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«Quand on est élu par la fraude, on ne peut pas combattre l’affairisme, le népotisme»

L’inter de Bamako : Monsieur le président, avec votre slogan « Retrouvons ce qui nous unit », vous mélangez tout pour faire quoi ?

Amadou T. Touré : Mon slogan « Retrouvons ce qui nous unit » prône la réconciliation de tous les Maliens de toutes les sensibilités politiques. Moi, je suis un fils de l’Union soudanaise RDA, militaire de profession les deux choses mélangées font de moi un homme de réconciliation. C’est pourquoi depuis mon retour au pouvoir, je ne cesse de m’investir pour que les Maliens se retrouvent.

C’est à travers cette retrouvaille qu’ils décideront de ce que demain sera fait. Vous m’accusez de tout mélanger ? Non! Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas moi qui mélange, ce sont les hommes politiques. Tous, veulent occuper un poste ou être ministre au gouvernement. Et moi, je ne veux pas être dérangé dans ma gestion du pouvoir. C’est pourquoi je mélange tout, pourvu que je reste à Koulouba.


L’inter de Bamako : On vous soupçonne de casser l’ADEMA PASJ et l’URD pour briguer un 3ème mandat. Qu’en est-il exactement ?

Amadou T. Touré : Moi casser l’ADEMA PASJ et l’URD pour briguer un 3ème mandat ? Non! Vous n’avez rien compris. Ce sont plutôt ces partis qui m’ont demandé de briguer la magistrature suprême parce qu’ils n’avaient pas de candidats et moi, j’ai accepté de venir sauver leur honneur. Je n’ai jamais crée ou cassé un parti politique.
C’est le contraire qu’on me propose chaque fois qu’un parti politique est crée. Les initiateurs viennent me voir pour me dire qu’ils soutiennent mon action politique. Il en est de même pour la presse privée. Moi Amadou, je suis le chouchou de tout le monde au Mali. Je n’ai pas besoin de casser l’ADEMA et l’URD car j’ai à mon actif la promotion de leurs fondateurs et de leurs cadres. Mais je vais vous dire une chose, la démocratie au Mali c’est moi.

Les démocrates doivent rendre grâce à Dieu et à moi. Mon troisième mandat dépendra de la révision constitutionnelle. Si les Maliens me sollicitent, je resterai par amour pour mon pays. Je vais vous dire une vérité : au Mali, les hommes politiques préfèrent le consensus qu’à la démocratie parce que personne ne veut être opposant.


L’inter de Bamako : Vous aviez dit en 1991 que Moussa Traoré c’est l’affairisme, le népotisme intégral, les louanges… Aujourd’hui, votre régime et vous-même avez atteint ce stade.

ATT : Ce n’est pas vrai ce que vous dites. Mon régime se porte bien. La preuve, j’ai le soutien des Français, des Américains, des Canadiens, des Japonais, des Chinois et des Institutions de Bretton Woods. Quand on est élu par la fraude, on ne peut pas combattre l’affairisme, le népotisme. Ces phénomènes deviennent des modes de gouvernance qu’il convient de contrôler.

L’inter de Bamako : Le régime est décrié pour des raisons que les cadres au pantalon troué occupent les postes de responsabilité alors que les meilleurs sont mis au garage.

ATT : Mais je ne comprends pas! Ce sont ces mêmes pantalons troués qui ont fait la révolution du 26 mars 91 et vont continuer toujours à être déterminants dans la gestion du pays.

Quand Moussa a été renversé, son UDPM s’est transformée en ADEMA PASJ et quand moi je suis venu, l’ADEMA m’a soutenu et une partie s’est transformée en Mouvement Citoyen composé des gens qui ont le pantalon vraiment troué, peur d’être emprisonnés.


Par Moustapha Guitteye

20 Octobre 2008