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Les mauvaises pratiques en matière de gestion des deniers publics, qui ont connu leur période de gloire sous la transition, continuent de plus belle sous l’ère IBK. Comme si la lutte contre la corruption prônée par les nouvelles autorités n’était qu’un pur slogan destiné à la consommation du Fonds monétaire international. En tout cas, voilà un juteux et controversé marché de 346 millions FCFA que la société « Les Aéroports du Mali » veut faire passer sans l’aval de son Conseil d’administration au moment même où un recours en annulation est déposé sur la table du Comité de régulation des différends près de l’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (CRD/ARMDS).

Depuis que des cadres ont décidé de ne plus appeler le président IBK que par » Tonton « -cela dans la mesure où ils se disent amis de son fils Karim-, certains commencent à s’inquiéter réellement de l’avenir de la lutte contre la corruption et la délinquance financière dans notre pays. Car, pour certains prédateurs à col blanc, il n’y a pas meilleure protection contre la justice que l’amitié avec un membre de la famille présidentielle. Avec une telle couverture, on peut tout se permettre dans le but de se remplir la poche au détriment de l’intérêt collectif.

L’affaire du juteux et très controversé marché de fourniture et pose d’un système de vidéosurveillance à l’Aéroport international de Bamako-Sénou est là pour l’attester, si les conclusions de l’ARMDS vont dans ce sens. En tout cas, c’est la première impression qu’on a à l’analyse de cette affaire qui est désormais sur la table de l’ARMDS, une autorité qui doit maintenant prouver son indépendance et faire preuve de beaucoup plus de sérieux dans le traitement des dossiers dont elle est saisie. Il y va désormais de sa propre crédibilité.

Le différend dans lequel elle est présentement appelée à trancher est relatif au marché objet de l’appel d’offre numéro 0023/MET-ADM en date du 9 septembre 2013 portant sur la fourniture et la pose de systèmes de vidéosurveillance sur IP dans le hall passager ainsi que dans le salon VIP de l’aéroport international Bamako-Sénou. L’enveloppe prévue dans le budget des Aéroports du Mali étant, elle-même, de 150 millions FCFA pour cette fourniture et installation. Malgré le niveau de ce montant, Les Aéroports du Mali « , à la suite d’un dépouillement contesté, ont choisi une société qui a fixé son prix à 346 000 000F CFA pour la fourniture et la pose des systèmes en question.

Soit un dépassement de plus du double du niveau visé. Après plusieurs mois de silence autour du dossier, le PDG par intérim – le poste étant vacant depuis le départ de Madame Thiam, il y a de cela des mois – le Colonel Daouda Dembélé a, le 24 décembre 2013, pris sa plume pour informer la société VideoConsult Mali, l’une des moins-disantes et des plus qualifiées sur le marché, du choix de Spot-surveillance sarl comme « attributaire provisoire « dudit marché. Cela à la grande surprise des autres concurrents qui voulaient bien savoir les raisons du choix de cette société et du rejet des autres.

Afin donc que justice soit rendue, la société VidéoConsult Mali a saisi, dès le 30 décembre 2013, d’un recours en annulation de la décision d’attribution dudit marché, le Comité de règlement des différends près de l’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public. Cette autorité indépendante a siégé sur l’affaire, le 7 janvier dernier, en écoutant les différents protagonistes. Sans se prononcer pour le moment. Cela dans la mesure où le Conseil d’administration des Aéroports du Mali, qui se réunit ce mercredi, doit être obligatoirement saisi du dossier. Une étape cruciale qui, dans une certaine précipitation, allait être brûlée. Voire ignorée.

En tout cas, ces dernies temps, les Aéroports du Mali ont passé des marchés qui attendent de prouver leur nécessité au moment où, selon des sources dignes de foi, les comptes de ladite société serait au rouge. Il reviendra au Conseil d’administration de ce mercredi de statuer et d’approuver ou non les 196 millions FCFA supplémentaires pour la validation du marché ainsi que son attribution à Spot-Surveillance Sarl.

A défaut, le dossier le marché sera déclaré infructueux et l’appel d’offre relancé afin que le coût soit acceptable. Compte tenu du montant disponible.

Mamadou FOFANA

L’Indépendant du 13 janvier 2014