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Les faits remontent au jeudi 7 novembre dernier. Deux jeunes transporteurs, Kader B et Vieux B, revenaient de Tamkoutat où ils s’y étaient rendus, comme à l’accoutumée, pour le marché hebdomadaire de la bourgade, située à quelques 140 km de Gao.

Tous deux natifs de Gao, et connus de longue date dans leur métier, ils sont très sollicités et, cette fois encore, chacun d’eux avait son camion bien chargé de passagers et de marchandises diverses. Aux environs de 17 heures, entre Tamkoutat et Djebok, ils essuient des tirs d’armes automatiques et sont pris en chasse par deux motos (de type Sanili).

Pendant que Vieux B parvient à les «semer», Kader a le malheur de prendre quelques balles dans les roues de son camion et est contraint de s’arrêter. Alors les motards, au nombre de 4 (2 basanés et 2 de teint clair), les rattrapent. Sous la menace de leurs armes, ils font descendre tous les passagers (25 personnes), les obligent à décharger et défaire leurs bagages, les ligotent, les fouillent, les dépouillent de tout ce qui a de la valeur, en espèces ou marchande, et les passent copieusement à tabac, y compris le chauffeur et ses apprentis.

Leur forfait accompli, les rançonneurs s’éclipsent tranquillement dans la nature. Les victimes, dont le supplice aura duré 3 bonnes heures, ne parviennent à regagner Gao qu’aux alentours de 21 heures! Elles se rendent directement à la Gendarmerie pour raconter leur mésaventure et porter plainte contre X. Plus tard, Kader recevra la visite de chefs des forces de sécurité et de défense maliens, de la force Serval et de journalistes. Tous pour recueillir des éléments d’information, les uns pour les besoins de l’enquête, les autres pour le grand public.

Et ça s’arrêtera là! En tout cas, jusqu’à preuve du contraire. Si Kader a eu la chance d’en être sorti sain et sauf, avec son camion et «seulement» une recette de perdue et quelques pneus à remplacer, nombre des victimes, commerçants de leur état, ont perdu des capitaux chèrement accumulés sur de longues périodes. Pour eux, tout est à refaire, il faut repartir de rien. Ainsi va la vie désormais dans cette contrée du Mali post-conflit, en passe de devenir un véritable no man’s land.

Sombres perspectives, que confirme hélas un autre événement, survenu le lendemain même, dans les parages de Ménaka, presque dans les mêmes circonstances. Sauf que, cette fois-ci, les forains ont eu la baraka que les brigands, notoirement connus et démasqués, aient trouvé sur leur chemin une patrouille de militaires maliens. A quand la fin de cette guéguerre pour un retour définitif de la quiétude des paisibles citoyens?

Quand est-ce que l’armée malienne va pouvoir exercer, effectivement et entièrement, toute son autorité sur l’ensemble du territoire national et mettre hors d’état de nuire ces hordes de hors-la-loi qui profitent d’un laxisme qui ne dit pas son nom? Telles sont, entre autres, les questions cruciales que se pose le commun des Maliens, qui déchantent, chaque jour que Dieu fait, en voyant leur justice remettre dans la nature des bandits de grand chemin et des apprentis terroristes.

Mahamane G. Touré

11 Novembre 2013