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Marche de soutien aux militaires : la mission de la CEDEAO dénoncée avant l’heure

Des centaines de personnes ont marché ce mercredi 28 février 2012 pour exprimer leur solidarité aux militaires qui ont pris le pouvoir, le 22 mars 2012, à l’issue d’un coup d’État. La manifestation qui s’est déroulée sous une forte escorte sécuritaire a été initiée par la Convergence Patriotique pour la Défense du Mali (COPADEM), dirigée par le secrétaire général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM), Hammadoun Amion Guindo.

La COPADEM est la coordination des mouvements favorables à la junte militaire parmi lesquels le bouillant Mouvement Populaire du 22 mars (MP22) dirigé par le secrétaire général du parti SADI, le Dr. Oumar Mariko. Outre la CSTM et le MP22, plusieurs autres organisations telles que le Syndicat Libre de la Magistrature (Sylima), le Syndicat National des Commerçants détaillant (Sinacodem), le groupement des commerçants du Mali, la Coordination des Syndicats de l’Enseignement Secondaire (Coses), l’Union des Associations et Coordinations d’Associations pour le Développement et la Défense des Droits des Démunis (UACDDDD) y figurent. Des partis politiques comme le CNID-FYT de Me Mountaga Tall, Yèlèma de Moussa Mara, etc., sont également membres de cette organisation.

«Nous nous engageons à accompagner les nouvelles autorités du Mali dans leurs missions de défense de l’intégrité territoriale, de restauration de l’État, de rétablissement de la paix et de la sécurité des personnes et des biens et de la sauvegarde de l’unité nationale», ont-ils consigné dans une déclaration à la faveur de cette marche. Selon le président de la Convergence patriotique, c’est une situation sécuritaire, sociale et politique très précaire «créée et entretenue par les anciennes autorités avec la complicité de certains partis politiques», qui a abouti aux événements du 22 mars.

jpg_marche-pro-cndre.jpgEn guide de mise en garde contre les revendications des mouvements qui sont entrés en guerre contre l’État central du Mali en mi-janvier, la COPADEM se dit attacher à la préservation de l’intégrité du territoire, à la cohésion sociale, l’unité nationale et la laïcité. L’instance regroupe des organisations syndicales, des associations, des partis politiques, entre autres.

Pour une sortie de crise, la COPADEM propose des pistes qui sont : la création d’un cadre constitutionnel organisant l’État, la recherche d’un retour de la paix sur l’ensemble du territoire, la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale composée d’hommes et de femmes «à hauteur de crédibilité et d’engagement pour le Mali». La mise en œuvre rapide d’un calendrier de retour à une vie constitutionnelle normale couronne les propositions de la COPADEM.

Partie de la place de la liberté, la marche s’est terminée au niveau de l’ancien siège de la primature par plusieurs déclarations dont celui du porte-parole de la junte militaire, le lieutenant Amadou Konaré. Celui-ci a exprimé sa joie face à ce «soutien populaire». Les manifestants ont exprimé leur opposition à la mission de la CEDEAO, attendue à Bamako ce jeudi 29 mars. Entre autres slogans, on pouvait entendre, «A bas la CEDEAO», «A bas l’interventionnisme !», «A bas les fossoyeurs de la démocratie», «A bas la démocratie fantoche !». Et sur des pancartes, on lisait : «A bas ATT, assassin de nos soldats», «le Mali est un et indivisible !», etc. «Vive le capitaine Sanogo, vive l’armée !».

Seydou Coulibaly

29 Mars 2012

©AFRIBONE


Edito/Intégrismes :« Le Mali tanguera mais ne chavirera jamais»

Personne ne se souviendra que c’est ce soir à minuit, délai de rigueur, que les candidatures sont closes pour la présidentielle du 29 avril. C’est normal. Car depuis le 22 mars, ce pays n’est peut-être plus le même. Il garde encore un peu de sa générosité. Pour preuve : l’adresse du président Touré qui minimise l’enjeu de sa personne pour mettre en avant le « Mali d’abord ».

De Niamey, Dioncounda Traoré également fait don de sa personne à l’intérêt supérieur de son pays. La formule « le Mali tanguera mais ne chavirera jamais » est encore à l’épreuve. Et on verra bien si les nombreux emprunts qui n’étaient pas tous nécessaires n’ont pas ruiné notre capital social.

En tout cas, deux intégrismes s’affrontent qui, sans médiation, sans sagesse et sans nuances, portent les germes d’une rupture sociale, en plus de la rupture politique déjà consommée.

jpg_marche-cndre.jpgAux milliers de marcheurs pro CNRDRE doit répliquer ce matin le front dessiné contre le putsch. Au moment où se poseront les chefs d’Etat de la Cedeao dont les éclaireurs, les chefs d’état major sont venus dire hier au Capitaine Sanogo d’appliquer les recommandations du sommet sous régional. En somme, de retourner dans la caserne. Ce que les marcheurs du mardi n’entendent pas de cette oreille, eux qui affichent « touche pas à ma junte ».

L’intégrisme nationaliste contre l’intégrisme démocratique donc. Avec en toile de fond, le Nord qui n’a jamais été aussi proche de cesser d’être Malien. Compaoré et Ouattara devront s’en souvenir, s’ils veulent vraiment aider le Mali à surmonter sa crise. Car le Béninois, lui, par son langage musclé, par une annonce radio et à l’adresse d’un peuple fier, est allé très loin. Trop loin peut-être. Mais à qui la faute ? Le pays n’est plus le même depuis le 22 mars.

Adam Thiam

Le Républicain du 29 Mars 2012