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Deux heures avant l’heure H, fixée à 10 h, il est parti en catimini à bord de l’avion militaire à destination de Kidal afin d’y installer le comité de suivi des accords d’Alger, lequel est composé de trois membres de chacune des parties signataires.

C’est dire que le pays de Abdoul Aziz Bouteflika participera pleinement à la gestion d’une partie du territoire malien pendant au moins une année, une atteinte très grave à la souveraineté nationale et à la dignité du peuple malien.

ans notre parution d’hier, jeudi 10 août, nous annoncions en manchette : « les Accords d’Alger de nouveau en discussion devant l’Assemblée nationale, Kafougouna Koné interpellé ce jeudi par le Goupe RPM ».

Eh bien ! Cette interpellation, au chapitre des questions orales, tant attendue par le public, n’ a finalement pas eu lieu. Et pour cause : le Général Kafougouna Koné a fui le débat.

Réunis au grand complet ce jeudi, dans la salle de délibération Modibo Kéïta, les députés ont remarqué que sur le banc du gouvernement, l’illustre hôte du jour était le grand absent.

Priorité aux bandits armés et leurs protecteurs algériens

C’est ainsi que le secrétaire général de l’Assemblée nationale a remis une note au président de l’institution, Ibrahim Boubacar Kéïta. Celui-ci la fera lire par le secrétaire parlementaire, Issa Togo. Il ressort de cette lecture que le Général-ministre, Kafougouna Koné est en mission à l’intérieur du pays et, par conséquent, ne pourra pas venir répondre aux questions orales, formulées par l’honorable Boubacar Touré du Groupe parlementaire RPM.

Très courroucé, ce dernier a déploré l’absence du signataire des accords d’Alger avant de déclarer que « le fait de ne pas être présent est significatif ». Il a donc promis de remettre ça à la prochaine séance plénière, probablement lundi. Ce qui est sûr, c’est qu’après trois absences, l’auteur des questions orales peut les transformer, séance tenante, en interpellation du gouvernement.

Plus tard, il nous est revenu dans les coulisses de l’hémicycle que Kafougouna a quitté Bamako, le même jeudi, à destination de Kidal, pour installer, semble t-il, le fameux comité de suivi des prétendus accords de paix d’Alger.

Celui-ci est composé des représentants du gouvernement, du conseil régional provisoire de coordination et de suivi, une fois créé, et du facilitateur algérien. Chacune des parties y sera représentée par trois membres et son siège sera établi à Kidal. C’est dire que Kafougouna Koné a boycotté les députés au profit des insurgés.

Le respect qu’il porte à l’Assemblée nationale devrait l’amener à répondre à la convocation des élus de la nation – la séance ne pourra pas dépasser 1h30 – avant de faire ses valises sur l’Adrar des Iforas où le gouvernement n’a pas daigné se rendre depuis les attaques du 23 mai. Il a choisi de fuir le débat parce qu’il a quitté Bamako, deux heures avant l’heure H.

Le Général Kafougouna Koné a donc accordé la priorité au comité de suivi, une structure qui porte gravement atteinte à notre souveraineté nationale dans la mesure où l’Algérie va participer à travers elle à la gestion de Kidal sur les plans politique, économique, militaire, sécuritaire, social etc…

Le Comité de suivi établira des rapports périodiques sur l’application de l’accord et procèdera à une évaluation complète de sa mise en œuvre une année après sa signature, et peut recommander toute mesure de nature à adapter cette mise en œuvre aux réalités du terrain.

Le comité de suivi adopte son propre règlement intérieur et créera en son sein, chaque fois qu’il en est besoin, des groupes techniques dont celui de sécurité (point 4 du chapitre IV relatif au mécanisme de suivi des Accords d’Alger.

En clair, le voisin algérien empiète sur la souveraineté nationale du pays, aidé en cela par les plus hautes autorités maliennes qui refusent de reconnaître les lacunes du texte sur lequel, le Général Kafougouna Koné a apposé sa signature.

Le pays de Abdoul Aziz Bouteflika avait connu une crise plus aiguë que celle du Mali avec la victoire confisquée du FIS. Il l’a traitée avec responsabilité, fermeté et mesure, sans qu’aucun de ses voisins ou toute autre puissance n’intervienne.

C’est après tout cela qu’il a engagé un processus législatif tendant à pardonner, à gracier et à amnistier certains responsables et militants du FIS et à poursuivre d’autres qui ont refusé de déposer les armes.

Autant on peut comprendre la facilitation de l’Algérie dans cette mini-crise de Kidal, autant on répugne à la participation de ce pays frère à la gestion d’un iota du territoire malien.

A suivre.

Chahana TAKIOU

11 août 2006.