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La mise en œuvre de l’accord d’Alger signé à deux dates différentes notamment le 15 mai 2015 par l’État et les groupes pro-État et le 20 juin 2015 par la Coordination des Mouvements Armés (CMA) n’a pas fini de révéler toutes ses facettes.

Ledit accord dans sa mise en œuvre fait un pas en avant et deux pas en arrière chaque fois. Après la mise en place des autorités intérimaires dont la notion vient de la France et imposée à I.B.K par elle également, qui semble être une manière d’installer une administration des rebelles sur les 2/3 de notre territoire, quelque chose qu’ils n’ont pu gagner par les armes, l’étape actuelle consiste à mettre en œuvre l’intégration des rebelles dans la fonction politique de l’État.

On se rappelle qu’en avril 1993 et en octobre 1996, 2540 éléments ont été intégrés dans les différents corps militaires et paramilitaires avec différents grades. C’est ainsi que 2000 militaires ont rejoint les forces armées nationales parmi eux des gendarmes et des gardes. Au sein de la police nationale on dénombre 150policiers intégrés, à la douane 100 gabelous et 50agents des eaux et forêts et 150 autres dans les Administrations civiles.

Cette intégration a été complétée par un autre recrutement spécial de 250 jeunes sédentaires du MPGK (Mouvement Patriotique Ganda Koye) dont 147 au sein des Forces Armées, 73 à la Gendarmerie et 30 dans d’autres corps civils de la fonction publique.

Les Nations Unies ont aidé le Mali par un programme de réinsertion des ex-combattants du Mali (PAREM) de juillet 1996 à décembre 1997. Il a contribué à la réinsertion socio-économique de 9500 ex-combattants dans la région de Kidal, Gao et Tombouctou.

C’est ainsi que 868 micro-projets ont été financés pour un total de 9511 ex-rebelles et pour un montant de 2,9 milliards de F CFA dans le domaine de l’Agriculture, le commerce, l’élevage et les services.

La répartition des financements a été la suivante à Gao sur 3796 ex-rebelles 3801 ont été financés, à Tombouctou sur 3235 ex-rebelles 2416 ont été financés et à Kidal sur 2423 ex-rebelles 2416 ont été financés.

Ensuite l’Etat malien, à travers un autre programme appelé consolidation des acquis de la réinsertion (CAR-NORD) s’est fait autour de 876 projets issus du PAREM pour 9621 ex-rebelles. Ce que nous constations, c’est que le régime qui était en place, celui d’Alpha Oumar KONARE savait à quel moment, il fallait siffler la fin de la récréation. Sa façon de gérer n’a rien à voir avec l’actuel régime qui semble tout raté dans la gestion de cette crise multidimensionnelle. A chaque refus de la CMA, le régime panique et admet toutes les demandes même celles inacceptables pour un pays ayant décidé dans sa constitution de donner le même droit à chaque citoyen dans une république indivisible. Tout récemment avec le projet de révision constitutionnelle, on allait tout perdre en terme d’unité, de laïcité, de démocratie n’eut été la détermination de la société civile, et des partis politiques de l’opposition.
C’est le lieu de rendre un hommage mérité à Mme SY Kadiatou SOW pour son courage, son patriotisme et la responsabilité dont elle a fait preuve. Rares sont les hommes qui pouvaient assumer cette mission combien risquée.

Faut-il encore par rapport à la revendication de la CMA et de la plateforme d’intégrer 1.800 ex-rebelles dans la fonction Publique de l’Etat et 10 000 au sein des forces armées et de sécurité plier l’échine. Le peuple doit se lever pour dire non à cette initiative.

La conséquence de cette intégration c’est que des djihadistes, des terroristes, des syriens se retrouveront dans ce lot de nouvelles recrues.

Au mois de décembre 2016, la présence de réfugiés syriens en grand nombre a été signalée dans la région de Kidal. Selon certaines sources, ces réfugiés seraient d’abord refoulés par la Mauritanie vers le Mali notamment vers Kidal. A leurs arrivées ils ont été contrôlés par les groupes armés signataires de l’Accord de paix du 20 juin 2015. Encore Faudrait-t-il rappeler que depuis plus de cinq ans, les djihadistes mènent contre l’Etat syrien une guerre sans merci qui a pu tenir jusque-là. Dans leur fuite, certainement, beaucoup de djihadistes sont partis en tant que réfugiés fuyant les combats, pour se retrouver au Mali. Malheureusement, le Haut-commissariat aux réfugiés n’étant pas présent à Kidal, et on ne peut jurer de rien quant à la volonté de la CMA, d’avoir ces djihadistes syriens pour augmenter le nombre d’ex-rebelles à intégrer dans les FAMAS.

Notons que ce chiffre de 10000 à intégrer est supérieur à l’ensemble des FAMAS. Comment cela peut-il se faire dans une zone où il y a à peine 300 000 habitants, si ce n’est de la surenchère ou la volonté d’augmenter l’effectif de leurs combattants par l’intégration des combattants syriens.C’est donc à l’État de prendre ses responsabilités qui malheureusement a toujours été désertées depuis le processus de négociation de l’Accord d’Alger. Et pourtant Tieman Hubert COULIBALY, au moment où il était Ministre de la Défense avait dit que des critères très sévères seraient exigés en ce qui concerne l’intégration des ex-rebelles. Par rapport à cette question, déjà la CMA et la plateforme disent NON et Non. L’État va-t-il encore plié devant ce refus des rebelles de la CMA et de la plateforme ? Le temps nous édifiera surtout lorsque le pays est dirigé par un homme qui a un destin exceptionnel dans la mal gouvernance.

Ivette Guindo

Le Carrefour du 02 Novembre 2017