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Quatre années après le déclenchement de la rébellion touareg de 2012 dans le Nord du Mali, on peut dire aujourd’hui sans se tromper que l’un des objectifs affichés par les groupes armés, est atteint. Il s’agit de l’autonomie des régions du Nord du Mali en témoigne l’accord du 19 juin 2016 entre l’Etat et les groupes armés pour l’installation des autorités intérimaires.

Il n’est un secret de polichinelle pour personne de toutes les rebellions touareg déclenchées depuis 1962 jusqu’en 2012, l’objectif recherché était ni moins ni plus l’indépendance à défaut l’autonomie de ces régions du Nord du Mali. Si les rebellions de 1962, 1990, 2006 ont été très vite étouffées soit à travers par des répressions farouches, soit à travers des accords signés, celle de 2012 déclenchée par le MNLA, a failli aboutir avec le soutien sans faille de l’ex-président français, Nicolas Sarkozy. Pour preuve en un laps de temps, ces envahisseurs ont pu occuper les 2/3 du pays. Et tout le monde se souvient encore de la déclaration d’Alain Juppé, ministre des affaires étrangères d’alors qui est allé jusqu’à qualifier ces succès d’éclatants. Mais hélas pour les responsables du MNLA et leur mentor, ils avaient commis l’erreur de se faire épauler par des islamistes venus de certains pays du Golfe. Face à cette menace terroriste, la communauté internationale était obligée de se rebiffer et d’intervenir non pas pour sauvegarder le Mali mais pour sauvegarder leurs intérêts désormais sous menace se trouvant dans tous les pays frontaliers du Mali. C’est ainsi qu’on assista à l’intervention de l’Opération Serval, de la MISMA devenue plus tard la MINUSMA, des troupes Tchadiennes, de la CEDEAO qui ont chassé ces envahisseurs des régions de Gao, Tombouctou et d’une partie de la région de Mopti. Et c’est à partir de cet instant que les maliens découvrent le vrai visage de ces envahisseurs repartis entre le MNLA, le HCUA, le MAA, le MUJAO, Ansardine, AQMI. Ayant compris l’échec de leur velléité sécessionniste et pour ne pas tout perdre, les responsables du MNLA, du HCUA et du MAA changent de stratégie en faisant croire qu’ils se démarquent des groupes jugés comme étant terroristes à savoir Ansardine, AQMI et le MUJAO. En complicité avec la communauté internationale et plus particulièrement la France, ils en appellent aussitôt au dialogue avec l’Etat malien. Après plus de huit mois der tractations, un accord de paix pour la paix et la réconciliation fut signé le 15 mai 2015 et parachevé le 20 juin 2015. Un an après cette signature, on peut dire que les résultats tant attendus n’ont pas été à la hauteur des espérances du peuple malien. La preuve les cantonnements des groupes armés, les DDR, le redéploiement intégral de l’administration malienne dans toutes les régions du Nord du Mali ont été relayés au second plan. Du coup on assiste au diktat des groupes armés soutenus par des lobbys tapis dans l’ombre qui ne cessent d’imposer leurs désirs. C’est ainsi qu’ils obtiennent des autorités du pays deux nouvelles régions à savoir Taoudéni et Ménaka, et comme pour montrer qu’ils sont puissants et soutenus par des mains invisibles, les groupes armés exigent la mise en place des autorités intérimaires dans les collectivités territoriales dans les cinq régions du Mali (Tombouctou, Gao, Ménaka, Taoudéni) sous peine de se retirer de la table de négociation. Ce qui fut obtenu le 19 juin 2016 suite un accord intervenu entre l’Etat et les groupes armés. Et il ne fait aucun doute que cet accord est une autonomie déguisée de ces régions du Nord du Mali où les responsables de ces groupes armés seraient les véritables chefs d’œuvre de la vie sociopolitique et économique. Du coup il faudra s’attendre à ce que tous les postes clés et stratégiques seront dirigés par les responsables de ces groupes armés. Ce qui ouvre un boulevard pour des élans communautaires car il n’est un secret de polichinelle pour personne que les différents groupes armés sont formés à base ethnique. D’ailleurs il n’est pas surprenant de voir la naissance d’un nouveau mouvement politico-militaire peul crée par un certain Oumar Al Janah. Pour les observateurs de la scène politique internationale, cette mise en place des autorités intérimaires dans les seules régions du Nord du Mali pardon une autonomie, ouvrira sans doute dans les années à venir à l’indépendance de ces zones réclamées depuis 1962 par les rebelles touareg qui se sont mués en groupes armés ou terroristes.
Sadou Bocoum
23 Juin 2016