Partager

femmemarche.jpg

Elles ont marché hier pour marquer leur implication dans les grandes questions qui mettent en péril l’unité nationale et compromettent l’avenir du pays.

Face à la dégradation de la situation sécuritaire au nord, caractérisée par la pose des mines antipersonnel, les affrontements, parfois suivis d’enlèvement de militaires, de prises d’otages et de morts d’hommes, face à l’insécurité grandissante sur les routes, avec son cortège de traumatismes et de pertes en vies humaines pour la plupart des jeunes, face à la situation dramatique d’une école qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’abîme et face à la cherté de la vie, les femmes ont décidé de ne pas rester les bras croisés.

Sous l’impulsion de la Coordination des associations et ONG féminines (CAFO), elles étaient plusieurs milliers de femmes à marcher en rangs serrés pour soutenir les actions du gouvernement de Modibo Sidibé et les efforts de dialogue pour une paix durable du président de la République, Amadou Toumani Touré. La marche est partie de la porte du Centre de documentation et d’information sur les femmes, à Ouolofobougou, pour s’achever dans la cour de la Primature où Mme Traoré Oumou Touré, la première responsable de la coordination, a lu devant le Premier ministre une déclaration, intitulée « L’appel des Femmes« . Modibo Sidibé attendait les marcheuses avec des membres du gouvernement.

« Cet appel est un cri de coeur des mères maliennes réunies ce matin autour d’un idéal commun, celui de l’unité nationale, de la cohésion sociale et du devenir de notre nation« , a déclaré Mme Traoré Oumou Touré.

Le réveil des femmes face à cette série de crises qui ébranle notre pays, témoigne de la gravité de la situation, qui nécessite une synergie d’action. La marche des femmes de la Cafo, qui fait suite à l’initiative du « Collectif des Mamans pour sauver l’école« , traduit l’engagement des femmes à jouer désormais leur partition dans la recherche de solutions durables, comme l’avait souhaité le président Touré lors des festivités marquant l’anniversaire du 8 Mars dans notre pays.

« Je m’adresse à vous au nom de toutes les femmes patriotes qui se sont engagées à soutenir les efforts que déploient le président de la République et le gouvernement pour gérer les difficultés que traverse notre pays. Cet appel est notre engagement pour un Mali où il fait bon vivre« , a poursuivi la porte-parole des marcheuses.


OBSERVER LE MORATOIRE

Après plus d’une décennie de crise scolaire, les femmes exigent l’implication des familles pour redonner à l’école son éclat d’antan. « Aucun argument ne pourra expliquer la privation de ce droit fondamental pour nos enfants« , a ajouté la secrétaire exécutive de la Cafo, invitant les syndicats d’enseignants, les élèves et les étudiants et les parents d’élèves à observer le moratoire que le Premier ministre a proposé, avant d’assurer l’engagement ferme des femmes à souscrire à cette proposition. « Nous sommes disponibles pour entreprendre tout ce qui peut l’être pour sauver l’école« , a-t-elle assuré avant de promettre d’apporter dans les semaines à venir la contribution des femmes au forum national sur l’éducation que le Premier ministre a promis d’organiser dans cinq mois.

Évoquant l’insécurité routière, Oumou Touré confirmera la préoccupation des femmes face à la recrudescence des accidents de la route qui touche la frange jeune de la population, donc l’avenir. A ce propos, les femmes ont promis de s’impliquer dans la sensibilisation, l’information et la communication pour un changement de comportement des usagers de la route.

La patronne de la Cafo a jugé trop onéreux le coût de la vie dans notre pays, comme ailleurs sur le continent, « mais nous les femmes du Mali, pensons que nous pourrions y faire face en consommant malien, en diminuant les dépenses liées aux cérémonies, en promouvant un climat où chacun dans son secteur doit jouer loyalement et correctement sa partition dans la chaîne de l’approvisionnement des populations« .

Parlant de la crise au nord, Oumou Touré a exprimé les vives inquiétudes des femmes devant la montée de l’insécurité dans cette partie du pays. « Les récentes nouvelles en provenance de Kidal ne rassurent guère« , s’est-elle émue avant de donner l’engagement des femmes de soutenir les tentatives de négociation entreprises par les plus hautes autorités en vue de promouvoir la paix dans notre pays. « Les femmes maliennes se veulent être des artisanes du développement, de la paix et s’engagent aux côtés des autorités pour l’atteinte des objectifs de développement durable dans notre pays« , a-t-elle conclu.

A sa suite, Mme Mariam Djibrila Maïga, présidente du Réseau des femmes pour la paix, a, dans une « Déclaration des femmes », exprimé la consternation de nos soeurs et de nos mères face à la recrudescence de la violence dans le nord. Les femmes condamnent vivement la violence et l’utilisation de mines antipersonnel, tout en invitant les auteurs de cette violence (ou ceux qui y recourent) à déposer immédiatement les armes, mettre fin à toute action armée et procéder à la libération immédiate des otages.


TOURNANT DECISIF DANS LA PRODUCTION CÉRÉALIÈRE

Modibo Sidibé a, en retour, salué l’initiative des femmes et exprimé sa fierté pour cette démonstration éclatante de leur engagement citoyen à soutenir le pays confronté aux difficultés. Il a promis de transmettre l’appel des femmes ainsi que leur déclaration au président de la République. « Votre marche et votre message de soutien aux efforts déployés par le gouvernement sont la meilleure réponse à son appel du 8 Mars dernier, à plus d’engagement de votre part pour la sécurité et sauver l’école« , a-t-il commenté.

Il a confirmé la ferme volonté du gouvernement de s’employer non seulement à sauver l’année scolaire en cours, mais surtout à engager résolument le système éducatif sur la voie de sa réforme. « Le forum national à la préparation duquel le gouvernement travaille, sera un espace de partage où toutes les contributions seront les bienvenues, dès lors que l’objectif cher à tous, demeure la réhabilitation de l’école malienne au service de notre peuple« , a promis Modibo Sidibé. Le chef du gouvernement a réitéré l’invitation adressée aux syndicats d’enseignants à surseoir à des revendications dont la justesse ne souffre d’aucune ambiguïté mais dont la satisfaction ne peut être supportée par le pays, faute de ressources suffisantes.

Évoquant la cherté de la vie, Modibo Sidibé a adhéré au consommer malien et à la création de conditions propres à permettre à notre pays d’entamer son décollage économique. Le gouvernement s’y attelle, a assuré le Premier ministre en indiquant que des mesures ont été prises pour que la campagne agricole à venir marque un tournant décisif dans la production de riz et des autres céréales sèches. Face à la montée des prix, Modibo Sidibé s’est engagé à poursuivre et intensifier les efforts engagés pour soulager les ménages.

Il a ainsi cité des mesures comme l’augmentation des salaires, la diminution des impôts sur le salaire, la réduction de la fiscalité sur les importations de riz et les concertations engagées par les pouvoirs publics avec les opérateurs économiques pour convenir d’un prix plafond. Le conseil national du prix se réunira bientôt pour examiner les éléments permettant au gouvernement de faire à la crise, a annoncé le Premier ministre. Tout cela n’est possible, soulignera-t-il, que dans un élan solidaire dans lequel chacun devra jouer sa partition.

La sécurité routière est aussi une priorité du gouvernement et du président de la République, a expliqué Modibo Sidibé qui a rappelé certaines mesures, notamment la création dans les jours à venir d’une Agence nationale de la sécurité routière. Réagissant à la situation du nord, Modibo Sidibé a garanti que le gouvernement restera fidèle à ses engagements et privilégiera le dialogue comme mode de règlement de la crise. Mais en préservant l’intégrité du territoire et l’unité nationale, a-t-il averti.

A.O. Diallo – L’Essor

04 Avril 2008.