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En vue de préparer la troisième journée des éliminatoires de la CAN 2008, où ils rencontreront à Bamako, les Ecureuils du Bénin, les Aigles du Mali livreront demain au stade de la Courneuve (France) un match inédit contre la Lituanie. Pourquoi, une rencontre contre un adversaire peu connu des maliens ? Quel est le regard de Jean François Jodar sur le football malien depuis son engagement avec la Fédération malienne de football ? Avant son départ pour la France, l’entraîneur national et directeur technique du football malien nous a accordé un entretien exclusif.

Le Républicain : Depuis près d’un an, vous êtes à Bamako. Vous êtes toujours hébergé à l’hôtel. Est-ce un choix où une exigence de votre contrat ?

Jean François Jodar : Je n’ai pas à me plaindre de mon hébergement à l’hôtel. Depuis mon arrivée, j’ai souhaité être à cet endroit dans un premier temps. C’est parce que je ne savais pas comment les choses allaient se passer et combien de temps j’allais passer au Mali. Depuis mon arrivée (au mois de juillet 2006), je suis à l’hôtel de l’amitié où je suis bien logé. Mais depuis un moment j’ai demandé aux dirigeants de me trouver une maison parce que je reste finalement plus de temps ici. Quand on passe une semaine dans une chambre d’hôtel, au bout, on commence à tourner en rond. On est donc à la recherche d’une maison.


Etes-vous dans les dispositions idoines pour exécuter les tâches contenues dans le contrat qui vous lie à la Fédération malienne de football ?

Il y en a deux, exactement deux principales tâches : de sélectionneur national et de directeur technique national. La première a bien démarré car l’équipe est partie du bon pied. On est en bonne position pour la qualification de la Can 2008. Maintenant, on va entamer la deuxième partie du parcours puisqu’on n’a pas joué depuis le mois de novembre. La reprise se fera avec le match amical que nous jouons contre la Lituanie, demain [Ndlr : en France]. Cette rencontre nous permettra de préparer la venue (à Bamako) du Bénin au mois de mars. Cette rencontre contre les Béninois ouvre une série de trois matches d’extrême importance : le retour au Bénin en début juin et le retour contre la Sierra Leone deux semaines plus tard. A l’occasion, il faut prendre 9 points pour garder la tête du classement. Pour le moment la tâche de sélectionneur national se passe bien.

Et celle du directeur technique national, qui est la seconde ?

Il faut reconnaître que celle de directeur technique est relativement confuse. Il faut, dans un premier temps, que j’apprenne à bien connaître les structures du pays, savoir comment elles fonctionnent. Pour l’instant j’observe, j’essaye de me renseigner avec les gens pour savoir également qu’est-ce qui s’est fait par le passé. Ce qui permet de dégager petit à petit des idées. Il y a un premier volet important sur lequel on va s’appesantir, c’est la formation des cadres. Le deuxième volet important, c’est l’amélioration du football des jeunes à travers laquelle on va également améliorer le niveau général du football malien. C’est une tâche pour le long terme. Il faut d’abord se mettre à table avec les gens pour savoir exactement ce qu’on peut faire, comment on va le faire et avec quels moyens. Dans un premier temps je regarde, j’observe et je discute avec les gens et autour des clubs. La seule activité concrète qu’on a faite pour le moment, c’est la tenue d’un stage avec les entraîneurs.


Des plaintes au sujet des structures ou méthodes de travail au Mali ? Si oui lesquelles ?

La tâche de directeur technique est une tâche où on n’a pas à se plaindre. Il s’agit plutôt de faire des constats, de voir et évaluer le niveau du football de voir ce qui marche moins. Et après, faire des propositions. De toutes les façons, rien n’est parfait. Ce qui est sûr, il y a du travail à faire en observant par exemple la prestation de nos sélections nationales. Hormis la sélection A où on s’appuie sur les expatriés, on ne s’est pas qualifié en cadets, ni en juniors, ni pour les jeux africains. Quelque part ça prouve qu’il y a encore du travail à faire, mais il ne faut pas se lamenter. Il faut plutôt se remettre au travail et mettre des structures en place. ça ne va pas se faire par un coup de baguette et surtout je ne peux pas le faire seul.


Nos sélections de jeunes avaient de bons résultats. Comment expliquez-vous la contre performance actuelle ?

C’est très délicat pour moi d’en parler. Je n’y ai pas participé et je n’ai pas fait les détections par le passé. Mais en temps qu’européen, ce que je sais les élections africaines (je ne parle pas du Mali) dans les catégories d’âges, on a des âges qui ne correspondent pas à la réalité. ça tout le monde le sait. Ce qui est maintenant plus important, ce sont les résultats des équipes nationales A, car il n’y a plus de différence entre les joueurs de 21 ans et de 28 ans. Je ne suis pas idéaliste, mais il faut travailler sérieusement et proprement. ça veut tout simplement dire qu’il ne faut plus tenir compte de ce qui se passe en cadets et juniors.

Qu’est-ce que vous ambitionnez pour ces sélections d’âges ?

Je dis attention de pas trop considérer les résultats des jeunes, mais plutôt le travail des jeunes entre 13 et 20 ans. Parce que si on ne travaille pas dans cette tranche, on n’aura pas de bons joueurs. Il y a un travail spécifique à faire qui doit être fait sur la bonne catégorie d’âge. Si on fait un type précis de travail sur les 13-14 et qui ont réellement 20-21 ans, on aura perdu du temps. C’est vrai qu’il y a un travail de moralisation au départ, mais je n’accable personne.


Quelle est votre appréciation du football et du championnat malien ?

J’ai vu peu de matches en championnat. Notamment j’ai vu la fin de la compétition de l’an dernier, ce qui ne reflète toujours pas la réalité. A ce moment, les équipes sont un peu fatiguées et le classement déjà acquis. Cette année j’ai n’ai vu que le début, ce qui est sûr le niveau est affaibli par le transfert de beaucoup de joueurs dans des clubs étrangers. Parce que dès le jeune âge, (17, 18 ans) les meilleurs partent à l’extérieur. Dernièrement, le meilleur buteur du championnat national vient d’être transféré dans un club étranger. D’autres joueurs ont quitté le pays cette année pour aller monnayer leur talent à l’extérieur, on suppose que ce sont les meilleurs. Il est impossible de faire un bon championnat avec des joueurs de 17 à 20 ans. Les très bonnes équipes africaines qu’on rencontre par exemple en Coupe CAT ou ligue des champions sont des équipes expérimentées avec des moyennes d’âges de 26-27 ans et très aguerries. Il en résulte un premier problème qui est d’essayer de garder des joueurs qui arriveront à rehausser le niveau du championnat. Après se pose le problème de travail. Quand ont voit des équipes qui font jouer tout de suite des joueurs de 16 ans en équipe première, ça veut dire qu’on les prépare toute la semaine pour le match, alors qu’on devrait plus les travailler à devenir bons dans cinq ans. L’idéal aura été de les faire travailler dans leurs bonnes catégories d’âges, comme ça se fait en Europe. Il faut donc créer très vite un bon championnat des cadets et des juniors pour mieux inciter les clubs à encore mieux travailler dans ces catégories d’âges. C’est un chantier énorme à faire. Je ne suis pas un messie, j’émets seulement des idées pour le progrès du football malien.


Et les raisons de l’échec de nos clubs en compétitions africaines ?

Les clubs maliens arrivent en compétitions africaines avec parfois 50 % des effectifs qui sont changés d’une année à l’autre. Il n’y a pas de stabilité. Aussi le niveau du championnat n’est pas extraordinaire. On voit des matches avec très peu de buts. Mais le problème fondamental est que les joueurs partent très vite à l’étranger. Des joueurs susceptibles de jouer pour les meilleurs clubs, par exemple l’ASB ou le Stade malien de Bamako qui sont engagés en compétitions africaines, sont sortis. Par contre, ça ne veut pas dire que le football malien sur le plan
international est faible.

Un paradoxe ! ?

C’est normal. Puisque les meilleurs partent tôt à l’étranger et viendront renforcer la sélection nationale A plus tard. Alors qu’il y a beaucoup de joueurs à l’extérieur qui sont performants. C’est dire qu’il y n’a pas de corrélation entre le niveau du championnat et les résultats de l’équipe nationale.

Y a-t-il des joueurs locaux qui sont susceptibles de renforcer l’équipe nationale A ?

Franchement maintenant non ! Aucun ne peut rivaliser par exemple avec Frédéric Kanouté, au poste d’avant-centre, ou Mahamadou Diarra, Momo Sissoko dans la récupération. Vous ne pouvez pas comparer ces joueurs qui jouent dans des championnats renommés, tous les dimanches et dont le niveau est très élevé avec les joueurs du championnat malien.
Cependant, il y a deux ou trois joueurs susceptibles de venir mais pas plus. On ne peut pas, uniquement pour faire plaisir à certains, prendre des joueurs locaux qui n’ont pas un niveau suffisant. Ce qui est important c’est que l’équipe nationale gagne, peu importe d’où viennent les joueurs.

Avez-vous un bataillon d’expatriés ?

On a deux équipes nationales à alimenter. L’équipe A joue les qualifications pour la Can 2008 et les Espoirs commencent en même temps les éliminatoires des jeux olympiques. Il faut qu’on arrive à bâtir deux équipes performantes. Il y a un nombre de jeunes joueurs qui sont venus en sélection A, mais qu’on va continuer à utiliser avec les olympiques pour avoir une équipe plus performante. C’est le cas de Alphousseyni Kéïta, Drissa Diakité ou Adama Tamboura que je préfère utiliser comme titulaire en espoirs que remplaçants chez les A.

Le retour de suspension de Djilla ou Soumaïla apportera-t-il un plus à l’équipe nationale ?

Bien sûr ! Déjà on a utilisé Djibril Sidibé contre le Congo. Et contre la Lituanie, on récupère « Djilla » Diarra et Soumaïla Coulibaly. J’espère que ça va nous apporter un plus. Ce n’est pas le nom qui compte, mais la performance d’un joueur. C’est par le travail qu’ils devront démontrer avoir de la valeur pour réintégrer un groupe qui a déjà vécu et fait des résultats sans eux. Il n’y a jamais rien d’acquis en football. C’est pas parce qu’on a fait de bonnes performances, il y a un an, qu’on doit obligatoirement avoir sa place un an après.

Disposez-vous d’informations sur votre adversaire de la prochaine journée, le Bénin ?

J’ai envoyé quelqu’un observer le match (Bénin-Sierra Leone) qui a apporté nombre d’informations. A présent, nous jouons à domicile et c’est à nous de faire le jeu. J’ai pour habitude surtout de m’occuper de mon équipe. Ce qui est plus intéressant, c’est le jeu que nous-mêmes allons produire. Il faut surtout se préparer.


Vous jouez demain contre la Lituanie. Pourquoi cet adversaire ?

C’est une bonne chose de jouer contre une équipe européenne, jusqu’ici on a habitude de rencontrer des équipes africaines. Je veux essayer de donner une image mondiale du Mali, afin d’inciter d’autres pays européens à avoir l’envie de jouer contre nous plus tard. Il faut commencer par des pays qui ne sont pas au top de la hiérarchie européenne, mais qui jouent déjà les compétitions officielles. C’est en cela que jouer contre la Lituanie est intéressant et à l’occasion tout le staff de l’équipe de France sera présent pour voir ce match. Je souhaite toujours être performant afin que le Mali ait une très bonne image sur le continent et en dehors.

Propos recueillis par Souleymane Diallo

05 février 2007.