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Il est établi depuis Kankou Moussa et Aboubakary II que les Maliens voyagent loin. L’empereur du Mali a effectué à la Mecque le pèlerinage le plus fastueux de l’histoire, son descendant Aboubakary découvrit l’Amérique, avant Christophe Colomb, et tous les historiens noirs américains vous le diront. Depuis, près du tiers des Maliens, comme irrésistiblement poussés par l’appel insistant du «grand large», vivent à l’extérieur ; mais très peu ont fait le tour du monde.

Mamadou Diawara dit «Jo» lui l’a fait. Pendant près de 20 ans, ce «tounkaranké» qui est un mélange de Sindbad le marin et de Wangrin, truculent personnage de Hampâté Bah, a sillonné les cinq continents.

C’est cet homme riche de mille émotions et de milles expériences, la tête pleine de souvenirs et d’anecdotes que nous avons rencontré et nous lui avons demandé comment fait-on le tour du monde quand on est Malien et qu’on 18 ans. Suivez le… guide.

Le Républicain : Monsieur Diawara qui êtes-vous. Présentez-vous à nos lecteurs.

Jo Diawara : Je m’appelle Mamadou Diawara, je suis né le 16 février 1945 à Nioro du Sahel. Je suis allé à l’école en 1952 et deux ans après, j’en suis parti pour m’exercer au métier de négociant. C’est à cette époque qu’au sortir d’une séance de cinéma de brousse, mes copains m’ont surnommé JO MADIGANE du nom d’un personnage de film western. Aujourd’hui encore, à 63 ans, ils refusent de m’appeler autrement.

Plus tard, en 1963, j’entrepris mon premier voyage à destination de Bamako où je suis arrivé un jour de finale de la coupe du Mali. Je m’en souviens toujours parce que je suis un mordu du football et le football, sans y avoir jamais joué a modifié ma vie ; vous le verrez plus tard. Donc, je suis arrivé dans la capitale le jour de la grande finale que le Stade malien à livrée contre l’Avenir de Ségou et qui s’est soldée par un score de 6 buts à 3 en faveur du Stade.

Mes affaire m’ont ensuite conduit à résider à Ségou (je vendais des pagnes wax hollandais) et comme Sidiki Diarra et Fousseyni Bléni, je suis devenu un grand fan de l’Avenir de Ségou. Survint le coup d’état militaire du 19 novembre 1968 qui a désorganisé et le pays, et le commerce… ça ne marchait plus ; alors je suis parti à Abidjan en Côte d’Ivoire.


L’inconnue du PARC DES PRINCES

Et c’est là que l’aventure va commencer ?

Oui. Je suis parti à Abidjan, mais je n’y suis pas resté longtemps. Des parents en France m’avaient envoyé le prix de transport pour rallier la France et le 23 décembre 1968, j’embarquais à bord du bateau «le Général MAGE». Nous avons fait escale à Dakar au Sénégal, à Casablanca au Maroc (dès que j’y suis arrivé, j’ai compris que je changeais de monde tant c’était bien construit, propre et agréable), à Las Palmas le 1er janvier 1969, puis à Marseille.

A l’époque, c’était un événement, surtout pour un jeune sahélien de Nioro vendeur de pagnes au village et à moitié analphabète. A cette escale, j’ai pris le train pour me rendre à Paris où j’étais logé au foyer de la rue BARA. Paris pour moi, ce n’était pas le pays du grand Charles De GAULE que je connaissais à peine, mais la ville mythique PARC des PRINCES.

A mon arrivée, je ne vivais que de petits boulots dans les restaurants ou sur des chantiers de BTP et ma passion du football occupait tout mon loisir. J’avais 24 ans, insouciant et heureux de rencontrer les grands du football français.

Un jour, j’étais au célèbre stade «le Parc des PRINCES» où s’affrontaient le Racing Club de Paris et l’équipe de Strasbourg. A la mi-temps, je suis allé acheter des rafraîchissements et j’en ai offert spontanément et en toute sportivité à ma voisine que je ne connaissais pas et avec qui je n’ai échangé aucun propos. A la fin du match, alors que je regagnais mon foyer d’immigrés à pied, peut-être par reconnaissance, elle a offert de m’accompagner.

Trois jours plus tard, alors que j’étais parti à Liverpool en Angleterre suivre un match de mon équipe favorite l’Ajax d’Amsterdam, elle est revenue au foyer et a laissé à mon intention sa carte de visite. La carte portait le nom d’Hélène Delmas qui n’était autre que la fille de Léon Viljeux, grand armateur qui donna son nom à la célèbre compagnie de navigation d’acconnage et de transit Delmas Viljeux.

C’est à partir de cette rencontre, somme toute fortuite, que l’aventure du bout du monde va véritablement commencer et dont le point de départ a été donné au… Parc des Princes.

Hélène Delmas m’invitera dans sa famille très bourgeoise du 6è arrondissement de Paris où elle me conduira à l’occasion de son anniversaire. Et pour la première fois, j’étais confronté à l’hostilité manifeste de la richissime famille qui visiblement n’avait pas de place réservée à un nègre des champs. Mais, après quelques explications et clarifications, je fus adopté. On me présenta même des excuses et les modestes cadeaux dont j’étais chargé furent appréciés du fait de leur authenticité africaine.

En me raccompagnant, ma nouvelle amie me demanda ce qu’était mon travail. Je lui répondis : petits boulots ! Quelques jours plus tard, elle me remit la somme de deux mille francs français (soit 200 000 F Cfa) ainsi qu’une lettre de recommandation à présenter au chantier naval de Dunkerque. Après avoir reçu l’aval de mes parents du foyer dont notre doyen Boubacar SAKO, comme c’est la coutume, me voici à Dunkerque…


Les marins disent : «en avaaaant tooute !!!»

Tout juste ! Les formalités de mon embauche furent rapidement expédiées et me voici matelot à bord de la «Côte du Nord» en rade au port de Bordeaux. De là, nous sommes allés à Hambourg en Allemagne, puis direction Abidjan en Côte d’Ivoire.

Ce premier voyage qui a duré 38 jours me conduira ensuite à Takoradi (Ghana), Lomé (Togo), Cotonou (Bénin), Sainte Elisabeth (actuel Malabo), Bata (Guinée Equatoriale), Douala (Cameroun), Libreville (Gabon) Pointe Noire (Congo Brazzaville), au Cabinda et Loputo en Angola. De Luanda, sa capitale, nous sommes allés à Port Elizabeth en Afrique du Sud, puis ce fut le retour à Marseille, puis Cannes la célèbre ville du cinéma et Monaco la principauté, le Rocher des Grimaldi où plusieurs années plus tard, mon cousin, le malien TIGANA sera entraîneur et conduira l’AS Monaco au sacre de la coupe de France.

Quel voyage !!! Et c’est toujours comme ça ?

Toujours, mais nous changions souvent de navires et de destinations. Notre travail de matelot résidait essentiellement dans l’entretien du bateau. Nous n’étions pas des dockers, des manutentionnaires. Nos bateaux étaient exclusivement réservés au transport des matières premières pour la métropole : billes de bois, coton, arachide, cacao, café, fer, cuivre, aluminium, etc. ou de produits finis pour l’Afrique et l’Amérique.

Je voudrais aussi vous parler de mon deuxième périple, car j’avais commencé à mieux maîtriser la mer et à gagner en assurance parce que mes horizons commençaient à s’élargir très considérablement. J’étais plus à l’aise pour observer.

Le deuxième voyage me fit découvrir Amsterdam le sanctuaire de l’Ajax en Hollande, c’est la ville qui m’a le plus plu au monde ; la Belgique, l’Allemagne où nous nous sommes arrêtés à Brème, grande ville de football, puis Tirana, la capitale de l’Albanie, Varsovie en Pologne. Nous avons aussi fait escale à Bilbao et Barcelone en Espagne, puis à nouveau l’Afrique : Lagos au Nigeria, Sao Tomé et Principe, le Kenya, la Tanzanie à nouveau, le Cameroun (le peuple le plus sympathique au monde)

Plus tard au cours de mes autres passages, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance du célèbre footballeur MBA PELEPE que le Réal de Bamako et sa vedette DOMINGO connaissent bien), le Congo. A Madagascar, j’ai été très surpris de rencontrer beaucoup de Maliens. Il s’agissait pour l’essentiel d’anciens combattants de l’armée française qui ayant épousé des femmes malgaches, ont décidé de s’installer sur la grande île, à Tananarive. Je me souviens d’un d’entre eux qui venait de Ségou Bougoufié et dont les enfants parlaient un excellent bambara.

Parce que je m’étonnais de son éloignement du pays, il partit d’un grand rire et me dit : «mais, mon bougre de Malien, il y a même un de mes frères qui est ministre ici ; il s’appelle Jacques Sylla… Tu sais, l’Afrique, c’est l’Afrique, point à la ligne !».

Pendant tout le trajet de retour, je ne cessais de me répéter, l’Afrique, c’est l’Afrique…eskeeye !!! Et encore aujourd’hui, je me demande si l’Afrique a compris les propos de ce vieux bidasse.


«L’Afrique … c’est l’Afrique !!!»
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Bref, au total, j’ai voyagé un nombre incalculable de fois, j’ai visité 113 pays et fait 20 fois le tour du monde en 19 ans de marine marchande !


Le tour du monde ? N’exagérons rien, tout au plus, vous avez fait escale dans des ports ; vous étiez seulement de … passage !

(Protestations) Ah non ! Ah non ! Pas du tout, mon jeune ! Il y a un proverbe bien de chez moi qui dit : «quand on a été ânier pendant 20 ans, à moins de comprendre le langage des ânes, à tout le moins, on saura les chemins de traverse !». Eh bien, nous étions trop curieux pour rester à bord et puis, on avait la permission sans relâche.

En fonction du temps d’escale, nous faisions tous les tours : les tours de nuit comme les tours de jour. On rencontrait des gens, on se mélangeait à eux, on nouait des amitiés, il y en avait même qui se mariaient.

On visitait comme des touristes (avec l’aide des enfants et des dockers sur place), on se faisait raconter les histoires des cités et des pays et parfois, comme vous allez le voir, on était des témoins et des acteurs. Les familles nous recevaient et écoutaient ces hommes venus de loin qui ont tant vu. Une fois revenu à bord, le soir, chacun racontait la portion d’expérience qu’il a vécue ou ce qu’il a vu et entendu.

Nous étions devenus de vraies encyclopédies et des almanachs des mers! Un jour je ferai de tout ceci un livre !

La capitale mondiale du cuivre

Vous avez donc parcouru l’Europe et l’Afrique. Comment êtes-vous arrivé en Amérique ?

Le voyage en Amérique, je le dois au cuivre. Je l’appelle le voyage du cuivre (vous savez ce métal avec lequel on faisait les câbles téléphoniques).

Nous venions de charger du cuivre en Afrique du Sud mais nous n’avions pas atteint la quantité souhaitée. L’ordre alors a été donné de nous rendre au Chili, en Amérique du Sud pour embarquer la quantité manquante (le Chili était le premier producteur mondial de cuivre) et me voici à Santiago du Chili au moment où se livrait une lutte féroce entre le pouvoir socialo-communiste de Salvador ALLENDE et la junte militaro fasciste d’Augusto Pinochet qui finira au ban de la société des nations démocratiques.

J’ai visité 113 pays et fait 20 fois le tour du monde en 19 ans de marine marchande.

C’est donc du Chili que je suis arrivé pour la première fois aux Etats-Unis d’Amérique à New York en 1972. J’ai aussitôt fait la comparaison a avec Paris qui paraissait un mouchoir de poche à côté de cette mégalopole et j’ai décidé que Paris était meilleur (malgré l’excellent cabaret : Les Cloches de New York) sans doute à cause de la saleté repoussante du métro new-yorkais et de l’insécurité que j’imaginais. A New York nous avons embarqué des tas de véhicules de marque FORD destinés à l’Angola et le cuivre chilien a été débarqué à Nice en France.

Plus tard, j’ai eu l’occasion de visiter la Floride, l’Alabama, Los Angeles où j’ai été me promener du côté de Hollywood, la capitale mondiale du cinéma. J’ai vu aussi l’Argentine de Diégo Armando Maradona, le Mexique, la Colombie ainsi que Haïti au moment où sévissaient DUVALIER père et ses tristement célèbres escadrons de la mort : les tontons macoutes qui exécutaient à la machette leurs concitoyens. Là j’ai vu la méchanceté des hommes !

Il faut dire que je suis revenu plusieurs fois dans ces contrées où j’ai pu parfaire mon observation des hommes et des pays.


Le tour du monde a continué et vous avez touché l’Orient et l’Australie ?

J’étais au KOWEIT voisin quand le Roi FAYCAL d’Arabie Saoudite a été assassiné par un membre de sa famille. Je venais d’Anvers en Belgique. Ça été un grand choc pour moi car je n’imaginais pas qu’on puisse assassiner dans le pays où des millions de musulmans viennent faire leur dévotion. Plus tard, je compris qu’on était en politique et dans l’exercice du pouvoir, alors ! Ce jour là, je me suis souvenu que j’ai vu mourir aussi le Général Franco d’Espagne, j’étais à Las Palmas.

Je suis allé deux fois en Arabie Saoudite. J’ai voyagé au Liban, le pays du cèdre millénaire que les guerres ont dévasté, aux Emirats Arabes-Unis, au Sultanat d’Oman, aux Philippines (c’est là que j’ai été définitivement convaincu par l’Islam), à Hong-Kong, non encore rendu à la Chine, etc.

En Australie j’ai commencé par la Nouvelle Calédonie et j’ai vécu presqu’en direct les événements de Nouméa avec Jean Marie TCHIBAOU (Jacques CHIRAC était Premier ministre) qui réclamait l’autonomie pour son peuple, les Kanaks… Il finira assassiné.

Vous savez c’était d’autant plus aisé pour moi de faire le tour du monde que je travaillais dans une société navale de 114 navires, couvrant l’ensemble des destinations : Montréal, Toronto au Canada à bord du bateau «LEON VILJEUX», Bahreïn, Tokyo au Japon et beaucoup d’autres.


Ma richesse, voir le monde !

Quel esprit vous animait pendant ses voyages ?

J’étais jeune et insouciant, je voulais connaître le monde, il m’importait peu d’être matériellement riche. J’aurais pu l’être mais le plus important était de subvenir aux besoins de la famille restée au pays. C’est cela ma grande satisfaction.

J’ai la conscience tranquille d’avoir fait ma part de fils béni, mes parents n’ont manqué de rien. Je n’étais pas instruit et je voulais prendre ma revanche sur l’école en allant apprendre le monde et la vie par d’autres moyens, toucher par l’expérience ce que les livres enseignaient et je puis vous dire que je suis titulaire de doctorat à ma façon. Ne dit-on pas qu’«il vaut mieux voir une fois que d‘entendre cent fois ?». Je ne regrette rien. Pour moi, l’argent n’a d’autre raison d’exister que pour être dépensé,… bien dépensé !


Vous avez au cours de ces longues années rencontré beaucoup de personnes. Qu’en avez-vous retenu ?

J’ai effectivement rencontré beaucoup de personnes. De mon compagnon de voyage André l’ivoirien à mon ami français LOSAQUE Berger en passant par le Capitaine du «TENERIE» Amond Bernard qui fut un vrai père pour moi et avec qui longtemps je suis resté en contact, sans compter un nombre très élevé de personnes, des anonymes au grand cœur.

J’ai compris deux choses : premièrement partout les hommes sont pareils mais s’ils sont complémentaires ils ne sont pas pour autant interchangeables… loin s’en faut ! C’est même pourquoi je ne me suis pas marié à l’étranger pour ne pas me laisser happer et risquer de me perdre. Je suis musulman et polygame et selon la sunna j’ai trois épouses toutes originaires de mon pays.

Deuxièmement, c’est au cours de mes voyages que j’ai découvert l’islam. A trois occasions, alors que la religion n’était pas du tout ma préoccupation j’ai vu en rêve le prophète Mohamed (PSL). J’ai compris que le moment de Dieu était venu, j’ai pris un congé et je suis parti par mes propres moyens en Egypte, au Soudan, au Pakistan et à la Mecque pour apprendre à connaître la religion.

Ma passion du football ne m’a pas pour autant quittée et j’ai rencontré deux fois Joan Cruff le magicien hollandais du ballon rond. J’ai vu jouer le Roi PELE au Parc des Princes à Paris dans un match qui l’opposait au Malien Salif KEITA dit DOMINGO : une sélection de Marseille/Saint Etienne jouait contre le Santos.

Un jour, un bateau anglais était échoué et nous avions secouru son équipage, au port de Londres où il débarquait. Le Premier ministre anglais de l’époque, Harold Wilson, est venu nous remercier.

Charles Hernu, Député-maire de Lyon, Ministre français de la Défense tenait un meeting quand il a fait une crise cardiaque alors que nous l’écoutions…

J’ai vu beaucoup de choses et je suis même allé en prison !

Après l’aventure, la mésaventure

En prison Doyen ! Mais pourquoi ?

(Rires). C’était à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud en particulier à Port Elisabeth. L’ANC se battait mais Nelson Mandela était toujours en prison à Robert Island. Je suis allé au cinéma avec mes camarades PAPAGO l’italien et HAMOS le portugais, je ne savais pas qu’il était interdit aux noirs de fréquenter les salles de cinéma et de se promener sans «laisser passer». J’ai été arrêté et conduit en prison. Le lendemain mon commandant m’a fait libérer. Quel pays injuste que c’était que cette Afrique du Sud de seulement 1980.

Il en fallait cependant plus pour me décourager et j’ai quand même visité Pretoria, le Cap, Johannesburg, Windock…

En 1981, en pleine guerre du Shaba j’ai été fait prisonnier pendant 17 jours au Zaïre de Mobutu Sessé Seko, dans la province de Kisangani pour défaut de visa et accusation d’espionnage au profit de la rébellion.

En réalité, dans ma quête religieuse (j’ai pris dix-huit mois de congés pour cela), parti du Mali où je revenais chaque deux ans pour quarante jours, je suis arrivé au Ghana où l’Ambassadeur Kibli Demba m’a donné un visa pour l’Egypte et le Soudan. Du Soudan, par train, je me suis rendu au Zaïre pour rallier Kigali (Rwanda) et y prendre l’avion pour Paris.

J’ai été libéré grâce à l’intervention du grand frère Almamy Camara un malien de Nioro fort connu et respecté. J’ai eu chaud !


D’autres souvenirs, Doyen ?

Que vous dire !?… Ah j’étais à Dakar au Sénégal en partance pour Conakry où on devait débarquer 11000 tonnes d’engrais quand est survenue l’agression portugaise contre la Guinée de Sékou Touré. Il était un héros de la lutte contre l’impérialisme en Afrique. J’étais très attristé et ce jour je suis resté à bord. C’était ma façon de protester.

J’ai vu LECH Valessa sur les chantiers navals de GDANSK en Pologne qui se battait pour instaurer la démocratie dans son pays. Il en deviendra le président mais au départ c’était un ouvrier qualifié dans la construction des bateaux, donc presqu’un collègue !

Converti à l’Islam.

Je suis tombé malade une fois à Bujumbura au Burundi et un Docteur Tutsi du nom de DISMAS me soignait, quand il m’a entendu parler du bon français malgré le peu de temps passé à l’école il n’en revenait pas d’entendre un malien parler si bien. Pour lui, tous les Maliens étaient ces analphabètes qui baragouinaient sa propre langue maternelle au marché. J’ai dû lui expliquer que le Mali est un des pays le plus pourvu de cadres de l’Afrique. Nous sommes devenus amis et je l’ai converti à l’Islam.


L’avenir de l’Afrique est en Afrique

Dans les années 70, le plus célèbre animateur de radio s’appelait Georges Colinet, il est même venu au Mali dans la foulée du festival de Woodstock, c’était notre Claudi SIAR d’aujourd’hui sur RFI. Il était camerounais et officiait sur la Voix de l’Amérique. Eh bien par admiration pour lui, je suis allé rendre visite à sa mère au quartier New Bell à Douala et je le lui ai fait savoir par lettre.

J’ai vu jouer MEICH-KEN !

Mais mon plus beau souvenir reste mon amitié avec Mme Hélène Delmas, une Grande Dame, un grand cœur. Elle est venue deux fois au Mali me voir, ma famille et moi ! La dernière fois pour me présenter ses condoléances à l’occasion du décès de ma mère en 1979. Elle vit à Londres où elle est mariée. Encore aujourd’hui, nous nous parlons.


Quel est le voyage le plus lointain que vous avez entrepris ?

J’ai été au Pôle Nord en 1976 en provenance de Papouasie Nouvelle Guinée, une possession française, en passant par la Nouvelle Zélande et le Timor Oriental. J’y suis allé à bord du «El Donia Delmas» pour y débarquer des marchandises.


Que dites-vous à ceux qui ont 18 ans aujourd’hui, qu’est-ce que vous pouvez leur enseigner ?

La toute première chose, selon mon expérience, c’est qu’ils étudient bien à l’école. Après la santé, c’est le savoir qui vient. C’est dommage de voir nos enfants mourir sur les chemins d’exil d’Europe car l’Europe et l’Amérique n’ont plus besoin de bras ! Elles ont besoin de têtes, de gens instruits et il est inutile, après s’être formé, d’aller enrichir des pays qui le sont déjà. L’avenir de l’Afrique est en Afrique entre les mains de ses enfants.


Vous êtes de retour au pays natal !

Oui. J’aime bien cette chanson du Wassoulou de Oumou Sangaré : «Tounga dia y ségui kô yé» c’est-à-dire : «le meilleur moment du voyage est contenu dans le premier pas du retour».

Je ne regrette rien pour ma part. Le milliard que je n’ai pas en poche je l’ai dans la tête. Je vis une retraite paisible, je fais un peu de commerce et mon nouveau dada c’est la politique. Depuis dix ans, je milite activement dans un parti parce que, à mon âge, c’est le lieu du choc des idées et ma façon de participer à la construction d’une société malienne prospère.


Un dernier mot, Doyen ?

J’ai un rêve que je voudrais que les autorités de mon pays m’aident à réaliser, je m’adresse aux ministères de l’éducation et celui de la culture. Je voudrais, par des séries de conférences au Mali et à l’étranger, faire partager près d’un quart de siècle d’expériences pour instruire les jeunes.

Je remercie le Tout-puissant et demande aux jeunes de ne pas négliger la religion.


Interview réalisée par S.El Moctar Kounta avec la collaboration de Boukary Daou

03 Septembre 2008