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La 2e Conférence africaine sur l’assainissement et l’hygiène « Africasan 2008 » s’est déroulée, du 18 au 20 février, à Durban en Afrique du Sud. Le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement du Mali, Alassane Ag Aghatan, son Conseiller Technique, Moulaye Farota et le patron de la Direction nationale des contrôles de pollution et des nuisances (DNACPN) Cheickné Sidibé, ont représenté le Mali à cette importante rencontre.

Dans une interview qu’il nous a accordée dans sa chambre d’hôtel à Durban, le ministre Aghatan n’a pas manqué de saisir l’occasion pour appeler les populations maliennes à se rendre compte qu’un cadre de vie non assaini constitue une menace et pour leur santé et leur économie.

L’Indépendant : A Durban se tient la 2e Conférence sur l’assainissement. En ce moment le Mali est confronté à d’énormes problèmes d’assainissement. Quelles sont les raisons de votre séjour à Durban?

Alassane Ag Aghatan: Notre présence à Durban se justifie par notre volonté de développer le partenariat au niveau international ou même régional pour trouver une solution, dans le futur, aux problèmes d’assainissement au Mali.

Aujourd’hui, la gestion des ordures ménagères, des déchets solides et même liquides constituent un casse-tête pour l’Etat. L’assainissement est un problème dont les politiques doivent se préoccuper. Car, il est en amont de tout. C’est la condition sine qua non du développement. Celui-ci ne peut être promu que par un peuple en bonne santé.

A Durban ici, nous sommes en train de partager des expériences avec des pays participants les plus avancés en matière d’assainissement, particulièrement des pays européens, asiatiques aussi ceux de l’Afrique du Nord. Ces pays nous ont proposé des stratégies qui seront aujourd’hui ou demain, des solutions que nous allons adopter.

Avez-vous choisi quelle solution parmi les propositions de Durban?

J’ai été particulièrement ému par l’expérience tunisienne. Ce pays a une longueur d’avance en matière de l’assainissement. L’Etat tunisien a investi beaucoup d’argent pour le traitement de toutes les eaux. Celles-ci sont collectées, traitées et réutilisées dans l’agriculture.

S’agissant des déchets, la Tunisie les transforme pour produire de l’énergie.

Cette expérience tunisienne est extrêmement importante. D’une part, elle nous permet de résoudre les problèmes d’hygiène, d’autre part, ceux l’assainissement. Je crois que si nous partons à l’école tunisienne, nous pourrons assainir le cadre de vie des populations.

De nos jours, Bamako ne dispose que d’une dizaine de réseaux d’égout. Ce qui est insuffisant pour drainer toutes les eaux usées de Bamako qui déversent dans les eaux du fleuve Niger sans traitement. Votre département est-il- en train d’envisager une solution au déficit d’égout? A-t-il pensé à trouver une solution à la pollution du fleuve Niger?

Je pense qu’actuellement les autorités, au plus haut niveau, sont conscientes de ce problème. Il y a, aujourd’hui, une volonté politique manifeste pour trouver une solution au déficit de réseaux d’égout au Mali en général, mais de Bamako en particulier.

Force est de reconnaître que les réseaux d’égout de Bamako ne fonctionnent pas bien. Ils ne sont pas raccordés à une station de traitement. Avec l’appui de certains partenaires, en occurrence les Pays-Bas, Bamako est sur le point d’être doté à une station d’épuration en construction dans la zone industrielle. Ce dispositif va jouer un rôle extrêmement important dans la lutte contre la pollution du fleuve Niger.

On peut envisager deux stations sur la rive droite et deux sur la rive gauche pour permettre de récupérer toutes les eaux usées.

S’agissant de la pollution du fleuve Niger, il convient de souligner que le problème se pose avec acuité. Les eaux de pluies, les eaux usées qui partagent les mêmes caniveaux se déversent dans le fleuve Niger sans être traitées. Ce qui expose le fleuve à la pollution.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une partie de la population de notre pays consomme directement l’eau du fleuve. Conséquence, c’est l’explosion des maladies d’origine hydrique. Voilà des choses qui font qu’aujourd’hui il est nécessaire de trouver les dispositifs qui traitent les eaux avant qu’elles se déversent dans le fleuve ou même avant de les réutiliser.

Quel est le coût de la station d’épuration en construction?

C’est une station qui coûtera plus de 2 milliards de F CFA. C’est un équipement qui va révolutionner la façon dont nos usines marchent. Elle est capable de recevoir toutes les eaux usées et des usines situées dans la zone industrielle et des populations du quartier.

Maintenant, le défi qui se pose à nous, c’est de convaincre les populations à se raccorder à cette station qui demande un coût. Les gens vont devoir payer le prix de raccordement et de traitement. « C’est la solution de demain, nous sommes obligés d’aller vers cela« .

Aujourd’hui, l’Etat investit beaucoup d’argent dans la santé des populations. Idem pour l’éducation. Cependant, il ne met pratiquement rien dans l’assainissement. Le budget national consacré à l’assainissement est de l’ordre de 0,02%. Depuis votre arrivée à la tête du département, avez-vous déjà entrepris des actions de nature à tirer le budget de l’assainissement au Mali par le haut?

Je pense que l’Etat consentit beaucoup d’efforts dans l’assainissement. Malgré tout, beaucoup reste à faire. Vous avez remarqué à l’atelier que beaucoup d’Etats africains financent l’assainissement. Le Mali doit aussi réfléchir à financer le secteur mais pas entièrement. Les collectivités ont normalement en charge l’assainissement de leur cadre de vie. « Nous sommes dans un processus de décentralisation« .

Malgré le non-transfert des ressources, les collectivités ont des ressources -humaines, financières- au moins pour commencer le travail.

Je pense que les communes, l’Etat et les partenaires au développement doivent travailler en synergie pour promouvoir l’assainissement.

Depuis ma prise de fonction à la tête du département, je suis en train de me battre comme un forcené pour avoir l’appui du gouvernement. Aujourd’hui, le président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement sont tous acquis pour la cause.

Dans l’immédiat, quel est votre projet?

Dans l’immédiat, je voudrais trouver la solution à la question de la pollution du fleuve Niger. Car l’eau que nous consommons est tirée à partir de ce cours d’eau. La question de pollution, de gestion des ordures solide, d’information et de sensibilisation sont, aujourd’hui, mes priorités. Il faut savoir que les gens ne sont pas encore conscients des dangers de la pollution. C’est pour cette raison qu’ils posent des actes contraires au réflexe normal de la protection de l’environnement de la lutte contre la pollution tous les jours dans la ville.

Il faut sensibiliser les populations afin qu’elles
comprennent que l’assainissement est une question qui concerne leur santé et pose aussi l’équation du développement en général.

Ma première ambition, c’est d’amener les populations à développer le réflexe de l’assainissement et de faire de la lutte contre la pollution une priorité.

Secundo, c’est d’aller vers un plan d’action, mobiliser les financements au niveau de nos partenaires au développement afin de poser les vrais actes. C’est-à-dire mettre en place des unités de traitements cohérents des eaux.

La mairie de Bamako semble disposée d’un fonds destiné à subventionner des populations afin qu’elles se dotent des latrines modernes. Malheureusement, nombreux sont ceux qui ne sont pas au courant de l’existence de cette enveloppe. Pourquoi le département n’initie-t-il pas une campagne d’information à l’endroit des populations?

J’ignore comment les choses fonctionnent à la mairie. Celle-ci est une entité souveraine qui a son autonomie financière et de gestion. Tout ce que je sais, c’est que les fonds qui sont mis à la disposition de mon département, à travers la DNACPN, permettent à certains niveaux de subventionner l’assainissement en construisant des latrines, des puisards. Toutes les familles qui veulent bénéficier d’un système d’assainissement paient un tiers et la DNACPN paie les deux-tiers.

Les gens postulent à la subvention, mais il faut reconnaître que dans notre pays, le problème d’assainissement reste lié à la pauvreté. Même pour payer à 1500 ou 2000 les GIE par mois pour qu’ils viennent ramasser des ordures, nombreuses sont les familles qui sont incapables de s’abonner.

« Je pense qu’il est dangereux pour nous d’aller vers une subvention à 100%. Il faut que les gens contribuent, qu’ils se sentent concernés. C’est à ce prix qu’ils vont s’investir pour entretenir le dispositif. Il faut que les gens y participent« .

Quel est votre mots de la fin ?

J’invite la presse à sensibiliser davantage et le pouvoir public et les populations. Il faut que les populations comprennent qu’un cadre de vie non assaini constitue une menace importante pour leur santé et pour leur économie. Mon département est en train de préparer l’organisation d’un atelier sur l’assainissement à l’intention des journalistes africains de l’environnement.

Notre objectif, c’est de porter suffisamment à la connaissance du plus grand nombre des Maliens que la question de l’environnement, de la pollution et de l’assainissement sont incontournables dans le développement socio-économique.

Que cette question ne peut être gérée uniquement par l’argent mais par un changement de comportement. Je termine en disant ceci : « l’environnement d’un pays est révélateur du comportement des populations de ce pays« .

Réalisé par Abdoul Karim Koné ą Durban en Afrique du Sud

26 Février 2008.