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Image d’archive à titre d’illustraionL’ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra envisageait de se rendre en France pour des examens médicaux. Mais hélas, il en a encore été empêché par les hommes du Capitaine Sanogo. Mais que se passe-t-il exactement entre les deux hommes ? Et que s’est-il réellement passé dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 janvier 2013 à Bamako ? Nous avons tenté d’en savoir un peu plus. Selon sa famille, la valise de l’ex-Premier ministre était déjà prête. Mais à quelques heures de son voyage, Cheick Modibo Diarra apprend qu’il ne pourra plus embarquer pour son vol à destination de Paris. Et pour cause : des militaires l’attendaient à l’aéroport. Malgré tout, il décide d’y foncer, tête baissée, mais finit par y renoncer. Toujours selon la famille de l’ancien Premier ministre, entre temps, un diplomate de l’Ambassade des Etats-Unis à Bamako s’est mêlé de l’affaire. Ce diplomate l’aurait conseillé de reporter son voyage, le temps de prendre les contacts nécessaires pour régler la situation, apprend-on sur RFI. Notons par ailleurs que Cheick Modibo Diarra a également la nationalité américaine.

Les Maliens continuent de se demander ce qui se passe exactement entre Cheick Modibo Diarra et les militaires de Kati car ils ne savent plus à qui se vouer pour savoir si l’ex-Premier ministre est assigné à résidence depuis sa démission forcée. Pour en savoir un peu plus sur la question concernant son arrestation à la frontière du Burkina Faso et les raisons qui l’empêchent de sortir du pays, nous avons d’abord mis le cap sur la résidence de l’ex-chef de la Primature sise à Titibougou. . Arrivé sur les lieux, après les formalités d’usage, les soldats en faction devant sa porte nous ont demandé si nous avons rendez-vous. Nous leur avons donc signifié le but de notre présence. Alors ils nous ont fait savoir que Cheick Modibo Diarra ne reçoit que sur rendez-vous. Toute chose qui nous a rassuré de sa présence à son domicile. C’est donc en attendant dans les parages que nous avons pu échanger avec un membre de sa famille. Mais ce dernier n’a pas du tout été tendre avec la Presse malienne. Mais comme nous lui avons promis de relater fidèlement ses propos, il a consenti à nous parler. Nous vous livrons donc l’essentiel de ses propos.

« Je me demande vraiment si au Mali, les journalistes connaissent réellement leur place dans la société car au lieu de s’armer de courage pour accompagner le pays vers des lendemains meilleurs, ils se laissent acheter ou du moins corrompre par les politiciens et les nouveaux riches du pays. Où ont-ils tiré cette information sur l’arrestation du Premier ministre à la frontière du Burkina Faso ? Qui leur a aussi dit que sa famille est réfugiée au niveau de l’Ambassade de France ? Cette Presse qui, dans un passé récent, a contribué à l’avènement de la démocratie et du multipartisme, est aujourd’hui infectée de dealers, de vendeurs d’illusions et d’affairistes. Ils sapent votre corporation car l’éthique et la déontologie ont laissé la place aux billets de banque et à des cadeaux empoisonnés des politiciens et des nouveaux riches du pays… ». Certes, ces propos sont sujets à discussion, mais quelque part, ils doivent permettre aux professionnels des médias que nous sommes d’approfondir la réflexion sur notre corporation. Même son de cloche au niveau d’un fonctionnaire de l’Ambassade de France qui dit ne pas être au courant de la présence de la famille de l’ex-Premier ministre dans les locaux de ladite Ambassade.

Pour en savoir plus sur les raisons de l’interdiction de voyager à l’étranger infligée à Cheick Modibo Diarra (ce qui suppose qu’il n’est pas libre de tous ses mouvements), nous avons tenté de joindre le porte-parole de l’ex-junte militaire, Bakary Mariko. Mais nos tentatives sont restées vaines car il est injoignable sur son portable. Même silence au niveau de la SE (Sécurité d’Etat) et au ministère de la Sécurité où nos interlocuteurs ont été très peu bavards. En l’absence de la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) en voyage à l’extérieur, nous avons pu joindre Mme Fatoumata Touré qui nous a fait savoir qu’elle n’était pas habilitée à nous parler, mais nous a recommandé de patienter jusqu’au retour de la présidente de la Commission pour d’amples informations sur ce dossier.

Un proche de Cheick Modibo Diarra nous fera savoir que Cheick Modibo Diarra est libre de ses mouvements dans le pays, certes, mais ce proche dit ne pas comprendre les raisons pour lesquelles on interdit l’ancien Premier ministre de se rendre à l’étranger, vu surtout son état de santé. Et d’ajouter qu’il ne sait pas où les journalistes ont tiré cette information relative à son arrestation à la frontière du Burkina Faso. Il nous fera également savoir que compte tenu de la situation actuelle, il est plus sage pour lui de ne pas s’exprimer, surtout pour sa propre sécurité. Ce qui emmène à conclure que la situation reste très tendue entre Cheick Modibo Diarra et les militaires de Kati, même si ces derniers soutiennent le contraire à travers leur communiqué lu à la télévision.

En lieu et place du regret ou du repentir, certains Maliens nourrissent plutôt des desseins sordides en cherchant à créer la chienlit pour déstabiliser davantage le pays. Or la conjonction des événements fait que les querelles inutiles entre enfants d’un même pays en temps de crise n’ont pas leur raison d’être actuellement, encore moins la volonté entretenue par d’autres « d’anéantir » Cheick Modibo Diarra, accusé de malversation financière, sans aucune preuve. Mais s’il était coupable, pourquoi donc ne pas confier l’affaire à la justice pour éclairer une fois pour toutes la lanterne de l’opinion nationale et internationale ? Ce second refus de laisser l’ex-Premier ministre aller se soigner en France alors qu’il avait rendez-vous avec son médecin dévoile le vrai visage des militaires de Kati qui semblent ainsi refuser le jeu démocratique et pensent trouver leur salut dans la terreur et l’intimidation à cause des armes en leur possession : ils commettent ainsi une lourde et grave erreur. Par ailleurs, comment concilier le besoin de justice et la nécessité d’une réconciliation ? C’est le dilemme auquel les Maliens sont aujourd’hui confrontés. Qu’en pense l’ex-Président et Général Moussa Traoré? Selon nos informations, d’un côté, Cheick Modibo Diarra est son beau-fils et de l’autre, le Capitaine Sanogo est son filleul.

C’est dire qu’il se trouve face à un gros dilemme, plutôt entre le marteau et l’enclume.
Il s’agira enfin de mettre fin à ces différends entre des personnalités du pays pour se concentrer sur la crise que traverse le pays depuis le putsch du 22 mars dernier. C’est le Mali qui y gagnera et non des individus.

Paul N’Guessan

Le Combat du 9 Janvier 2013