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Traqué au Mali, chassé du Niger, indésirable en Algérie, Bahanga serait aujourd’hui, si l’on en croit la télévision libyenne, réfugié dans la Jamahiriya. Selon d’autres sources dignes de foi, le chef de bande aurait trouvé un compromis avec les autorités de ce pays. Il aurait signé un document très officiel dans lequel il renonce à jamais à toute action armée, notamment contre les intérêts maliens. Bahanga aurait publiquement ajouté que, désormais, le sort du peuple touareg est entre les mains du Guide.

Ce compromis serait trouvé suite à l’intermédiation d’une forte délégation des notabilités, cadres et leaders d’opinion des communautés touarègues. Une délégation reçue, grâce aux bons offices de Moussa El Kony, consul général de la Jamahiriya au Mali, hier par le Guide de la révolution libyenne. Est-ce le baroud d’honneur du chef de l’ATNMC ? Il semble en effet que ce soit la seule issue possible pour lui.

Avant même le 17 février 2009, date du retour des éléments de l’Alliance pour la démocratie et le changement à Kidal, Ibrahim Ag Bahanga, avait été déclaré en fuite par certaines voix autorisées. Quelques heures plus tard, il avait été porté disparu, personne ne sachant visiblement où se terraient le chef de bande et la poignée d’éléments qui l’avaient suivi. Depuis, les supputations et interrogations allaient bon train sur son sort. Jusqu’à ce que le Niger décide de lever un coin du voile sur les récentes activités de Bahanga. Le 24 février, soit une semaine après que ses anciens camarades de l’Alliance l’aient définitivement lâché pour rejoindre le processus de paix, le chef de l’Alliance touarègue du nord Mali pour le changement (ATNMC) se retrouvait en territoire nigérien.

Localisé à quelques kilomètres de la frontière du Mali, non loin de la localité d’Andéramboukane (cercle de Menaka) située à près de 400 kilomètres au nord-est de la ville de Gao. Là, il aurait tenu un conclave avec certains responsables du MNJ (mouvement nigérien pour la justice, rassemblant différents groupes de rebelles armés). Si rien n’a filtré de cette rencontre entre bandes armées, certaines sources militaires ont révélé qu’elle a été l’occasion d’un accrochage entre ces groupes de rebelles nigériens et une patrouille de l’armée nigérienne.

Après plusieurs heures d’affrontements, les éléments des groupes armés seraient parvenus à s’enfuir en direction du Tchad, traversant d’ouest en est le nord du Niger en suivant la bande sahélo saharienne qui leur est assez familière. Mais, toujours selon les mêmes sources, à quelques kilomètres de la frontière de ce pays, les fuyards auraient bifurqué vers le nord, en direction de la Libye. Au cours de l’accrochage, les rebelles nigériens auraient enregistré la mort de trois des leurs et la destruction de deux véhicules 4×4. C’est le jeudi 26 février que les autorités nigériennes ont avisé leurs homologues du Mali de la présence sur le sol nigérien de Ibrahim Ag Bahanga et de sa fuite vers la Libye. Cette information vient à point nommé pour prouver les relations extrêmement étroites qui existent entre l’ATNMC et le MNJ.

En effet, Bahanga, depuis le début de sa croisade contre les forces armées et de sécurité du Mali, a fortement été soupçonné d’utiliser des ressortissants d’autres pays voisins. Certaines informations, à l’époque, avaient mentionné la présence de mercenaires nigériens, tchadiens, soudanais ou algériens. Il est vrai qu’il a toujours été difficile de faire la différence entre les différentes nationalités qui pullulent dans cette zone. Les populations des pays, dans la bande sahélo saharienne, sont si imbriquées les unes dans les autres, les frontières si poreuses et si difficiles à surveiller que des réseaux transnationaux et transfrontaliers se développent facilement.

Aujourd’hui, grâce à cette information des autorités nigériennes, il est plus que probable que l’ATNMC n’était pas composée uniquement de Touaregs maliens, et qu’elle comptait également dans ses rangs au moins des éléments du MNJ.

Cette information prouve également celle donnée par la télévision libyenne, relative à la présence de Bahanga en Libye, alors que les autorités maliennes avaient rompu tout dialogue et refusé toute négociation avec lui. Mais à part son engagement à ne plus poser d’acte militaire ou terroriste contre le Mali, y a-t-il d’autres conditions à son exil en Libye ? C’est là, toute la question.

CH. Sylla

05 mars 2009