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A quoi peut-on s’attendre de la rencontre de Ouaga entre la délégation malienne conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tiéman Hubert Coulibaly et les leaders des groupes des rebelles qui occupent le Nord ? A priori rien ! Mais un signal est déjà lancé par une partie de la classe politique qui refuse tout marché de dupes.

La crise politique et sécuritaire que traverse le pays connaît une nouvelle phase avec la tentative d’instaurer, hier lundi, un dialogue entre l’Etat malien et les groupes islamistes rebelles qui occupent le Nord depuis janvier.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tiéman H. Coulibaly, en effet, à la tête d’une délégation restreinte est arrivé dimanche dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, où, à l’initiative du médiateur de la Cédéao, le président burkinabé Blaise Compaoré, il rencontrait, des chefs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et d’Ançar Eddine.

L’objectif de cette première rencontre entre officiels maliens et mouvements rebelles est de baliser une voie devant aboutir à des négociations. Depuis fin mars les 2/3 du territoire sont occupés par les groupes islamistes rebelles, toutes négociations entre le gouvernement et ces mouvements rebelles étaient rendues impossibles eu égard à leur intransigeance sur leurs revendications : l’application de la charia, la sécession, l’autonomie…

Pour les Maliens, et cela est bien compris des autorités, l’unité et l’intégrité nationales du pays sont des points non négociables tout comme on ne saurait appliquer la charia sur une parcelle du territoire malien. La position malienne est donc claire et reste à savoir celles des groupes islamistes.

Certes, le MNLA dit avoir renoncé à ses prétentions sécessionnistes et Ançar Eddine affirme de son côté vouloir renoncer à l’application de la charia. Si l’on peut observer qu’une certaine « trêve » semble être décrétée par Ançar Eddine dans ses sales besognes d’amputations et d’administrations de coups de fouets à des innocents, il n’est pas certain que le mouvement ait renoncé à ce comportement pour toujours, puisqu’il avait fini par dire que la charia serait appliquée à Kidal. C’est dire que le médiateur et les autorités maliennes devront obtenir d’Ançar Eddine une position claire sur ce point.

Cet éclaircissement de position est également valable pour le MNLA qui, on le sait et on le voit à travers son lobbying, n’a pas renoncé totalement à ses idées indépendantistes.

Samedi, l’Alliance des démocrates patriotes pour une sortie de crise (ADPS) avait tenu à se démarquer de cette entreprise du gouvernement. Informé qu’une délégation gouvernementale se rendait à Ouaga pour l’instauration d’un dialogue, le mouvement, par la voix de Soumana Sako, estimait que cette entreprise n’engageait que le gouvernement mais pas le peuple malien.

Pour l’ADPS, aucune des revendications des groupes rebelles n’est légitime. La seul issue reste donc la guerre et dans ce cas, le groupement entend mettre tout en œuvre pour qu’elle soit menée « avec ou sans la communauté internationale ».

Denis Koné

Les Echos du 4 Décembre 2012