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Depuis longtemps, la bande sahélo saharienne dont fait partie notre pays se fait parler d’elle, par des actes d’insécurité. Ceux-ci se caractérisent par le rapt des touristes et par la naissance des rébellions qui sont désignées par certaines autorités par le vocable « bandits armés ». Et dans cette situation moins fastueuse, le nom du Mali a toujours occupé le devant de la scène internationale. Est-il le maillon faible de la bande sahélo saharienne ?

En tout cas, parmi les pays situés dans la zone du vaste Sahara qui, faut-il le souligner, s’étend de la Mauritanie à l’Egypte via le Tchad et la Libye, le Mali semble beaucoup souffrir de nombreux mouvements irrédentistes et des prises d’otages que ses voisins immédiats.

Est-il le maillon faible de la chaîne ? Cette question mérite d’être posée, n’en déplaise, à la diplomatie malienne qui a, pourtant, eu à prêter ses bons offices pour obtenir la libération de beaucoup d’otages occidentaux. Mais de façon abracadabrantesque, elle a rarement réussi quand il s’agit des otages nationaux.

En effet, aussi irascible que cela puisse paraître, le couple autrichien enlevé le 22 février 2008, dans le Sahara tunisien situé à des milliers de lieues de notre pays, a été trimbalé durant plus de huit mois entre le sud de l’Algérie et le nord du Mali, par une branche islamiste armée se réclamant d’Al qaïda Maghreb.

Wolfgang Ebner et son épouse Andréa Kloiber ont été libérés le 31 octobre 2008. Le lendemain, ils ont été remis par le président ATT lors d’une cérémonie au palais de Koulouba, à la ministre autrichienne des affaires étrangères Ursula Plassnik. « Aucune rançon n’a été payée aux ravisseurs », a déclaré le numéro 1 malien. En revanche, d’autres sources crédibles relayées par la presse internationale, ont indiqué qu’entre 2 et 5 million d’euros ont été versés soit par Tripoli soit par Vienne.

Pour qui connaît les conditions de vie difficiles au Sahara, à en juger par le visage exténué des otages autrichiens montrés au JT de la télévision nationale du Mali, il est illogique de croire que les ravisseurs, après plus de huit mois, acceptent de libérer le couple sans en recevoir quelque chose en échange.

Pourtant, le gouvernement malien par la voie de son ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale, à travers un communiqué de presse avait démenti la présence du couple autrichien sur son territoire, en citant une source de ses renseignements généraux. Plusieurs questions arrivent alors à l’esprit.

Le démenti était-il stratégique ? Le service des renseignements généraux était-il mal informé ? Comment des otages enlevés ailleurs se retrouvent-ils très souvent dans le désert malien ? Et comment le Mali ne parvient-il pas à obtenir la libération de ses otages alors que quand il s’agit des touristes occidentaux il réussi à le faire ?

En tentant de se lancer dans des conjectures, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer très mal, la façon dont les militaires maliens sont pris en otage en quantité et en qualité par ceux qui sont désignés par le gouvernement sous le vocable de « bandits armés ».

Face à cette zone d’ombre, certains militaires répondent par des mots qui exacerbent l’inquiétude des citoyens. «Puisque vous n’êtes pas sur le terrain, vous ne pouvez pas le savoir et nous ne sommes pas habilités de vous expliquer » répliquent-ils. Alors, on comprend aisément qu’ils reçoivent des instructions, puisque l’armée c’est « la grande muette ».

L’autre aspect qui frise l’humiliation et l’étonnement est que les autorités maliennes acceptent, pourtant, de s’asseoir autour d’une même table avec ceux qu’elles qualifient, elles-mêmes de « bandits armés » et de négocier avec ces derniers, afin d’obtenir la libération des pauvres militaires.

On ne le dira jamais assez, on négocie avec « les rebelles », par contre, on mâte « les bandits armés ». Comment un groupuscule d’hommes fussent-ils armés peut-il tenir tête à l’armée de tout un pays (Mali) ? Cet état de fait qui perdure n’est-il pas à la fois écœurant et épatant ?

Deux poids deux mesures

Par ailleurs, concernant la gestion du problème du nord, le gouvernement semble, là encore, avoir adopté une attitude de « deux poids deux mesures ». Car, le colonel Amadou Diallo, chef du mouvement Gandaïso, dit-on, d’autodéfense a été arrêté et depuis détenu dans un lieu tenu secret.

Alors que bizarrement, Ibrahim Ag Bahanga et ses hommes qui seraient plusieurs fois localisés, puis encerclés par l’armée régulière, continueraient à vadrouiller et à semer la terreur entre la Mauritanie, le Mali et le Niger. Cependant, rarement leurs nuisances ont touché à l’Algérie et à la Libye auxquelles, le Mali fait toujours recours pour obtenir la libération des ses otages civils et militaires.

Qu’est-ce qui explique aussi la mise de l’Algérie et de la Libye à l’abri des actes d’insécurité des bandits armés nigériens et maliens ? Cette question vaut son pesant d’or, quand on imagine que ces deux pays sont soupçonnés d’être les tuteurs desdits bandits. Si la Libye connait le phénomène, c’est l’Algérie qui en souffre doublement à cause du GIA et du GSPC.

Les bandits armés nigériens et maliens, le GIA et le GSPC se sont-ils partagés la bande désertique ? Collaborent-ils ? Dans ce tohu-bohu, certaines sources dignes de foi, soutiennent que Ibrahim Ag Bahanga, chef de la rébellion touarègue du Mali vivrait placidement dans un maquis à Tinzawaten, dans le nord du pays.

En tout cas, on se rappelle lors de sa visite à Fafa dans le cercle d’Ansongo, il y a quelques mois, le ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales avait déclaré que c’est sur la base des photos d’entraînement des hommes d’Amadou Diallo, que certains jeunes de Fafa avaient été arrêtés puis détenus à Gao.

Certains d’entre eux avaient été libérés quelques jours, après le départ du ministre Kafougouna Koné. Les 17 autres le seront au courant de cette semaine, si l’on s’en tient à la déclaration faite le samedi 13 décembre 2008, par le président ATT lors de l’inauguration de la station régionale FM-TV de Gao.

Si l’existence desdites photos est vraie, pourquoi n’a-t-on jamais parlé de celles de Bahanga ? Ceux qui ont pris les photos des séances d’entraînement de Fafa ne peuvent-ils pas également filmer les hommes de Bahanga ? Les actes d’insécurité au Mali, en Mauritanie et au Niger seraient-ils réellement commandités, comme on le dit, par certains officiers supérieurs qui se livreraient au trafic illicite ?

La résurgence des rébellions maliennes est-elle due à la découverte probable du pétrole ou du gaz au nord ? Ces questionnements demeureront longtemps sans réponses. Et tout compte fait, la vérité ne sera jamais dite concernant l’insécurité qui a désormais élu domicile dans la grande bande sahélo saharienne, mais avec une dose particulière dans les régions septentrionales du Mali.

Où est la fermeté du ton d’ATT ?

Suite à une énième résurgence de l’insécurité au nord en 2006, le président Amadou Toumani Touré, alors en campagne à Nara pour sa réélection, avait lâché ces mots : « Fermeté, mesure et responsabilité ». De cette déclaration à nos jours, tout le monde connaît ce qui se passe à Kidal. Les choses se sont-elles plus compliquées qu’à ATT ne l’imaginait ?

Vint plus tard cette autre phrase mielleuse : «l’attaque des bandits armés à Abeïbara ne restera pas impunie. Celui qui ne connaît que la force, doit être rappelé à l’ordre par la force. Nous sommes ouverts au dialogue. Mais il y a deux questions sur lesquelles on ne va pas débattre. Il s’agit : de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale », avait laissé entendre en substance, en langue nationale bambara le président ATT.

C’était en juin 2008 lors de l’émission « Baro » qu’il anime, à chaque anniversaire de son investiture à la magistrature suprême, avec trois aînés confrères de la place. L’acte ne doit-il pas précéder la parole ? Faut-il rappeler au passage, que ce 8 juin marquait le premier anniversaire du « héro » du 26 mars 1991, pour un second et dernier mandat de cinq ans à la tête du Mali.

En tout cas, de cette déclaration du président ATT, à nos jours, force est de constater que des commentaires les plus controversés et les plus inimaginables ont été faits sur la situation qui prévaut au nord du Mali. Qu’est-ce qui explique cette accalmie apparente à Kidal ? S’agit-il d’un silence qui annonce la tempête ? La rébellion a-t-elle pu réellement être résolue voire mâtée ? Ceux qui tirent les ficelles de l’instabilité dans la bande sahélo Saharienne, ont-ils réussi à réaliser leur dessein ? Ce sont là, un extrait des interrogations que se posent certains citoyens.

En effet, suite à la nomination lors du conseil des ministres du 5 juin 2008, du colonel Gabriel Poudiougou, au poste du chef d’Etat major général des armées, en remplacement du général Seydou Traoré, l’armée à travers une opération baptisée « Djigui tugu », autrement dit « restaurer l’espoir », avait entrepris des actions militaires énergiques contre les rebelles. Cela avait été salué par tout le monde. Car, à l’époque, il y avait nécessité de reconquérir l’estime et la confiance des populations maliennes. C’est-à-dire, démontrer à l’opinion nationale et internationale que l’armée regorge encore « des femmes et des hommes braves et vaillants » qui sont prêts à verser leur sang pour sauver la patrie.

Du coup, la cote de popularité de l’armée et celle d’ATT avaient soudainement montées auprès des maliens dont l’immense majorité, faut-il le souligner, pensait depuis longtemps que la solution définitive à ce problème, qui a endeuillé des milliers de familles maliennes, passe par la voie des armes. « Le dialogue et les négociations ont montré leurs limites », a-t-on habitude d’entendre dans les rues du Mali. Et jusque là, les plus sceptiques mettent encore en doute, la capacité de l’armée à pouvoir juguler le phénomène de l’insécurité au nord du pays.

Cependant, pour d’autres l’armée a réussi à démontrer que sa raison d’être, est d’assurer à tout moment et à tout lieu, la sécurité et la paix des populations dont elle est d’ailleurs issue. L’autre vérité est qu’on ne doit plus admettre que le sang d’un malien soit versé par qui que ce soit et pour quelle que raison que ce soit. Tout doit se régler par le dialogue dans le respect mutuel et la compréhension. Pour cela, chaque citoyen doit s’y investir.

Par ailleurs, en prélude à la conférence des chefs d’Etat sur la paix, la sécurité et le développement dans la région sahélo-saharienne, le mardi 11 novembre 2008, la réunion ministérielle préparatoire s’est tenue à Bamako sous la présidence de Moctar Ouane, ministre malien des affaires étrangères et de la coopération internationale.

Avaient pris part aux travaux, Abdelkader Messahel, ministre délégué algérien chargé des affaires maghrébines et africaines ; Mme Minata Samaté, ministre délégué burkinabé chargé de la coopération régionale ; Dr. Ali Treki, secrétaire libyen chargé des affaires de l’Union africaine ; Mme Aïchatou Mindaoudou, ministre nigérien des affaires étrangères et de la coopération et Djidda Moussa Outmane, secrétaire d’Etat tchadien chargé des relations extérieures.

A ceux s’ajoutaient deux autres membres du gouvernement malien, en l’occurrence, le général Kafougouna Koné, ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales ainsi que son collègue de la défense et des anciens combattants, Natié Pléah. Les résolutions de cette rencontre ont abouti aux mêmes refrains. Volonté unanime de venir à bout du mal. Mais quand et avec quels moyens ?

A suivre…

Sékou Coulibaly

Le Guido du 16 Décembre 2008