Partager

Nous sommes nombreux aujourd’hui, maliens ou non, à se laisser aller à des réflexions sur la portée de la réunion organisée par la nouvelle présidente de la commission de l’Union Africaine, la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, tenue à Bamako le vendredi dernier, et à laquelle ont pris part les Nations unies, l’Union Européenne, la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest…

Une énième mobilisation de taille en faveur d’une question concernant le Mali, ce pays du Sahel dont la partie Nord est à la discrétion des groupes armés, pour ne pas dire des soldats perdus du Djihadisme. Et comme si cela ne suffisait pas, le Sud du pays est aussi le théâtre d’un effarant jeu à chat entre le personnel politique et des forces militaires (il s’agit des putschistes du 22 mars) entichés de pouvoir.

Bien entendu, la réunion des organisations internationales, continentales et sous régionales sur le dossier malien, à en croire un nombre important de commentateurs, n’est finalement que la démonstration ô combien forte d’une volonté commune de boucler la phase des parlottes, et de s’attaquer au problème réel qu’est la reconquête du Nord. Même si aujourd’hui, à Bamako comme partout au Mali, le cœur du malien lambda bondit d’impatience. Mais avant d’aller loin sur cette question, il faut livrer ce constat, pur de toute naïveté : quoi que le vœu partagé dans l’opinion publique est de voir se préciser une intervention militaire dans l’immédiat, la communauté internationale est déterminée à faire prévaloir les vertus des négociations avec les groupes armés au Nord.

Pour dire les choses de manière plus triviale, ceux que l’éditorialiste du quotidien d’Oran, M. Saadoune, qualifiait récemment de « va-t-en-guerres »(1), ont tout avantage à s’habituer à cette vérité qui consiste à dire que la guerre est la pire des solutions. Et, de fait, c’est cela que la communauté internationale persévère à sous-entendre, au risque de décevoir les attentes.
Au Mali, la peine causée par cette crise ambivalente saute sous la plume.

Et l’on ne se lassera jamais d’évoquer ce peuple qui souffre, qui doute. Un peuple qui éprouve une énorme peine à joindre les deux bouts. Cela me fait repenser aux propos d’une consœur qui m’a fait remarquer, lors d’un récent reportage, qu’au Mali aujourd’hui « on ne vit plus, on existe ! ».

Propos ayant valeur de boutade mais à mon sens qui l’est moins, car indique la profondeur de la déconfiture où est tombée la société à laquelle nous appartenons.

Il n’y a pas que cela, bien sûr. Pour revenir à ce qui a été dit au début de ce texte, il convient de dire que l’épineuse question de l’intervention militaire au Mali concentre les attentions, et est sujet à des interminables polémiques et autres fumisteries. Mais ce qui est saisissant, c’est que le Mali semble devenir un immense « champ d’expérimentation de divers intérêts »(2) pour nombre de pays de la sous région et du Nord. Il suffit juste de prêter bien attention aux multiples sorties de certains diplomates pour le décrypter. Et même la volte-face d’autres.

C’est pourquoi, officiellement, il est difficile de faire le compte des pays qui sont prêts à fournir des troupes au Mali pour l’intervention militaire. Et encore une fois, l’abondance de réserve en dit long. Inutile aussi de revenir sur les propos du Vice-secrétaire général de l’ONU, Jan Eliasson, tenus à cette conférence et qui s’inscrivent dans la même ligne de comportement, qui est de dire aux autorités maliennes d’engager des pourparlers avec les groupes rebelles du Nord dont l’ONU trouve les doléances légitimes. « Il est impératif que ces groupes cessent tout contact avec les organisations terroristes, conformément aux exigences de la résolution 2071 du conseil de sécurité ».

La confusion est importante et mérite d’être problématisée, quand on sait qu’il n’y a au Nord qu’un seul groupe rebelle que sont les « oublieux des bienfaits » du MNLA, Ansardine étant d’obédience islamiste. N’empêche. Mais par ailleurs, dans les analyses qui concernent le Mali, mention est rarement faite de l’obligation impérative que le MNLA comparaisse devant la justice internationale pour avoir commis des crimes de guerre, piétiné les droits fondamentaux de l’Homme.

Aussi faut-il relever que c’est le MNLA qui a attaqué le camp d’Aguelhok (17-24 janvier 2012), fait prisonniers des militaires maliens, qu’il a ensuite abattus froidement. Pourquoi cet état de fait n’est jamais évoqué par la communauté internationale ?

Cela étant dit, l’on ne saurait boucler ce texte sans toucher aux gesticulations qui battent leur plein dans l’arène politique, qui pour signifier son soutien à une intervention militaire, qui pour s’y opposer. La vérité c’est qu’ils sont tous « même pipe même tabac ». Le comble aussi est que d’autres semblent souhaiter que la crise perdure pour qu’ils continuent à se donner en spectacle, à dénigrer l’autre (ce qui est le propre du malien), à jeter la poudre aux yeux…au nom d’un pays dont ils sont comptables de l’effondrement.

La réunion qui regroupait « le monde entier » à Bamako, pour reprendre le ministre malien des affaires étrangères Tièman Coulibaly, signifie une avancée notoire sur le dossier malien. Mais il faudrait qu’il soit demandé au peuple malien son avis sur les prises de certaines décisions le concernant.

(1)- Des va-t-en-guerres et des diplomates bavards, le quotidien d’Oran
(2) Amadou Tiéoulé Diarra, conférence-débat « L’union Africaine et le Règlement des conflits »

Boubacar SANGARE

Le Flambeau du 29 octobre 2012.