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Alors que les préparatifs de l’intervention de la Force africaine sont en cours, le Mnla demande à participer aux côtés de la France. Ce qui semble difficile, voire impossible, vu le passé peu glorieux de ce mouvement indépendantiste pour lequel la Métropole nourrit encore des inquiétudes justifiées.

Un ministre français a déclaré récemment sur les ondes de Rfi que les actions menées au Mali notamment dans le nord par la France ne visent que les groupes islamistes et non les mouvements d’origine malienne. Bien qu’Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghaly soit un mouvement d’origine malienne de surcroit touareg, on aura compris que cet officiel fait référence au Mnla (Mouvement national de libération de l’Azawad), un groupuscule sécessionniste protégé par la France depuis sa création.

Cette déclaration officielle du ministre français fait écho aux élucubrations du député déserteur Ibrahim Ag Mohamed Assaleh qui demande à la communauté internationale de ne pas faire l’amalgame entre son mouvement et les groupes islamistes évoluant dans le nord malien. A ses dires, le Mnla était déjà en guerre avec Aqmi, Mujao et Ansar Eddine, bien avant l’intervention de la France et, éventuellement, de la force internationale. Aussi, demande-t-il encore à participer à l’intervention en cours, aux côtés, non pas de la force africaine, mais de la France.

Ce pouilleux qui erre de capitales africaines en capitales européennes oublie un certain nombre de choses. D’abord, c’est son mouvement qui a requis l’aide des islamistes et terroristes pour déclencher sa rébellion indépendantiste le 17 janvier 2012. Il a longtemps combattu les forces armées et de sécurité maliennes, gagnant plusieurs positions grâce aux islamistes. C’est encore à l’aide de ces terroristes qu’il a pu occuper le nord, principalement la région de Gao.

Faut-il aussi rappeler à ce pouilleux que son mouvement avait pratiquement accepté l’imposition de la charia dans son utopique État indépendant de l’Azawad, et qu’il n’a dû reculer que sous la pression de ses partenaires étrangers et, surtout, du lobby touareg dans le monde. Cette reculade va créer la tension au cours de laquelle le Mnla sera chassé de Gao par son partenaire Mujao puis de tout le nord (Ménaka, léré, Niafunké, etc.).

Bien que composé essentiellement de Touaregs ayant des liens de parenté très étroits avec Iyad Ag Ghaly et ses hommes, le Mnla ne sera pourtant pas défendu par Ansar Eddine. Ces liens de parenté, on les retrouve notamment entre Iyad Ag Ghaly, Bilal Ag Acherif et Alghabass Ag Intallah. Difficile donc de ne pas faire d’amalgame entre un groupe terroriste et jihadiste comme Ansar Eddine et le Mnla d’Ibrahim Ag Mohamed Assaleh.

Ce dernier demande également à participer à l’intervention aux côtés de la France or il est de notoriété publique que le Mnla n’existe plus que par la tête. Il a perdu les bras (ses combattants qui ont rejoint Ansar Eddine et consorts), les jambes (l’essentiel de sa logistique confisquée par le Mujao) et le tronc (son territoire). Mais c’est une tête qui a la langue bien pendue, qui ne perd jamais une occupation de se rappeler au souvenir de la communauté internationale, de se mettre en avant. Les indépendantistes ont tout perdu et sont contraints d’aller ça et là comme des chiens errants.

En réalité, si le Mnla veut participer à cette intervention aux côtés de la France, c’est pour pouvoir se redorer le blason. Ce n’est un secret pour personne que ce mouvement rêve toujours d’indépendance même s’il a changé de sémantique. Une participation lui permettrait de se réapprovisionner en équipements et armements.

Mais ce pouilleux oublie également que, même s’il a été élu député par les populations de Bourem, celles-ci et toutes les autres du nord en général ne veulent plus sentir les indépendantistes. Si les populations du nord avaient à choisir entre le Mnla et le Mujao, elles choisiraient sans hésiter les islamistes. Si ceux-ci n’ont fait que vouloir appliquer la charia, la loi islamique, en coupant des mains et des pieds, en lapidant et fouettant, les éléments du Mnla se sont illustrés par les pires atrocités, et, ce, sans foi.

C’est, en effet sans foi ni loi, que les hommes de Bilal Ag Acherif se sont livrés à des actes de vols, viols, assassinats, pillages, saccages. Eux qui accusent le pouvoir central de n’avoir rien fait se sont immédiatement, dès la prise de Gao, distingués par la destruction de tous les efforts de développement consentis par l’Etat et les partenaires techniques et financiers. Ils ont ainsi saccagé des centres de santé et cassé des écoles.

Les populations ne sont pas les seules à nourrir de sérieux griefs contre le Mnla, il y a également les forces armées et de sécurité qu’ils ont déserté avec armes et bagages avant de massacrer, contre l’esprit de toutes les conventions internationales, des militaires.

Toutefois, ce ministre français et le député ont raison en parlant d’amalgame. En effet, il serait regrettable et même tragique de confondre le Mnla et Ansar Eddine aux communautés touarègues. Les éléments de ces deux mouvements ne sont qu’une infime partie de ces communautés qui ne les soutiennent pas non plus.

Pour preuves, les camps de réfugiés à l’extérieur sont occupés essentiellement par les ressortissants des communautés nomades qui se sont désolidarisés dès le début de la folie meurtrière du Mnla et d’Ansar Eddine. Aujourd’hui, ce sont eux qui souffrent le plus de la situation du nord. Autre preuve: le colonel Alladji Gamou, pourtant ancien rebelle, mais bien intégré dans l’armée malienne, n’a jamais suivi le mouvement des indépendantistes et des jihadistes, malgré les avantages qu’on lui a fait miroiter.

Il est resté loyal et légaliste, et participera très certainement, comme fer de lance, à l’intervention tout comme ses cinq cents hommes, majoritairement des Touaregs. Le ministre français peut donc se rassurer, les Maliens savent faire le tri de la bonne graine de l’ivraie.


Cheick Tandina

Le Prétoire du 17 Janvier 2013