Partager

Au sein de la classe politique et de la société civile, les acteurs réagissent différemment à la demande d’assistance adressée par le président de la Transition à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest

jpg_une-1032.jpgC’est par les médias internationaux que les Maliens ont appris, tôt hier matin, que le président de la Transition, le Pr. Dioncounda Traoré, avait fait une demande d’aide à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) « dans le cadre du recouvrement des territoires occupés du Nord et de la lutte contre le terrorisme ». Une telle démarche, même si elle n’a pas surpris la plupart de nos compatriotes, a tout de même provoqué des réactions et des commentaires dans l’opinion nationale. Hier, le sujet était quasiment sur toutes les lèvres à Bamako. Au sein de la classe politique et de la société civile, les acteurs n’ont pas non plus tardé à réagir. A la Coordination des organisations patriotiques du Mali (COPAM) qui a toujours rejeté une intervention militaire de la CEDEAO, la demande du président de la Transition a été accueillie avec stupeur. « Nous avons appris à travers la presse internationale que le président Dioncounda Traoré a fait une demande pour l’intervention des troupes de la CEDEAO dans notre pays, ce qui n’est pas notre souhait. Par contre, notre souhait que l’armée malienne soit mieux préparée, mieux équipée pour aller libérer le nord. Elle doit être en première ligne sur les fronts », a réagi le Dr. Adama Traoré, l’un des responsables (très contesté en ce moment) de la COPAM.

Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI) est aussi hostile à toute intervention des soldats de la CEDEAO. Naturellement, le Dr. Oumar Mariko et ses compagnons n’ont pas apprécié la démarche entreprise par le président de la Transition auprès de la communauté sous-régionale. Son secrétaire politique, Nouhoun Kéita, contacté hier au téléphone, était tout simplement en colère. « Notre parti ne veut pas d’une présence militaire de la CEDEAO au Mali. Nous ne sommes pas contre l’aide de la communauté internationale, mais cette aide doit être conforme à notre demande. C’est l’armée malienne qui doit reconquérir les régions occupées. La communauté internationale peut accompagner notre armée en la dotant de moyens logistiques et si elle veut envoyer ses militaires, c’est en couverture aérienne », a-t-il expliqué. Le responsable du SADI pense que l’intervention des troupes étrangères pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le plan social et économique dans notre pays. « Les soldats que la CEDEAO qu’on prétend envoyer dans notre pays ont servi de mercenaires dans certains pays voisins. S’ils débarquent ici, ils vont semer la pagaille partout. Par ailleurs, on n’a pas dit jusqu’à présent qui va financer cette opération », a-t-il argumenté.

Du côté du Rassemblement pour le Mali (RPM) d’Ibrahim Boubacar Kéita, on se refuse à tout commentaire, avant de voir clair dans cette demande du président de la Transition. « Pour le moment, on ne connaît pas la nature de la demande faite par le président de la Transition et ce n’est pas responsable de faire de commentaires », s’est contenté de réagir un des responsables du parti, Boubacar Touré. Il rappelle néanmoins que le RPM n’a jamais été chaud pour une intervention militaire de la CEDEAO dans notre pays. « Dès le départ, nous avons dit que notre pays n’a pas besoin d’une intervention des forces étrangères, mais plutôt de l’accompagnement de la communauté internationale en cas de besoin. Techniquement, c’est l’armée qui évalue ses besoins et elle l’a fait lors des réunions des chefs d’état major de la CEDEAO.

En même temps elle a été claire en disant qu’elle sera en première ligne pour la libération du pays et que les forces étrangères ne peuvent intervenir qu’en terme d’accompagnement », a commenté Boubacar Touré. Même si la Convergence pour sauver le Mali (CSM) n’a pas aimé la façon de faire du président de la Transition, elle ne trouve pas d’inconvénient à l’arrivée des troupes militaires de la CEDEAO dans le nord de notre pays. L’un des responsables de ce groupement, Moussa Mara, qui est également le président du parti Yéléma, estime que la demande du président de la Transition doit répondre à certaines exigences. « La première chose est que la démarche du président Dioncounda Traoré devait être une démarche concertée entre lui, le Premier ministre et les autorités militaires. La deuxième chose est que cette démarche doit s’inscrire dans le cadre d’une collaboration étroite avec la CEDEAO.

La troisième chose est que dans les semaines à venir, il faut mettre en place un dispositif opérationnel à Sévaré pour la reconquête du nord par l’armée malienne en collaboration avec les troupes de la CEDEAO », a-t-il souligné. Nous n’avons malheureusement pas joindre le Front pour la démocratie et la République (FDR). Mais on peut penser que sa position était connue. Dans un communiqué paru dans notre édition du mardi 4 septembre, le FDR demandait instamment au président de la République d’adresser, sans délai, à la CEDEAO, à l’Union africaine et aux Nations unies la requête tant attendue aux fins d’intervention des forces africaines pour aider notre armée à libérer le territoire national.

Madiba Keïta

L’Essor du 6 septembre 2012