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Depuis un certain temps, la capitale ressemble à un lieu de tournage de films américains classés X. En effet, Bamako regorge aujourd’hui de bandits de toutes sortes qui agissent avec une puissance de feu qui dépasse l’imaginaire. En attestent les différentes arrestations de malfrats de ces derniers temps.

De nos jours, presque tous les bandits opèrent en équipes ou avec des complices. Et le plus inquiétant dans tout cela, c’est que le nombre des malfaiteurs augmente de jour en jour et leurs exactions prennent au fur et à mesure des proportions inouïes. La question de la sécurité des personnes et de leurs biens étant ainsi plus que jamais compromise, une seule question revient comme une sempiternelle litanie dans la bouche des citoyens : que comptent entreprendre l’Etat et le gouvernement (surtout qu’il a été recomposé) pour éradiquer pour de bon, sinon réduire considérablement les effets dramatiques de ces attaques de malfrats de tout acabit ?

Aujourd’hui, les populations sont victimes de vols à main armée, de braquages en plein jour et d’escroqueries en tous genres, semant ainsi les germes d’une insécurité de plus en plus grandissante et menaçante au sein des populations de la capitale. Le phénomène prend tellement d’ampleur que beaucoup de Maliens se posent la question de savoir si cela n’est pas dû à la trop grande permissivité, voire à la tolérance, ou même à la complicité (muette ou agissante) des autorités concernées envers ces malfrats.

Quoi qu’il en soit, l’escroquerie, le vol qualifié et la criminalité (entre autres exactions) font aujourd’hui partie du quotidien des habitants de Bamako, à telle enseigne qu’on s’interroge partout à propos de l’intention, voire la décision des autorités de la ville à analyser la gravité de la situation et à prendre le phénomène à bras le corps.

Pourtant, au niveau des Commissariats de police, il existe une subdivision qui s’occupe de ce phénomène d’insécurité : les brigades de recherche dont les éléments sont pourtant confrontés à d’énormes difficultés et souvent entravés dans l’exercice de leur fonction, comme l’expliquent certains d’entre eux. « Nous ne sommes pas assez appuyés par la population qui devait être notre premier espoir pour que nous puissions réussir nos opérations. Au cours de certaines de nos opérations, la foule ne s’intéresse qu’au spectacle au lieu de nous apporter son soutien », témoigne un agent de police.

En plus, ces éléments de brigades de recherche sont confrontés à un autre problème, voire une menace, après que les bandits arrêtés aient été déférés à la prison centrale : en effet, curieusement, ces mêmes malfrats reviennent à la police où ils étaient gardés pour « saluer » les agents de police. Mais en réalité, c’est pour les narguer ou les défier. Une façon de leur dire : « Vous nous avez arrêtés et nous avons été emprisonnés. Mais comme vous voyez vous-même, nous sommes de nouveau libres, comme vous le voyez » ? Comme pour dire aux policiers que leurs efforts sont vains ou ne servent à rien et que ces bandits ne sont pas canalisables.

En fait, ces malfrats sont conscients de bénéficier de soutiens au sein des populations : ce qui les rend encore plus téméraires dans leurs exactions. Et c’est justement ce que déplorent amèrement les Commissariats de Police qui voient ainsi le plus souvent leurs efforts réduits à néant. D’où leurs appels incessants à l’endroit des populations pour qu’elles les aident à arrêter les malfaiteurs et renforcer ainsi davantage la sécurité.

Et si, pour la lutte contre le banditisme, on dotait ces brigades de recherche en armes et matériels plus puissants et sophistiquées que ceux des bandits ?
Par ailleurs, à tort ou à raison, la gendarmerie, la justice et même la police sont souvent traités de complices des bandits par certains citoyens car il n’est pas rare qu’un malfaiteur déjà arrêté ou au « gnouf » (prison) retrouve sa liberté quelques jours plus tard et « sans qu’on ne sache comment ».

C’est ce qui pourrait quelque part expliquer ce manque de confiance de certains citoyens envers ces services de sécurité. C’est ce qui pourrait également expliquer que les populations se transforment en « justicières » en battant souvent à mort ou même en brûlant vifs les coupables : voleurs et autres malfaiteurs. Mais on a beau dire, le grand responsable de la récurrence de ce banditisme et de cette insécurité n’est autre que l’Etat car comme disait l’autre, « il n’y pas deux capitaines dans un bateau » : soit c’est l’Etat qui dirige le pays, soit ce sont ces malfaiteurs. A bon entendeur, salut !

Bourama Traoré

Le Combat du 24 Août 2012