Partager

La table est mise : tout semble bien prêt pour une intervention au Nord Mali. On n’attend plus que les chefs d’Etat ouest-africains, encore dans l’indécision. Vrai qu’il n’est pas si facile de choisir d’ouvrir le feu. Mais, c’est aussi ce sur quoi tablent les groupes islamistes. A la veille du ramadan, ils semblent soudainement ragaillardis. Pour eux, les divergences de vues empêcheront pendant encore longtemps les dirigeants de s’assumer. Jusque-là, de nombreuses raisons ont été avancées pour justifier la non intervention. D’abord les réticences du gouvernement malien, puis les difficultés au niveau des Nations unies et enfin les réserves émises au niveau de certains pays, en particulier les Etats-Unis.

Mais étant donné la détermination affichée au départ par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), quels obstacles peuvent-ils donc expliquer cet immobilisme ? Trois facteurs peuvent contribuer à expliquer l’inertie actuelle : le vide institutionnel, le vide politique et le vide financier. Cela se manifeste par le souci de se placer sous tutelle et d’être perpétuellement en attente des autres : Nations unies ou nations amies. Celles-ci deviennent alors facilement des boucs émissaires, sans que d’ailleurs cela ne les émeuve.

Le vide institutionnel est criard à Bamako où les acteurs politiques tardent à trouver un consensus pour gérer la transition. Cela n’aide pas la CEDEAO qui ne semble pas bénéficier de suffisamment d’appuis de la part de l’UA. Une telle aide avait permis à l’organisation panafricaine de venir rapidement à bout des forçats aux Comores.

L’on y était parvenu à rétablir l’ordre légal. Mais peut-être que le sommet de Ouagadougou, ce week-end, y remédiera. L’autre vide institutionnel réfère à la faiblesse des armées africaines, et à leur impréparation face aux défis actuels. Comme bon nombre de pays africains, les Etats membres de la CEDEAO sont peu préparés à faire face à des situations aussi délicates. En réalité, les troupes n’ont pas toujours bénéficié de l’attention qu’elles méritent. On ne se rappelle à leur bon souvenir que lorsque le danger se présente.

Le fait que les armées nationales capitulent aussi facilement et aussi rapidement devant des rébellions, le confirme. On l’a vécu presque partout. C’est que, une fois parvenus au pouvoir, certains dirigeants militaires se préoccupent davantage de leur mieux-être, oubliant la troupe, parfois jusqu’à leur appartenance à la Grande muette.

Dans le meilleur des cas, ils songent plutôt à forger une carapace protectrice pour leur régime. La plupart des civils parvenus au pouvoir, agissent de même. Pris dans l’engrenage du système et ses priorités, ils ne ressentent pas toujours le besoin de s’assurer que l’armée nationale est à la hauteur des défis d’aujourd’hui.

Certes, des dispositions en matière de formation, de « renforcement des capacités », ont parfois lieu avec le concours de pays amis. Mais cela suffit-il vraiment ? Sans y avoir été bien préparés, et surtout sans équipements adéquats et dissuasifs, comment nos soldats peuvent-ils intervenir en cas de danger sérieux, et surtout face à des groupes terroristes même peu nombreux ? La crise du Nord-Mali pose indubitablement le problème de la faculté de riposte de l’ensemble des armées africaines. Enfin, il y a un vide politique du fait de cette tendance maladive à se placer généralement sous tutelle face à la moindre difficulté.

En cela, l’Afrique a beaucoup perdu de sa superbe. Comment donc s’étonner de voir les autres se substituer à nos acteurs et à nos institutions, pour tenter de résoudre nos propres problèmes ? Cette intrusion se fait souvent à notre détriment. La crise malienne ne découle-t-elle pas de la crise libyenne ? Pourquoi les chefs d’Etat membres de la CEDEAO ne se fixent-ils pas des délais convenables pour ensuite passer à l’offensive ? Par leur outrecuidance, les groupes islamistes cherchent à montrer qu’ils ne craignent effectivement rien. Ils éprouvent même du plaisir à provoquer, comme pressés d’en découdre, et de se mesurer aux forces ouest-africaines.

Jusqu’à quand faudra-t-il s’accrocher à l’idée d’attendre le feu vert du reste de la communauté internationale ? Une telle crise aurait vite trouvé solution en Amérique latine et en Asie, sans forcément le recours à des tiers. Les justifications viendraient après, et quoi qu’il en coûte !

C’est donc de bon augure qu’Alger, qui a jusque-là intrigué par sa réserve, a reçu, ces derniers temps, d’illustres visiteurs. D’abord, le Premier ministre malien, Cheick Diarra, puis le ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Djibrill Yipénè Bassolet et enfin, le ministre malien des Affaires étrangères, Lamine Sow. Ces visites étaient-elles destinées à convaincre Alger de changer le fusil d’épaule, ou à contribuer à sa façon ? En tout cas, elles sont réconfortantes. Et tout porte à croire que l’heure est à une veillée d’armes, tant l’exaspération est à son comble.

Les Africains doivent travailler davantage à renforcer leur cohésion et à agir de concert pour remporter des victoires. Cela passe nécessairement par la mobilisation de ressources conséquentes. Or, la crise malienne a aussi montré que les institutions africaines souffrent d’un vide financier. L’impression dominante est que sans le concours financier de la communauté internationale, sauver les peuples du Nord Mali des griffes de l’agresseur, restera un vœu pieux.

Le peuple malien, les frères et sœurs des autres pays d’Arique souffrent aujourd’hui de plusieurs maux dont la racine est connue : la mal gouvernance. Elle hypothèque gravement la survie de ce continent. C’est pourquoi, tout en se disant disposés à dialoguer, les islamistes n’en continuent pas moins d’agresser les peuples du Nord Mali.

En dépit des rappels à l’ordre venant du monde musulman, ils narguent sans cesse la communauté internationale en multipliant les actes belliqueux et les sacrilèges. C’est peu dire que la balle est dans le camp des chefs d’Etat membres de la CEDEAO. Finiront-ils par en avoir marre de ce dialogue sans résultats entre le médiateur et les rebelles ? Le sommet prévu ce week-end à Ouagadougou dispose-t-il d’un agenda caché ? Etant donné la gravité de la situation, il faut à tout prix éviter de s’enliser.

« Le Pays »

04 Juillet 2012

Source : Lefaso.net