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Alors que les Maliens sont impatients de voir leur pays libéré de ses occupants, beaucoup d’obstacles se dressent sur le chemin menant à une intervention militaire immédiate. Après que nous ayons mis du temps à jouer carte sur table, d’autres tergiversations au niveau international lient l’avenir du Mali à des détails.

La libération des 2/3 du territoire malien semble de plus en plus éloignée. Les divergences de vue de la communauté internationale sur une intervention militaire ont convaincu que le bout du tunnel ne sera pas pour bientôt. Le dossier malien devra attendre, pour de grands décideurs du monde, histoire de ne pas se hasarder sur un terrain dont la maîtrise de tous les contours n’est pas une tâche aisée.

Pourtant, beaucoup de Maliens avaient pensé qu’une simple requête de soutien militaire et logistique de nos autorités permettrait d’entrevoir le dénouement de la crise dans un futur proche. Aujourd’hui, les illusions s’envolent et la situation humanitaire s’empire dans les zones sous occupation.

La vérité est que le Mali est plus que jamais dépendant de l’humeur et des intérêts des grandes puissances. Du moment où la Cédéao pouvait elle seule résoudre la question malienne, sans difficultés majeures, l’on est maintenant dans la gueule du loup, avec une ONU hésitante et des « amis » faisant preuve d’incohérences dans leurs actes.

La 67e Assemblée générale des Nations unies, qui a enregistré la participation du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, n’a pas permis de voir clair dans la situation du Mali. Réunis cette semaine à New York, les chefs d’Etat et de gouvernement du monde ont exposé leur vision de la crise malienne.

Des interventions, il ressort que la communauté internationale, dans sa majorité, n’a pas la même lecture de la crise malienne. Pendant que des intervenants pensent qu’une opération militaire urgente est nécessaire pour sauver le Mali et enrayer ainsi une menace transfrontalière, d’autres préconisent la prudence.

Pour l’heure, l’une des rares certitudes est la nomination d’un émissaire spécial pour le Mali même si le nom de ce dernier n’est pas encore connu. Aussi l’ONU prévoit-elle le vote d’une résolution du Conseil de sécurité donnant un mandat d’action à la Cédéao. Cependant, ces deux certitudes peuvent difficilement inciter à l’optimisme quand on sait que beaucoup de combines qui se font présentement en toute discrétion, ne sont pas forcément en faveur du Mali.

La communauté internationale a beau aider le Mali, ses efforts resteront vains si nous ne sommes pas en mesure de les faire fructifier. La situation politico-sécuritaire à Bamako demeure toujours des plus fragiles tant tous les acteurs de la crise malienne n’ont pas le même objectif ; à savoir : la réunification du pays.

Discours confus

Certains hommes politiques et leaders d’opinion essayent encore de détourner l’attention de nos compatriotes de l’essentiel : en réveillant les vieux démons de la division. Les manifestations anti-Cédéao et les manipulations des citoyens ne rendent pas service à la nation en ces moments tumultueux. Dans cette crise, nos objectifs et ceux de nos voisins sont indissociables.

Et s’il y a des patriotes qui ne sont pas d’accord avec les procédés, le meilleur service qu’ils puissent rendre au Mali est de proposer au peuple des pistes plus concrètes et plus efficaces que celles de l’organisation sous-régionale. C’est pourquoi, à analyser l’évolution de notre situation, il est inconcevable de discréditer la Cédéao.

Surtout que des protagonistes de la crise malienne se placent sur la voie tracée par les dirigeants ouest-africains dès les premières heures du coup d’Etat du 22 mars 2012. Ce qui atteste de la pertinence des méthodes de nos voisins, dont les suggestions nous auraient fait franchir un pas non-négligeable dans le rétablissement d’un Mali démocratique, uni et solidaire.

Quoi qu’il en soit, nos forces de défense et de sécurité devront jouer leur partition dans le recouvrement de l’intégrité de notre territoire. Mais, cela ne serait possible que si l’union règne en leur sein. Ce qui demeure un vœu pieux. Pendant que les plaies de la guerre entre les bérets (rouges et verts) peinent toujours à se cicatriser, voilà que les policiers se signalent dans une autre lutte fratricide.

Si les policiers, ne seront certainement pas les premiers sollicités dans la libération du Nord, leur rôle sera déterminant au moment où les militaires seront sur le front. Le Mali gagnerait donc dans l’accalmie dans leurs rangs. Au demeurant, cette vive tension entre policiers illustre l’atmosphère délétère et la division que les événements du 22 mars dernier ont occasionnées chez les porteurs d’uniforme.

Contrairement à ce que le CNRDRE et des responsables militaires essayent de faire croire à l’opinion, beaucoup de problèmes de personne existent dans l’armée, à la police et à la gendarmerie. Il faudrait donc s’atteler à arrondir les angles entre frères d’armes. Cependant, comment pourrait-on arriver à une entente parfaite entre porteurs d’uniforme si ceux qui en sont responsables tiennent couramment des discours approximatifs. Comme s’ils n’étaient pas sûrs d’eux-mêmes.

Les Maliens qui ont suivi les déclarations du ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel-major Yamoussa Camara pendant les récentes négociations avec la Cédéao à Abidjan et après la visite à Bamako du ministre ivoirien délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, se sont rendus compte que le colonel-major Camara a été très vague, réservé, voire atypique dans son rôle.

Il y a lieu de décoder le langage.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

29 Septembre 2012