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La famine couve au Mali. Elle concernerait près de deux millions de personnes qui vivent actuellement dans la précarité, selon les constats de l’ONG américaine Islamic Relief qui a déjà commencé des distributions de vivres. Malgré la gravité de la situation, aucune réaction n’est venue des autorités maliennes.

Au Mali, 1,5 millions de personnes souffrent déjà de famine dont 800 000 enfants parmi lesquels 150 000 montrent des signes sévères de malnutrition. Mais 40 % de ces enfants souffraient de faim avant que la crise actuelle ne s’installe.

Cette population fait partie des 5 millions d’âmes frappées par la faim en Afrique de l’Ouest. L’ONG américaine Islamic Relief qui a donné l’information sur son site Internet soutient qu’au Niger voisin 3,6 millions de personnes sont dans un besoin alimentaire critique.

Selon Gian Carlo Cirri, représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) au Niger, ce résultat doit indiquer normalement une population vivant en zone de guerre alors qu’on n’est pas encore entré dans la période de soudure, le moment de pénurie alimentaire qui conduit chaque année à la récolte. En attendant que l’aide internationale arrive, les autorités maliennes multiplient les démarches pour réduire la flambée des prix.

Des exonérations ont été accordées à des importateurs nationaux pour approvisionner le pays en céréales produites dans les pays asiatiques. Mais beaucoup de voix critiquent ces faveurs. En effet, les précédentes crises qui ont donné lieu à des exonérations ont été mal gérées. Et les facilités d’importations ont servi d’autres intérêts que ceux de la population.

Par ailleurs, la contestation contre la vie chère s’installe peu à peu au Mali. Dans d’autres pays, elle a connu des formes violentes, comme en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, en Egypte et au Cameroun pour ne citer que ces cas. Si on est loin de ces genres de débordements chez nous, ce n’est pas que la rue refuse de faire pression sur l’Etat.

En dehors des prises de position des syndicalistes tous azimuts, la marche des femmes pour soutenir le Premier ministre est un signal fort. Avant d’être un soutien au gouvernement, cette marche est un cri de détresse des ménagères.

Afin de constater de visu les méfaits de la crise, le Directeur exécutif de Islamic relief-USA, Dr. Ahmad El Bendary et le Coordinateur au développement, Naeem Muhammad, ont effectué une visite au Mali. La délégation comprenait également le cinéaste basé à Los Angeles, Wessam Nassar.

Le groupe a visité le Mali et le Niger et a rencontré les employés de Islamic Relief travaillant dans les deux pays. L’ONG déclare qu’elle est parmi les premières agences à réagir à des crises semblables dans la sous-région bien avant que la presse ait commencé à en faire ses choux gras.

«La sévérité de la crise alimentaire dans la zone concernée va au-delà de ce que la plupart des gens imaginent», a indiqué Islamic Relief. Par exemple, dans la région de Ouallam (Niger) où se situent trois villages ayant bénéficié de l’aide de la part de l’ONG islamique 230 000 sur les 290 000 habitants sont très affectés.

La population a besoin au minimum de 73 000 tonnes de nourriture pour survivre avant la prochaine récolte alors qu’elle n’a reçu jusqu’ici que moins de 10 % de son besoin total.

Pour l’instant, les donateurs ne se bousculent pas pour sauver les sinistrés. Islamic Relief qui communique sur ses activités entend débourser 5,4 millions de dollars pour acheter de la nourriture pour les populations sinistrées du Mali et du Niger. Déjà 1,8 million de cette somme a été utilisé.

Au total, l’ONG veut assister plus d’un million de personnes à travers la distribution de nourriture et d’aides médicales.

Soumaila T. Diarra

09 avril 2008.