Partager


Lorsque ceux qui doivent respecter la loi, la foulent au pied, ceux qui la votent, doivent s’abstenir. Entre le gouvernement et le parlement, les relations ne sont plus au beau fixe.

La déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre devant le parlement a échappé de justesse à la motion de censure. Le PDES (programme de développement économique et social sur lequel s’articule la DPG du Premier ministre s’inspire du Programme d’ajustement structurel (PAS) basé sur le libéralisme.

Or pour qui connaît les programmes d’ajustement structurel imposés à notre pays, c’est la fermeture des sociétés étatiques avec son corollaire de déflatés de la fonction publique. Toute chose qui avait provoqué la réticence des députés à voter la déclaration de politique générale du Premier ministre. C’est ainsi qu’après avoir échappé à une motion de censure du parlement que le P.M Modibo Sidibé verrait d’un mauvais œil l’interpellation d’un de ses ministres.

Le jeudi 26 juin 2008, trois ministres étaient interpellés à répondre à des questions orales de deux députés. Un seul s’est présenté devant l’auguste Assemblée. Il s’agit de Tiémoko Sangaré, ministre de l’Agriculture.

Les deux autres Abdoulaye Diallo de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie et Mme Sidibé Aminata Diallo de l’Education de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales n’ont pas fait le déplacement. L’absence la plus inadmissible fut celle de Mme la ministre de l’Education de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales. C’est la seconde fois qu’elle se porte absente au moment où l’école est au cœur des préoccupations des citoyens.

Cependant, les règlements de l’institution parlementaire sont claires : « Lorsque par suite de deux absences successives d’un ministre une question est appelée pour la troisième fois en séance publique, si le ministre est de nouveau absent, l’auteur de la question peut la transformer, séance tenante en interpellation du gouvernement ».

Là où le bas blesse, l’interpellateur des deux ministres empêchés est le Dr Oumar Mariko, un député de l’opposition. Ce dernier est connu pour son franc parlé et sa maîtrise des dossiers comme l’école, les mines, l’agriculture, etc. On se rappelle, le 22 mai dernier que le PM et les membres du gouvernement étaient interpellés par les députés sur la crise scolaire, la cherté de la vie et la crise au Nord.

Mais Modibo Sidibé n’a pas fait le déplacement. Il a préféré envoyer trois ministres répondre aux questions des députés. Est-ce à dire que le gouvernement craint les parlementaires. A ce rythme, on peut s’attendre à une dissolution de l’Assemblée nationale.

Les Huileries artisanales fermées

Lorsque le vent de la privatisation sonna au Mali, aucune entreprise étatique n’a été épargnée. L’huilerie cotonnière du Mali (HUICOMA) qui produisait l’huile pour l’alimentation a connu le malheureux sort de la cession.

Le repreneur veut mettre fin à la production de l’huile pour dit-on des raisons de manque de graines de coton. Rappelons que c’est la défunte Société d’exploitation des produits oléagineux du Mali (SEPOM) qui donna naissance à HUICOMA. Elle-même secouée par de rocambolesques scandales financiers tels l’affaire Blohorn qui avait ses ramifications à la SEPOM.

D’où l’incarcération du PDG N’Ddiaye à la maison d’arrêt de Bamako.

Alité et transporté au point G, N’Diaye avec la complicité du pouvoir UDPM s’envola pour Dakar. Et depuis SEPOM- HUICOMA connaît toujours la mauvaise gestion, les scandales, voire cession. Pour palier au manque d’huile alimentaire sur le marché, le gouvernement du Mali décida de faire la promotion des PMI et PME en décrétant la création des petites entreprises artisanales de fabrique d’huile.

Chacun des opérateurs a reçu une décision dûment signée par le ministre de l’Economie de l’Industrie et du Commerce portant autorisation d’implantation et d’exploitation d’un atelier de transformation de graines de coton.

Ainsi plus de cent huileries artisanales ont vu le jour donnant de l’emploi à plus de 600 personnes avec un investissement de plus d’un milliard emprunté auprès de la BNDA. HUICOMA vendait la tonne de graine de coton à ces opérateurs à 37.500 FCFA et à Tomota à 12.500 FCFA la tonne. La fermeture des huileries artisanales met en cause le gouvernement.

D’abord un gouvernement responsable ne peut pas bazarder un patrimoine national pour le faire remplacer pour des PMI et PME? HUICOMA était la seule et unique industrie de fabrique d’huile pour notre pays.

Ensuite sa cession procède d’un manque de patriotisme de nos dirigeants en ouvrant le Mali au libéralisme sauvage. Enfin, la question qu’on se pose y a t il des intellectuels chez nous? Etre un intellectuel, c’est connaître les tenants et les aboutissants d’une décision. Mais c’est l’intérêt national qui vaut.


Brin Coulibaly

30 Juin 2008