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Organisé par l’Assemblée Régionale de Sikasso, avec l’appui conceptuel et méthodologique du Réseau interdisciplinaire de biosécurité (RIBios) et de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), sur financement des coopérations suisse et néerlandaise, l’espace citoyen d’interpellation avait pour objectifs de permettre aux productrices et producteurs de la 3ème Région administrative du Mali de mieux comprendre ce que sont exactement les Organismes génétiquement modifiés (OGM), ainsi que les risques et avantages qu’ils présentent ; de confronter les points de vue et argumentaires de témoins experts pro et anti OGM et de les interpeller librement et de formuler des recommandations sur les dispositions à adopter par nos autorités par rapport aux OGM, en relation avec l’avenir de l’agriculture au Mali.

Trente et un producteurs et quatorze productrices ont participé à l’exercice citoyen, grâce aux exposés de quatorze témoins experts et à la présence de nombreux facilitateurs. La nomenclature de la CMDT en matière de classification des exploitations avait été adoptée pour une meilleure représentativité des cotonculteurs et un comité d’observateurs indépendants a veillé à l’éthique des travaux.

Les producteurs du groupe A (15% du total) disposant d’engins motorisés (tracteurs) ou de charrues et d’attelages en nombre, ceux du groupe B (35%) disposant d’un attelage simple, ceux du groupe C (20%) disposant d’un attelage bœuf-charrue incomplet et ceux du groupe D (30% du total) ne pouvant compter que sur la force de leurs bras pour produire se sont tous déclarés unanimement, à l’issue de leurs concertations, contre l’introduction des semences OGM, plus particulièrement celle de coton BT, dans notre pays.

Cela avec des arguments frappés au bon coin du bon sens paysan. Tout d’abord, ils ont fait remarquer que les deux multinationales spécialisées dans la production des semences OGM, bien que conviées à l’atelier, n’ont pas daigné y envoyer un quelconque représentant, ce qui a paru suspect à nos producteurs.
Ensuite, le fait de devoir acheter chaque année un nouveau lot de semences, au tarif prohibitif pour nombre de cotonculteurs de 33 000 F CFA à l’hectare n’a pas été du tout apprécié, d’autant plus que les producteurs tiennent à leur patrimoine semencier.

Les volets sociaux et religieux n’ont pas non plus été oubliés dans cet argumentaire.
Ainsi, on redoute de ne plus pouvoir échanger de semences entre agriculteurs, à défaut de pouvoir conserver les siennes propres et de consommer, in fine, des aliments réprouvés par la religion, puisque l’on ne saura pas d’où provient le gène ajouté à la semence de la plante.
Par exemple, l’un des groupes a parlé de la possible utilisation de gènes de porc dans le processus, ce qui heurterait les convictions de tout Musulman.

De fortes craintes par rapport à la préservation de l’environnement, à la contamination des sols et des nappes phréatiques, ainsi que des mutations génétiques sur la progéniture des hommes et des animaux se sont aussi faites jour.

En définitive, c’est un niet catégorique aux OGM qui a clos les travaux. En témoignent ces quelques recommandations. « Considérant que le nombre de petits producteurs est de 98% et que la technique des plantes OGM n’est viable qu’avec les grand producteurs, qui ne sont que 2%, cette technologie ne doit pas être introduite (Groupe A). »Développer des stratégies de promotion d’une agriculture biologique centrée sur la valorisation des produits locaux et l’abandon de l’utilisation des intrants chimiques » (Groupe B). «Ne mener aucune recherche scientifique sur les OGM au nom des producteurs maliens car nous, paysans maliens, sommes contre les OGM« (Groupes C et D).
« Conserver les semences locales afin qu’elles ne disparaissent pas » et, stratégie extrême, « brûler les semis OGM des producteurs récalcitrants et sanctionner la culture et la distribution illicites d’OGM » (Les femmes, tous groupes confondus).

Signalons que tous les débats se sont déroulés avec une traduction simultanée en bamanan, langue dans laquelle, les rapporteurs ont effectué la restitution des travaux, mardi dernier.

Ramata DIAOURE

29 juin 2006.