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« Dans la distribution des postes les jeunes ne sont pas assez récompensés« 

Dans une interview qu’il a bien voulu nous accorder, le président du Conseil national de la jeunesse (CNJ), Siriman Traoré, nous évoque les préoccupations de la jeunesse malienne et dévoile également les voies et moyens pour résoudre ces problèmes. Pour lui, il faut une participation effective de la jeunesse aux instances décisionnelles. Car à le croire,  » ce sont les jeunes qui vont au charbon dans les départements ministériels, des grandes entreprises, des centres de santé et ne sont jamais pris en compte au moment des récompenses « .

L’Indépendant : En tant que premier responsable des jeunes, comment la jeunesse malienne se porte-t-elle ?


Siriman Traoré :
La jeunesse malienne fait, aujourd’hui, l’objet d’une attention particulière de la part de nos autorités. Cela est sous-tendu par de nombreux programmes et actions qui ont été entrepris pour la prise en charge de ses préoccupations. Force est aussi de reconnaître que, malgré ces belles initiatives, cette jeunesse reste toujours confrontée à d’énormes difficultés.

Peut-on savoir pourquoi?

Il est clair que la jeunesse malienne souffre du chômage et de l’analphabétisme. Il est aussi évident que la délinquance, la drogue, le sida et bien d’autres maux la minent. C’est pourquoi, nous avons récemment adressé un mémorandum aux autorités pour la participation effective des jeunes aux instances décisionnelles.

Si nous avons élaboré ce mémorandum, c’est que nous sommes partis du constat que la jeunesse malienne regorge aujourd’hui des valeurs et des compétences qui lui permettent de jouer un rôle-clé dans la gestion du pays. Vous conviendrez avec moi que cela se justifie aisément à travers le dynamisme des jeunes cadres qui exécutent avec bravoure, l’essentiel des tâches au sein des cabinets ministériels et d’avocats, dans les grandes entreprises, dans les centres de santé, bref à tous les niveaux de la vie nationale et ne qui ne sont jamais pris en compte au moment des récompenses.

S’ y ajoute le fait que de nombreux brillants jeunes de la diaspora malienne hésitent aujourd’hui à venir s’installer au pays à cause du déficit de perspectives de valorisation.

En élaborant ce mémorandum, nous nous sommes surtout inspirés du contexte politique national qui se caractérise, d’une part, par une volonté politique manifeste des plus hautes autorités en faveur de la jeunesse, et, d’autres part, par des injustices faites aux jeunes dans les formations politiques qui ne leur permettent pas d’émerger. Cela se constate pendant les élections.

Il faut noter aussi que seule une utilisation efficiente des compétences de la jeunesse permettra à notre pays de faire face au dépeuplement annoncé de sa fonction publique qui perdra selon les statistiques, plus de 48% de ses effectifs d’ici à 2015.

En tout cas, dans la distribution des postes, les jeunes ne sont pas assez récompensés.

Quelle suite les autorités ont donnée à ce mémorandum ?

Elles n’ont pas encore donné de suite, mais nous espérons qu’elles tiendront compte des préoccupations et vœux que nous avons soulevés.

Monsieur le président, certaines associations soutiennent que le Conseil les étouffe, en un mot les piétinent, dans leur domaine d’intervention. Qu’en est -il au juste?

Je suis vraiment surpris par ce reproche. Je tiens d’abord à vous préciser que le Conseil est un condensé des associations à la base. Ce sont ces différentes associations qui participent aux remembrements du CNJ. C’est pour vous dire que nous travaillons pour les associations. Notre rôle c’est de servir également d’interface entre l’Etat et les organisations de jeunesse. Pour preuve chaque jour que Dieu fait, une association sollicite notre aide. Pour résumer tout cela, je dirais que nous avons comme mission l’accompagnement et l’assistance des associations de jeunesse. Donc, on ne peut œuvrer pour la promotion d’une chose et vouloir également sa destruction.

L’école malienne est en proie à de nombreuses crises depuis quelques années, qu’en pensez vous ?

Je suis d’accord avec vous, l’école malienne est vraiment malade. Selon moi, elle souffre de trois maux essentiels.

D’abord, l’inadéquation entre l’enseignement dispensé et les besoins réels de la jeunesse.

Ensuite, elle souffre du décalage qui existe entre les effectifs d’élèves, d’étudiants, d’enseignants et les moyens logistiques, pédagogiques et même financiers disponibles pour la prise en charge des nombreux besoins de ceux ci.

Enfin, depuis quelques années on constate, malheureusement, que les élèves et étudiants sont des victimes innocentes des crises syndicales qui se caractérisent par des rétentions arbitraires de notes et qui se soldent toujours par des heures de cours perdues

Je pense qu’il faut d’abord finir avec la gestion spontanée ou passagère des problèmes. A mon avis, il y a lieu aujourd’hui de mettre autour d’une table tous les acteurs de l’école: Etat, parents d’élèves, partenaires techniques et financiers, société civile, syndicats d’enseignants et AEEM pour engager le débat sur tous les problèmes de l’école afin de dégager des solutions idoines et pérennes.

Et à la Faculté de Médecine ?

Je crois qu’il faut privilégier le dialogue. Cela est possible et peut s’avérer payant. Cette option exige d’abord l’élargissement des étudiants emprisonnés, ensuite le réexamen des mesures qui sont à la base de cette crise qui n’a que trop duré.


Quelle appréciation faites-vous de la situation au Nord-Mali ?

Pour moi, ce qui se passe au Nord du Mali est une situation qui est loin d’être une rébellion, c’est plutôt une recrudescence du banditisme de grand chemin qui doit nécessairement être perçu et traité comme tel.

Il revient donc aux autorités de notre pays de s’assumer et d’entreprendre toutes les actions pouvant ramener la paix au Nord.

A mon sens, rien ne peut justifier, aujourd’hui, ces actes après la signature de l’accord Alger.

Entretien réalisé par Kassoum THERA

19 septembre 2007.