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Le gouvernement qui est interpellé par l’Assemblée nationale sur la crise du nord Mali a exprimé le vœux de s’exprimer en plénière, donc un débat public et retransmis en direct par les média publics, gage de transparence. Mais, malheureusement, les Maliens seront sevrés de ces débats en plénière prévus pour le 19 juin prochain. La raison, la majorité parlementaire a requis un huis, là où le gouvernement veut un débat en toute transparence ? Que veut-on cacher au peuple ?

L’Opposition sera-t-elle de nouveau exclue d’une interpellation parlementaire ? Pire, ce sont les citoyens qui risquent de faire les frais de cette importante information. L’Assemblée nationale, à travers sa majorité mécanique, vient de décider du huis clos de la future interpellation du gouvernement, le 19 juin prochain sur les problèmes du Nord. C’est-à-dire le black- out total, pour les populations.

Le gouvernement, selon nos sources, sera interpellé le 19 juin prochain sur les problèmes du Nord. Cette éminente affaire sera débattue à huis clos. D’après nos informations, c’est la majorité parlementaire qui s’est prononcée pour le huis clos au cours d’une discussion tendue en conférence des présidents.

Pourquoi la majorité parlementaire tient -elle à faire de ce problème, un secret national ? En conférence des présidents, certains députés de la majorité ont déclaré qu’il fallait tout faire pour écarter les écarts de langage qui pourraient survenir au cours de cette interpellation. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, Mme Diabaté Fatoumata Guindo, aurait même accepté l’interpellation en plénière. La majorité parlementaire en a décidé autrement.

La question qui taraude l’esprit des observateurs est de savoir si une nouvelle fois, l’opposition ne sera pas exclue de l’interpellation. Leur accordera-t-on suffisamment de temps de parole ? Il est donc aujourd’hui urgent de savoir si une minorité de citoyens, avec l’alibi qu’ils sont députés majoritaires à l’Assemblée nationale peut confisquer l’information et la communication des populations.

Les élus comptent aller plus loin qu’ATT lui-même en se montrant plus royalistes que le roi, au moment où le pays est en crise de communication. Certaines familles de victimes d’attaques rebelles au Nord, en l’occurrence, celles de Tominkorobougou, ont récemment montré leur ras-le bol et menacé d’observer une marche de protestation.

De jeunes militaires, dans l’anonymat, se confient de plus en plus à leurs proches et amis pour se plaindre de la gestion actuelle de la situation du Nord. De ce fait, le gouvernement pèche par défaut de communication adéquate puisque les langues se délient de plus en plus pour parler d’un problème national qui touche progressivement les familles maliennes.

Pire, au moment où le gouvernement décide de se soumettre à l’interpellation publique des députés, c’est la majorité parlementaire qui en fait un sujet tabou dont les citoyens sont exclus, à cause du huis clos. L’opposition, nous a dit un député de cette mouvance, respectera le droit à l’information et réclamera le temps de parole qui lui sied.

Elle ne tient pas à servir de faire valoir même dans un débat à huis clos. Les parlementaires qui se réclament d’une mouvance présidentielle dont les contours sont devenus indescriptibles ont donc pris la décision de museler les débats à l’Assemblée nationale pour imposer leurs points de vue.

Vont-ils encore exclure l’opposition de cette interpellation ? Le risque est aujourd’hui grand puisqu’il s’agit de la crise du Nord. Doit-on la laisser aux seuls désirs de certains élus qui ne tiennent pas compte de la soif actuelle de communication des populations sur un problème qui prend des dimensions inquiétantes ?

En tout cas, le gouvernement qui a pour mission régalienne d’informer et d’apaiser les populations rejoint un parlement dont certains éléments se montrent chaque jour plus zélés, allant jusqu’à défier ATT sur le terrain de la communication puisque la majorité exige de rester entre quatre murs pour débattre des attaques de la bande à Bahanga et consorts et de la situation qui entoure ce conflit.

De toutes façons, la majorité à l’Assemblée nationale sort aujourd’hui du cadre normal de sa représentation du peuple, car elle refuse d’éclairer l’opinion nationale.

Or, le parlement devrait être l’émanation de la Nation, donc son porte-parole. La démocratie est ainsi bafouée car son fondement essentiel repose sur la représentation populaire qui n’a aucun sens aujourd’hui au parlement. Puisque ceux qui sont censés parler au nom des citoyens s’érigent en princes tout puissants et foulent carrément au pied les aspirations du gouvernement qui voulait, par mesure de précaution, que cette interpellation soit publique.

D’après nos sources, Mme Diabaté Fatoumata Guindo, porte parole du gouvernement, aurait dit : ‘’on n’aimerait pas qu’on dise que nous voulons cacher cette affaire, ‘’ mais que la majorité parlementaire aurait tout simplement décidé : ‘’ nous ne voulons pas qu’il y ait des écarts de langage ou des dérapages. ‘’ C’est donc, selon ces injonctions d’une majorité parlementaire zélée que l’interpellation du gouvernement est prévue, le 19 juin, à huis clos. A l’abri des oreilles et du regard des citoyens.


Baba Dembélé

30 Mai 2008