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Hier, à l’Assemblée nationale, l’opposition parlementaire a exprimé son mécontentement en renonçant aux 20 minutes que lui attribuait le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, sur les 4 heures de débat consacrées à l’interpellation du gouvernement.

Constituée de deux groupes parlementaires, celui du Rpm et celui du Parena-Sadi l’opposition a refusé de se soumettre au folklore algébrique d’un fort en math, Dincounda Traoré : une minute un député.

L’opposition parlementaire s’est retirée, hier, d’un débat dont les dés étaient pipés d’avance.

Ce n’est qu’à la fin de la première séance des questions, lorsqu’on a aperçu Ibrahim Boubacar Kéita tenter de faire revenir à la raison Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale, sur l’exclusion de l’opposition, qu’on s’est rendu compte de la connivence parfaite entre la majorité et le gouvernement.

En effet, le président de l’Assemblée nationale a fait savoir à IBK que c’est parce que l’opposition a parlé en terme de revendication que le parlement a fait prévaloir la majorité.

Dans leur déclaration commune, les groupes parlementaires RPM-Paréna/SADI ont signalé : “en dotant la majorité et son gouvernement de 3h 40mn sur 4h 00mn, et l’opposition tous groupes confondus de seulement 20 mn, la majorité donne une image peu glorieuse de notre démocratie.

Et pourtant, l’opposition avait demandé avec courtoisie à la conférence des présidents de bien vouloir accepter d’augmenter son temps de parole pour lui permettre d’exposer ses idées dans un débat contradictoire franc et constructif. En refusant d’accéder à cette demande, la majorité exclut de fait l’opposition du débat démocratique recherché.

L’opposition avait, en fait, compris le jeu de dupes préparé par des “larrons en foire” qui voulaient se servir des groupes parlementaires RPM-Paréna/SADI comme faire valoir démocratique. Tout avait été prévu pour mettre parfaitement à l’aise les deux ministres en charge de l’éducation et faire comprendre au gouvernement que la majorité se range à leurs côtés.

Même s’il existe actuellement dans le pays des problèmes brûlants de l’heure qui ont pour noms : école et cherté de la vie. Les députés de la majorité avaient si bien ‘’bâillonné ‘’ l’opposition qu’ils avaient élaboré un partage arithmétique avec des temps de parole équivalant au nombre d’élus de chaque groupe parlementaire.

L’Adéma se retrouvait avec 49 voix, l’URD 28 voix, les Indépendants 21 voix, l’ACM 13 voix, le RPM 11 voix, le MPR 8 voix, le CNID 7 voix et le groupe Paréna-SADI 9 voix.

De ce fait, les acteurs de ce cirque parlementaire ont commencé par déplorer le mauvais état de notre école en faisant ressortir les insuffisances d’un pays pauvre et en rejetant la faute sur des partenaires invisibles qui ont imposé les programmes d’ajustement structurels.

Dès lors, la voie était balisée pour “leurs compères” du gouvernement qui ont vite trouvé la parade en suivant, à la lettre, la voie tracée dans la note introductive élaborée par la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication.

Sans école sans avenir

La note rappelait le discours tenu par le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, au cours de l’ouverture de la session parlementaire d’avril en ces termes : “l’école malienne est en panne. Partout en République du Mali,

lentement, mais inexorablement, le système périclite et l’école publique s’éteint…une nation dont l’école dépérit est une nation sans avenir…lorsque l’école publique décline, l’égalité des chances entre les citoyens s’amenuise… “ La note ajoute que la crise presque endémique du système éducatif malien est générale et profonde.

Elle remonte aux années 80, quand l’Etat malien eut recours aux Institutions de Bretton Woods pour la mise en route du Programme d’ajustement structurel (PAS). Elle précise que le PAS imposa à l’Etat malien les restrictions budgétaires et le concours d’entrée à la fonction publique.

Elle souligne qu’il y eut pour conséquences : le gel de la formation et du recrutement des enseignants ; le gel de la construction et de l’équipement des infrastructures ; le gel du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche ; la libéralisation de l’éducation etc.

De ce fait, les questions des députés sont restées dans ce carcan conçu par la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication.

La majorité fuit le débat

Les élus ont successivement déploré la soumission de l’école aux restrictions budgétaires et autres conditions du PAS ;

la prolifération non maîtrisée des écoles privées ; le déséquilibre entre la formation et l’environnement socio-économique ; la propension vers l’enseignement général au détriment de l’enseignement général technique et professionnel ;

la propension vers les sections littéraires de l’enseignement général au détriment des sections scientifiques ; l’essoufflement des communautés dans la prise en charge des écoles communautaires ; la transformation non planifiée et non effective des écoles communautaires en écoles communales ; l’insuffisance d’enseignants en nombre et en qualité ;

l’absence de méthodes pédagogiques fiables ; la discontinuité dans la pratique de la pédagogie convergente ; la non qualification de ses enseignants ; l’insuffisance de matériels didactiques ; l’absence de véritable politique des langues nationales ; la surabondance des effectifs au regard de la capacité d’accueil ;

le manque d’infrastructures et d’équipements informatiques ; l’absence de bibliothèque universitaire ; la politisation excessive du monde scolaire ; la violence dans l’espace scolaire et universitaire ; l’absence de contrôles assidus et réguliers dans les écoles…

C’est dire que le débat a tourné en rond puisque la première réaction du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique a consisté à confirmer les élus, en ce qui concerne toutes ces tares de notre système éducatif.

Son homologue de l’éducation de base, de l’alphabétisation et des langues nationales, aussi, a reconnu que l’école nécessitait plus de moyens matériels et financiers. Elle a répété les difficultés liées à l’insuffisance des enseignants en nombre et en qualité ; le besoin d’augmenter les instituts de formations de maîtres.

Mme Sidibé Aminata Diallo a même indiqué que l’objectif : “un village, une école” était une utopie, car il y’avait encore beaucoup d’enfants à scolariser et que le Mali comprend 12 000 villages. Elle a cependant justifié son action dans le cadre du PDES qui a prévu une politique de développement des langues nationales.

Il faut dire que son intervention s’inscrivait dans la logique de celle du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, tout en l’adaptant à l’éducation de base.

M. Amadou Touré a déploré le bas niveau des élèves et étudiants ; la fraude dans l’espace scolaire ; la pléthore des effectifs d’élèves et étudiants ; le manque d’infrastructures et l’attitude des enseignants.

Malgré tout, il a écarté la totale responsabilité du pouvoir en indexant les parents, l’administration scolaire, les élèves et les enseignants. Concernant la gestion des grèves, il a soutenu qu’il privilégie le dialogue, car, a-t-il ajouté, il ne pouvait engager le gouvernement dans des dépenses insoutenables par le budget de l’Etat.

L’opposition claque la porte

Il a placé plusieurs interventions des députés dans le cadre des projets en cours.

C’est donc dire qu’il n’y a pas eu débat, hier, à l’Assemblée nationale puisque la majorité a conforté le gouvernement dans son discours, d’abord, et dans ses prises de positions, ensuite. Car un pays pauvre, selon la majorité parlementaire, n’a pas les moyens de sa politique d’éducation.

L’opposition, si elle ne s’était pas retirée de ce faux débat aurait tout simplement été le dindon de la grande farce parlementaire.


Baba Dembélé

23 Mai 2008