabolisme naturel aux règles de fonctionnement de l’industrie.

En 1993 déjà, l’Académie des Sciences de France alertait : “La pratique de la transgenèse demande une maîtrise de technologies dont il est à craindre qu’elle ne puisse être facilement atteinte au sein des pays défavorisés : génétique moléculaire, biologie du développement, etc. Mais surtout, la guerre des brevets, les protections industrielles renforcées, la détention par certaines sociétés d’espèces animales ou végétales prototypes risquent de rendre les pays en développement encore plus tributaires des stratégies commerciales des grandes compagnies industrielles”. Il a donc peu de raison de penser que les OGM pourraient être la meilleure solution au problème agricole de l’humanité.

Le Mali, comme tout le Tiers-Monde, hésite entre la peur de manquer le train d’une révolution technologique et celle de passer sous les fourches caudines d’entreprises occidentales pour des gains faibles et mineurs et des risques potentiels.

Dans cette lutte, les Etats-Unis, pour faire ployer le Sud, exercent pressions et chantages, notamment sur la Bolive, le Sri Lanca, la Croatie, etc. En mai 2002, le Zimbawé refuse d’accepter l’aide américaine si elle n’est pas garantie sans OGM.

Le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, le Swaziland, la Zambie manifestent la même défiance à l’égard de l’aide contaminée. Tandis qu’en avril 2003, le Sénat américain adopte un amandement liant l’aide destinée aux victimes du sida à l’acceptation par les pays concernés des aliments transgéniques !

Ainsi, l’Amérique veut contraindre le monde, en particulier le Tiers-Monde, à manger comme elle le veut en l’inondant d’aliments transgéniques et en faisant le marché passif des OGM produits par ses puissantes multinationales.

Tout le monde sait que l’Amérique mange mal et elle est “malade” si l’on considère les faits suivants : 77% de ses adultes sont en surpoids dont 22% sont “cliniquement obsèdes” ; chaque année 76 millions d’Américains sont victimes d’intoxication alimentaire, 325 000 en sont hospitalisés et 5 000 en meurent (voir la guerre secrète des OGM de Hervé Kemp, avril 2007, Editions du Seuil).

Il est donc permis de mettre en doute la rigueur des contrôles alimentaires aux USA et d’être sceptique quant aux normes que l’Amérique tente d’imposer au monde en matière agricole et alimentaire.

L’Amérique, les multinationales et les zélateurs des OGM ont fait croire aux affamés, que nous sommes, que les OGM constituent la solution immédiate et définitive contre la faim ! Il s’agit d’un argument fallacieux en écoutant les spécialistes :

– Jacques Diouf (FAO) = “Pour nourrir les 800 millions d’hommes qui ont faim aujourd’hui dans le monde, on n’a pas besoin d’OGM”.

– Tewolde Berhan Gebre (PNUE) : “Les biotechnologies ne bénéficieront pas aux communautés paysannes pauvres ; et même leur développement les menaces”.

– Le délégué indien, discutant l’application de l’article 19.3 de la Convention de Rio sur la Biodiversité, dit : “Les Pays du Sud ne sont pas producteurs d’OGM, ils n’y ont pas d’intérêt économique”.

En outre, on peut rappeler d’autres bons exemples à suivre

– Le Mexique, terre d’origine du maïs, interdit la culture OGM du maïs sur son sol.

La Chine n’admet pas du riz OGM sur son sol.

En Suisse : Les agriculteurs n’auront pas le droit de cultiver les plantes transgéniques jusqu’en 2010.

Nous ne pouvons pas passer sous silence, la haute trahison des scientifiques dans la propagation des OGM.

En effet, le monopole que la biologie moléculaire est parvenue à se constituer dans le champ des sciences du vivant a encouragé les zélateurs des OGM à faire croire que la transgenèse est la seule voie possible du progrès.

Or cette branche de la science ignore les jeux des interactions entre organismes dans un habitat, les modes de régulation des écosystèmes, mais avec la complicité des lieux de pouvoirs que sont les académies, commissions, directions des organismes scientifiques, pouvoirs politiques et multinationales, les biologistes moléculaires ont écarté du débat, par le dénigrement et la censure, les spécialistes des sciences de l’environnement (les généticiens dissidents, les écologistes, les taxinomistes et les agronomes) !

Ainsi, les intérêts économiques ont empêché les chercheurs d’exercer l’esprit critique. Aux USA, 70% des agronomes, selon USDA, travaillent pour les compagnies privées, en France, M. Axel Kahn, Président de la Commission du Génie Biomo/séculaire (CGB) rejoint Rhone Poulenc, seul acteur français pour les OGM, pour un salaire double.

Selon la Société Royale du Canada : “90% des sociétés américaines du secteur des sciences de la vie qui ont été interrogées entretiennent des rapports avec les milieux universitaires.

Dans un tel climat, il pourrait devenir de plus en plus difficile de trouver des chercheurs universitaires indépendants ayant la motivation et même la liberté d’évaluer les prétentions de l’industrie”.

Il est donc limpide qu’il est difficile de trouver des experts à la fois qualifiés et indépendants pour expertiser les OGM. Ainsi, tout en affirmant parler au nom de la “science”, les chercheurs ont promu les OGM au nom de l’intérêt collectif confondu avec l’intérêt des entreprises et à coups d’émoluments faramineux !

Enfin, il n’y a pas que les OMG. Faire croire qu’il n’existe pas d’autre alternative qu’entre stagnation et OGM est une imposture sociale, économique, politique et scientifique ! Il s’agit là d’une idée fausse car la trangenèse n’est qu’une voie technologique parmi tant d’autres :

a) La sélection classique des semences : l’agronome Vemon Rutman affirme que “dans les pays en développement, il y a encore une grande marge de manoeuvre avant d’atteindre les limtes physiologiques et il faut adopter une stratégie encourageant la sélection agronomique classique combinée avec les plus hauts niveaux d’imputs techniques” : ex-maïs à haut degré en protéïnes en Amérique, riz à long grain en Chine, riz Nérica en Afrique. En outre, le décryptage du génome des plantes permet la “sélection par marqueurs”.

b) L’amélioration des méthodes culturales : Vivifier le sol par dynamisation de la mocrifaune, la bonne gestion de l’eau, le zaïs (préparation du terrain empêchant le ruissellement et la perte des précipitations).

c) L’agriculture biologique : Voie d’avenir pour les paysans du sud et qui demande un investissement public en formation.

d) Les progrès des pesticides : Il suffirait de 3 g/ha. Par cette adresse, nous voulons refuser la banalisation et la fatalité des OGM.


Alain OESHAYES de l’INFRA met le monde en garde :
Ne recommençons surtout pas les erreurs que nous avons commises avec le nucléaire. Ne ratons pas, cette fois-ci, le dialogue Science-Société”.

Enfin, nous voulons citer Mme Corinne LEPAGE, Ancien ministre Français de l’Environnement qui, en fin 1996 écrit au Premier ministre Alain Juppé, en ce qui concerne les OGM, “qu’elle ne voulait pas prendre la responsabilité vis-à-vis des générations futures d’avoir contaminé génétiquement notre pays” et, le 12 février 1997 le gouvernement français (Juppé-Chirac) interdit la culture du maïs Bt Novartis en France.

Ainsi, le RDS est attristé à l’idée de faire du Mali, notre cher pays et notre patrie, un champ libre pour les OGM. Il accepte mal qu’il soit dit un jour que c’est sous la présidence du président Amadou Toumani Touré que notre pays a permis délibérément sa propre “contamination génétique”.

Le RDS prie le gouvernement

– de bien vouloir surseoir à l’adoption par l’Assemblée Nationale du projet de Loi sur la Sécurité en Biotechnologie ;

– d’organiser un large débat national sur la problématique des OGM et de la transgenèse avant toute possibilité de soumettre une quelconque loi à l’Assemblée Nationale, dont le Mali n’a aujourd’hui ni les moyens scientifiques, ni les moyens financiers de la mise en oeuvre ;

– d’interdire dans l’immédiat toute introduction des OGM sur notre territoire tant que les risques liés aux OGM ne sont pas scientifiquement bien établis.

Bamako, le 10 novembre 2008

P/Le Conseil Exécutif du RDS

Le Président

19 Octobre 2008